LOGINSous sa peau d'ange Après une nuit brûlante avec un parfait inconnu à l’aube de son mariage, Elara a tout plaqué et s’est volatilisée dans une ville côtière où personne ne connaît son nom. Elara Vance, vingt-cinq ans, a passé sa vie à se plier en quatre pour ceux qu’elle aimait, ignorant qu’elle n’était que le pion d’un jeu cruel, engraissée pour mieux être sacrifiée le jour venu. La trahison a eu un goût de cendre dans sa bouche. Aujourd’hui, elle n’a qu’une obsession : infliger au monde la même morsure qu’elle a reçue. Mais une enveloppe anonyme glissée sous sa porte, un ancien complice qui refait surface et un secret de famille explosif menacent de faire dérailler sa vengeance. Sa douceur innée sera-t-elle son talon d’Achille ou l’arme la plus inattendue dans un univers sans pitié ? Dans ce tourbillon de faux-semblants et de coups de théâtre, Elara devra choisir : sombrer dans l’ombre ou renaître en pleine lumière.
View MoreCHAPITRE 1 : La veille du mensonge
Elara
La robe est suspendue devant moi comme un fantôme blanc.
Je ne devrais pas avoir peur d'un morceau de soie et de dentelle. C'est ridicule. C'est la robe de mes rêves, celle que j'ai choisie avec ma tante Clara dans une boutique étouffante de la capitale, celle qui a coûté plus d'argent que je n'en ai jamais possédé de ma vie entière. Julian a payé sans même regarder le montant. Julian paie toujours sans regarder.
Je passe mes doigts sur le tissu. Il est froid. Tout est froid dans cette chambre, malgré le soleil qui perce à travers les immenses fenêtres du manoir Ashford. Je devrais être heureuse. Je vais me marier demain. Demain, je deviens Elara Ashford. Demain, tout change.
Alors pourquoi mes mains tremblent-elles ?
Je recule et m'assois au bord du lit. Un lit trop grand pour une seule personne, avec des draps qui sentent la lavande et l'amidon. Rien ne sent vivant ici. Tout est parfait, lisse, aseptisé, comme un décor de théâtre avant que les acteurs n'entrent en scène.
Je pense à Julian. Je pense à son sourire charmant, celui qu'il arbore lors des galas, lors des dîners d'affaires. Je pense à ses mains, élégantes mais distantes, qui ne m'effleurent qu'en public, pour le spectacle. Je pense à ses yeux, d'un bleu glacial, qui ne me regardent jamais vraiment. Pas comme une femme a besoin d'être regardée.
Je secoue la tête. Assez.
Ce sont les nerfs. Tante Clara me l'a répété cent fois : chaque future mariée doute. Chaque future mariée a peur. C'est normal. C'est humain. Demain, quand je marcherai vers l'autel, tout s'évanouira. Il ne restera que la joie.
Je me relève et attrape mon téléphone. Pas de message de Julian. Il est en rendez-vous, m'a-t-il dit. Un dîner avec des investisseurs étrangers. J'ai souri, j'ai hoché la tête, j'ai joué mon rôle de fiancée compréhensive. Je n'ai même pas demandé où ni avec qui. Je ne pose jamais de questions. Les questions dérangent. Les questions créent des vagues. Et Julian déteste les vagues.
Je regarde par la fenêtre. Les jardins du manoir s'étendent à perte de vue, des pelouses parfaitement tondues, des haies taillées en formes géométriques, une fontaine illuminée qui crache une eau argentée. C'est beau. C'est somptueux. C'est une cage dorée.
Je repousse cette pensée. Pourquoi suis-je incapable de simplement être heureuse ?
La porte s'ouvre doucement. Tante Clara passe la tête, son éternel sourire anxieux collé aux lèvres.
— Tu ne dors pas, ma chérie ? Il est presque minuit.
Je ne réponds pas tout de suite. J'observe ma tante, cette femme qui m'a élevée depuis la mort de mes parents, qui m'a appris la douceur, l'obéissance, la gratitude. Sois douce, Elara. Sois utile, Elara. On te protégera.
— Je n'arrive pas à trouver le sommeil, dis-je enfin. Trop d'excitation.
— C'est normal. Demain est un grand jour.
Elle s'approche, pose une main ridée sur ma joue. Son regard est étrange. Il y a quelque chose derrière ses yeux, une lueur que je ne sais pas déchiffrer, une ombre qu'elle cache depuis toujours.
— Tu es prête, n'est-ce pas ? demande-t-elle d'une voix qui se veut rassurante mais qui sonne faux, comme une note de musique légèrement désaccordée.
— Bien sûr que je suis prête.
— Julian est un homme bon. Il prendra soin de toi. Tu ne manqueras jamais de rien.
— Je sais, tante Clara.
— Tu m'en veux encore pour notre dispute de l'autre jour ?
Je détourne le regard. La dispute. Elle avait à peine été une dispute. Juste une question que j'avais posée, une question innocente sur mes parents, sur l'accident qui les avait emportés, sur ce domaine dont j'avais entendu parler enfant, le Domaine de Clairvaux. Tante Clara s'était figée comme une statue de sel. Son regard s'était durci d'une manière que je ne lui connaissais pas. N'en parle jamais, Elara. Jamais. C'est trop dangereux.
Dangereux. Quel mot étrange pour parler d'un souvenir.
— Non, dis-je. Je ne t'en veux pas. C'est toi qui avais raison. Il ne faut pas remuer le passé.
Elle hoche la tête, visiblement soulagée, et dépose un baiser sur mon front avant de se retirer. La porte se referme avec un cliquetis discret.
Je reste seule.
Quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va pas depuis des jours, des semaines, peut-être depuis toujours. Je le sens dans ma poitrine comme une pierre froide.
Je décide de sortir.
Le couloir est silencieux. Les tapis épais étouffent le bruit de mes pas. Les murs sont couverts de portraits des Ashford, des ancêtres au regard sévère qui semblent me juger, moi l'intruse, moi la petite orpheline qu'on a bien voulu accueillir.
Je descends l'escalier monumental. Le hall est plongé dans la pénombre, éclairé seulement par la lueur bleutée de la lune qui filtre à travers la verrière. Je me dirige vers les cuisines, me verser un verre d'eau, essayer de calmer ce feu qui couve dans mon ventre.
C'est alors que j'entends la voix de Julian.
Elle provient du bureau, une pièce dont la porte est entrouverte, laissant filtrer un rai de lumière dorée. Je m'approche sans faire de bruit, poussée par une force que je ne contrôle pas. Ce n'est pas de la curiosité. C'est un pressentiment. Un pressentiment qui me glace le sang avant même que je ne distingue les mots.
— Tu t'inquiètes pour rien, dit Julian. Elle ne soupçonne absolument rien.
Je m'immobilise. Mon cœur s'arrête.
Une autre voix répond. Une voix de femme, grave et sensuelle.
— Ta petite fiancée est peut-être plus maligne que tu ne le crois. Les innocentes cachent souvent les pires calculs.
— Elara ? Allons, tu plaisantes. C'est une oie blanche. Elle n'a jamais eu une pensée personnelle de sa vie. Elle fait ce qu'on lui dit, elle sourit, elle hoche la tête. Le mariage est une formalité. Une formalité imposée par ma mère.
Un rire étouffé. Des verres qui tintent.
— Et après le mariage ? demande la femme. Tu vas vraiment jouer le mari parfait ?
— Je jouerai le rôle qu'on attend de moi. Juste assez longtemps pour que le contrat soit sécurisé. Ensuite, elle pourra bien dépérir d'ennui dans ce manoir, je n'en ai rien à faire. J'aurai mes distractions.
— Comme moi, par exemple ?
— Comme toi.
Mes jambes menacent de céder. Je m'appuie contre le mur, la main plaquée sur la bouche pour étouffer le cri qui monte dans ma gorge. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'il va traverser ma poitrine, exploser contre mes côtes, se répandre sur le sol de marbre.
Une oie blanche. Une formalité. Elle pourra bien dépérir d'ennui.
Les mots tournent dans ma tête comme des lames de rasoir. Chaque syllabe est une coupure, nette, profonde, qui tranche à travers la chair, à travers l'âme, à travers tout ce que je croyais être.
— Et l'autre affaire ? reprend la femme. Le domaine ?
— Ma mère s'en occupe. Il ne reste plus qu'un obstacle à éliminer. Un vieux notaire qui refuse de lâcher les documents. Victoria a un plan.
— Elle a toujours un plan.
— Oui. Elle a toujours un plan.
Je n'écoute plus. Je ne peux plus. Mes oreilles bourdonnent, ma vision se brouille, je recule dans le couloir, je trébuche, je me rattrape à une console, un vase chancelle, je le rattrape de justesse.
Je dois partir. Je dois sortir d'ici. Sortir de cette maison, sortir de cette vie qui n'a jamais été la mienne. Tout est faux. Tout a toujours été faux. Les sourires, les promesses, les regards tendres. Faux. Faux. Faux.
Je cours presque dans le hall. Mes doigts tremblent si fort que j'ai du mal à ouvrir la porte d'entrée. L'air frais de la nuit me gifle quand je jaillis dehors. Je respire comme si je remontais à la surface après une noyade, de grandes goulées d'air qui brûlent mes poumons.
Je marche sans savoir où je vais. Mes talons claquent sur les pavés de l'allée. Le gravier crisse sous mes pas. Je franchis le portail sans me retourner, sans regarder en arrière. Je ne veux plus jamais regarder en arrière.
La ville s'étend devant moi, indifférente et lumineuse.
Je marche longtemps. Une heure, peut-être deux. Les rues sont vides, les boutiques fermées, les feux de circulation clignotent dans le vide. Je croise un couple qui rit, un homme ivre qui chante, un chat qui file dans une ruelle. Le monde continue de tourner. Le monde se fiche bien qu'une jeune femme vienne de perdre tout ce en quoi elle croyait.
Je m'arrête devant une enseigne discrète, presque invisible. Le Nocturne. Un bar souterrain dont j'ai entendu parler lors d'une soirée. Un endroit où l'on va pour se cacher, pour oublier, pour se perdre.
C'est exactement ce dont j'ai besoin.
Je descends l'escalier en colimaçon. L'air devient plus lourd, plus épais, chargé d'odeurs de whisky et de vieux cuir. La lumière est tamisée, rougeoyante. Des ombres bougent dans les coins. Un piano joue quelque part, une mélodie triste et lancinante.
Je m'assois au comptoir. Mes mains sont stables maintenant. Le choc laisse place à quelque chose de plus froid, de plus dur. Une certitude. Une résolution.
Le barman me regarde, curieux. Une femme en robe de soirée dans un bar clandestin à minuit, c'est une anomalie. Une histoire qui commence.
— Que puis-je vous servir, mademoiselle ?
J'hésite. Je ne bois jamais. Je n'ai jamais bu. Une oie blanche ne boit pas, ne fume pas, ne jure pas, ne pense pas. Une oie blanche obéit.
— Ce que vous avez de plus fort.
Il hausse un sourcil, mais ne commente pas. Il pose un verre devant moi, y verse un liquide ambré. Je le bois d'une traite. L'alcool brûle ma gorge, descend dans ma poitrine comme du feu liquide. Je tousse, les larmes me montent aux yeux. Je m'en fiche.
Je fais signe au barman d'en verser un autre.
C'est à ce moment-là que je le vois.
Il est assis dans le coin le plus sombre du bar, seul à une table ronde. Son visage est à moitié caché par la pénombre, mais je distingue sa silhouette, large, solide, immobile comme un roc au milieu de la tempête. Ses yeux sont fixés sur moi.
Je ne devrais pas soutenir son regard. Je devrais détourner les yeux, finir mon verre, rentrer sagement au manoir, me glisser dans mon lit, jouer mon rôle. C'est ce qu'une oie blanche ferait.
Mais je ne suis plus une oie blanche.
Je soutiens son regard. Et je ne baisse pas les yeux.
Il se lève et s'approche.
Chapitre 4 : L'inconnu aux yeux d'orageElaraLa porte du Nocturne s'ouvre devant moi et j'ai l'impression de basculer dans un autre monde. L'air est épais, chargé d'odeurs que je ne connais pas. Du whisky, de la cire, un parfum musqué qui s'accroche à la gorge. Rien à voir avec les salons aseptisés des Ashford où tout sent le lys et l'hypocrisie.Mes jambes tremblent. Ma robe de cocktail, celle que je portais pour la répétition du mariage, me colle à la peau comme un déguisement dont je ne sais plus comment me défaire. Je ne devrais pas être ici. Je devrais être dans ma chambre, à fixer le plafond en essayant de comprendre comment ma vie a pu se briser en une seule conversation volée.— Une oie blanche. Le mariage est une formalité.Les mots de Julian tournent en boucle dans ma tête. Ils me brûlent. Ils m'humilient. Et c'est cette humiliation qui m'a poussée ici, dans ce bar dont je ne soupçonnais même pas l'existence il y a une heure.Je reste plantée sur le seuil, incapable d'avanc
CHAPITRE 3 : Le retour à la cage doréeElaraLe jour se lève sur la capitale comme un couperet qui tombe.J'ouvre les yeux dans une chambre qui n'est pas la mienne. Les draps sont froissés, l'oreiller porte encore l'empreinte d'une tête, mais le corps qui l'occupait a disparu. Il ne reste qu'une chaleur fantôme, une odeur de santal et de cuir incrustée dans le tissu, le souvenir d'une nuit qui ne ressemble à rien de ce que j'ai vécu.Je m'assois lentement. Mon corps est endolori, mais ce n'est pas une douleur désagréable. C'est la trace physique d'un abandon total, d'une liberté que je ne me suis jamais autorisée. Chaque muscle me rappelle ce que j'ai fait, ce que j'ai ressenti, ce que j'ai osé.Soren n'est plus là.Sur la table de chevet, un mot griffonné à la hâte sur un coin de papier. L'écriture est nerveuse, penchée, masculine.« J'avais un rendez-vous que je ne pouvais pas annuler. Je n'ai pas voulu te réveiller. Tu es belle quand tu dors. S. »Je relis ces quelques mots cinq fo
CHAPITRE 2 : La conversation voléeElaraL'inconnu s'arrête à quelques pas du comptoir.Il est plus grand que je ne l'imaginais. Les ombres ne rendaient pas justice à sa carrure. Il doit dépasser d'une tête la plupart des hommes que j'ai croisés dans les galas, et il ne porte pas de costume sur mesure ni de montre hors de prix. Son jean est usé aux genoux, sa chemise noire ouverte au col, ses cheveux sombres tombent en mèches indisciplinées sur son front. Tout chez lui respire une virilité brute, sans artifice, sans masque.Et ses yeux. Ses yeux sont d'un gris orageux, presque métallique, avec des éclats plus sombres qui accrochent la lumière. Ils me fixent avec une intensité qui me donne le vertige, comme s'il voyait bien au-delà de mon visage, bien au-delà de ma robe de soirée froissée et de mes doigts qui tremblent encore autour de mon verre vide.— Ce n'est pas votre place, dit-il.Sa voix est grave, rocailleuse, avec une pointe d'amusement qui me hérisse. Je sens mes joues s'empo
CHAPITRE 1 : La veille du mensongeElaraLa robe est suspendue devant moi comme un fantôme blanc.Je ne devrais pas avoir peur d'un morceau de soie et de dentelle. C'est ridicule. C'est la robe de mes rêves, celle que j'ai choisie avec ma tante Clara dans une boutique étouffante de la capitale, celle qui a coûté plus d'argent que je n'en ai jamais possédé de ma vie entière. Julian a payé sans même regarder le montant. Julian paie toujours sans regarder.Je passe mes doigts sur le tissu. Il est froid. Tout est froid dans cette chambre, malgré le soleil qui perce à travers les immenses fenêtres du manoir Ashford. Je devrais être heureuse. Je vais me marier demain. Demain, je deviens Elara Ashford. Demain, tout change.Alors pourquoi mes mains tremblent-elles ?Je recule et m'assois au bord du lit. Un lit trop grand pour une seule personne, avec des draps qui sentent la lavande et l'amidon. Rien ne sent vivant ici. Tout est parfait, lisse, aseptisé, comme un décor de théâtre avant que le












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