Share

L'engrenage

Author: Livi015
last update Petsa ng paglalathala: 2026-06-24 10:01:52

Trois semaines après l'emménagement. Newport Beach, 22 décembre, 19h00.

La vie chez Julian a pris son rythme.

Alex se lève la première. Elle prépare le café. Elle sort les dossiers qu'il doit lire. Elle répond aux messages auxquels il n'a pas le temps de répondre. Il ne lui a rien demandé. Elle a deviné ses besoins avant qu'il ne les formule.

Le matin, il part au bureau. Elle reste. Elle ouvre ses tiroirs. Elle photographie ses comptes. Elle copie ses mots de passe. Elle apprend.

L'après-midi, elle va à l'hôpital. Pas pour Marcus. Pour Julian. Pour qu'il la voie, là, discrète, dévouée. Pour que les infirmières disent : « Quelle fille bien. » Pour que la famille pense : « Elle mérite d'être des nôtres. »

Le soir, elle cuisine. Il mange. Il parle. Il se confie. Elle écoute. Elle hoche la tête. Elle ne le juge jamais.

Ce soir-là, Julian rentre plus tôt que prévu.

— Devine quoi, dit-il en posant ses clés sur la table.

— Quoi ?

— Daniel m'a parlé de toi.

Alex marque une micro-seconde. Daniel. L'avocat. Celui qui tenait Clara.

— En bien, j'espère.

— Il dit que tu es la meilleure chose qui me soit arrivée. Que je ne te mérite pas.

— Il a raison sur un point. Tu ne me mérites pas. Personne ne mérite personne. On se choisit.

Julian sourit. Il s'approche. Il prend son visage entre ses mains.

— Je veux t'épouser, Alex.

Elle ne bronche pas. Elle a attendu ces mots. Elle les a préparés. Mais elle doit faire semblant d'être surprise.

— Julian…

— Je sais. C'est tôt. On se connaît depuis deux mois. Mais j'ai jamais été aussi sûr de rien.

Il sort une petite boîte de sa poche. Un diamant. Pas trop gros. Pas trop petit. Exactement ce qu'elle attendait.

— Dis oui.

Elle regarde la bague. Elle pense à Clara. À sa lettre. À la corde.

« Tu me protégeras, petite sœur ? »

Oui, pense-t-elle. Je te protège. En épousant ton bourreau.

Elle lève les yeux vers Julian. Elle laisse une larme couler. Une seule.

— Oui, dit-elle.

Il l'embrasse. Elle ferme les yeux. Elle pense à autre chose.

---

Le lendemain, elle appelle Ours.

— Il m'a demandée. J'ai dit oui.

— Félicitations. La mariée est magnifique.

— Tais-toi. Marcus ? Toujours à l'hôpital ?

— Toujours. Il commence à faire de la rééducation. Mais ça avance mal.

— J'ai besoin que ça avance plus mal.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Il est allergique aux cacahuètes, non ? Julian me l'a dit au début.

— Oui. Allergie sévère.

— Alors trouvons quelqu'un à la cafétéria de l'hôpital. Un plat préparé. Une sauce qui en contient. Pas assez pour le tuer. Assez pour qu'il fasse une réaction.

— Pourquoi ?

— Parce que je veux qu'il enchaîne. L'accident. L'allergie. La pneumonie. Tout ce qui peut lui arriver, doit lui arriver. Il faut qu'il croie qu'il est maudit. Qu'il ne sache plus quoi penser.

— Et quand est-ce que tu l'achèves ?

— Quand il aura touché le fond. Pas avant.

Ours marque un silence.

— Je m'en occupe.

— Je sais.

---

Hôpital de Newport Beach – Chambre 412. 25 décembre, jour de Noël.

Marcus est seul.

Sa mère est repartie pleurer à la maison. Son père préfère oublier. Julian vient moins souvent, trop pris par son nouveau bonheur. Les amis ont disparu. Les vrais amis n'existent pas, dans ce milieu. Juste des intérêts.

Marcus fixe le plafond. Il compte les fissures. Il y en a quatre. Il les connaît par cœur.

L'infirmière entre avec son plateau-repas.

— Joyeux Noël, Monsieur Vane.

— Joyeux Noël, répond-il sans conviction.

Il mange sans goût. Purée, légumes, un peu de viande. Et une sauce. Une sauce brune, un peu épicée. Il ne demande pas ce qu'il y a dedans. Pourquoi le ferait-il ?

Dix minutes plus tard, sa gorge se serre.

Sa peau le démange. Des plaques rouges apparaissent sur ses bras. Il a du mal à respirer.

— À l'aide…, souffle-t-il.

L'infirmière accourt. Elle appelle les urgences. On lui injecte de l'adrénaline. On le stabilise.

Il a eu une réaction allergique. La sauce contenait des traces de cacahuètes. Une erreur de la cafétéria. Un accident.

C'est ce que tout le monde croit.

Personne ne remarque le jeune homme de la plonge qui a reçu cinq cents dollars pour ajouter un peu de pâte d'arachide dans un seul plat. Celui de Marcus.

Lui, il commence à se poser des questions.

L'accident. Maintenant l'allergie. Ça fait beaucoup, non ?

Il n'a pas de réponse. Il n'en aura pas. Pas avant longtemps.

---

Villa des Vane – 27 décembre.

L'ambiance est morose.

Marcus a failli mourir deux fois en un mois. La famille est à cran. Eleanor boit plus que de raison. Charles ne parle presque plus. Sophia n'est jamais là – elle passe tout son temps avec son "investisseur français".

Julian est le seul qui semble aller bien. Et il le doit à Alex.

Eleanor l'observe, ce soir, alors qu'elle aide à débarrasser la table.

— Alexandra, dit-elle soudain.

— Oui, Eleanor ?

— Julian m'a dit qu'il voulait vous épouser.

— C'est vrai.

— Vous l'aimez ?

Alex soutient son regard. Elle ne cligne pas des yeux.

— Je l'aime plus que tout.

Un mensonge. Mais ses yeux sont secs. Sa voix ne tremble pas. Elle a appris.

Eleanor hoche la tête.

— Alors soyez digne de lui. Protégez-le. Il est fragile, même s'il ne le montre pas.

— Je le protégerai. Contre tout. Contre tous.

Contre vous-même ?, pense-t-elle. Non. Je ne le protégerai pas de moi.

Eleanor s'éloigne. Alex reste seule dans la cuisine. Elle regarde ses mains. Les mains qui ont versé le GHB dans le whisky de Marcus. Les mains qui paieront un homme pour empoisonner son repas.

Quinze ans, pense-t-elle. Quinze ans à attendre. Encore un peu. Encore un peu, et tout s'effondrera.

---

Elle sort son téléphone. Un message d'un numéro inconnu.

« Sophia a signé le deuxième contrat. 100 000 euros. Elle ne sait pas qu'elle rembourse une dette qu'elle n'a pas. Le Français la tient. »

Alex sourit.

Elle répond : « Parfait. Maintenant, qu'il lui propose d'investir dans un projet commun. Qu'il lui demande de piocher dans l'argent de sa mère. »

« Elle va se faire prendre. »

« C'est le but. »

Elle range le téléphone. Elle remonte dans la chambre de Julian. Il dort. Elle se glisse à côté de lui.

Elle ne dort pas. Elle regarde le plafond. Elle pense à Clara.

Tu vois, petite sœur ? Je tiens ma promesse. Un par un. Ils tombent.

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • Vengeance sans moyen de rédemption   L'ombre qui s'approche

    Newport Beach – 6 mars, 14h00.Ours appelle sur le numéro jetable.— On a un problème, dit-il sans préambule.Alex est dans sa voiture, garée devant un supermarché. Elle fait semblant de chercher quelque chose dans son sac.— Parle.— Marcus a engagé un détective privé. Un ancien flic. Il s'appelle Vincent Cole.— Comment tu sais ?— J'ai un ami à l'hôpital. Il a vu Cole entrer dans la chambre de Marcus. Il a entendu des bouts de conversation. Marcus veut savoir qui a trafiqué ses freins. Qui lui a versé du GHB.Alex ne montre rien. Mais son cœur s'accélère.— Il a déjà trouvé quelque chose ?— Pas encore. Cole commence juste. Mais il est bon. Il va remonter les pistes.— Quelles pistes ?— Le garage où j'ai trafiqué la Porsche. Le médecin qui a parlé du GHB à Marcus. Les traces de paiement.— Rien ne peut être relié à nous.— Pas directement. Mais Cole est tenace. Il va interroger des gens. Il va poser des questions. Et les gens parlent.Alex ferme les yeux. Une seconde. Puis elle le

  • Vengeance sans moyen de rédemption   La chute

    Newport Beach – 28 février, 23h00.Thomas Whitmore n'a pas dormi depuis trois jours.Il est dans une chambre d'hôtel qu'il n'a pas payée. Les murs sont blancs, les draps sont froissés. Il y a des bouteilles vides partout. Des verres. Des cendriers.Lola n'est pas là. Elle a dit qu'elle viendrait. Elle a dit qu'elle voulait le voir. Thomas attend. Il boit. Il fume. Il tremble.Soudain, la porte s'ouvre.Ce n'est pas Lola. C'est une autre fille. Petite, brune, des yeux noirs comme du charbon. Elle lui ressemble. Mais ce n'est pas elle.— Qui t'es ? demande Thomas, la voix pâteuse.— Une amie de Lola. Elle m'a dit de passer.— Elle a dit quoi ?— Que t'avais besoin de compagnie.Thomas éclate de rire. Un rire amer.— Besoin de compagnie. Oui. C'est le moins qu'on puisse dire.La fille s'approche. Elle est douce, lente, précise. Elle sait ce qu'elle fait.— Laisse-toi faire, murmure-t-elle.Elle pose une main sur sa poitrine. Il ne résiste pas. Il est trop fatigué pour résister.Bien, pen

  • Vengeance sans moyen de rédemption    L'ange déchu

    Newport Beach – 20 février, 21h00.Thomas Whitmore n'a pas quitté son appartement depuis trois jours.Les stores sont tirés. Les bouteilles vides s'accumulent sur la table basse. Les journaux traînent par terre – des titres sur son père, sa mère, son frère. Sa photo, à lui, n'est pas encore dans les journaux. Mais il sait que ce n'est qu'une question de temps.Il se lève. Il titube. Il a besoin d'air. Il a besoin d'oublier.Il enfile un jean, une chemise froissée. Pas de cravate. Il sort sans se raser, sans se coiffer. Il s'en fout.Le bar s'appelle The Black Door. Une porte noire, sans enseigne. Il faut connaître. Thomas connaît. Il y est allé cent fois. Mais jamais comme ça.À l'intérieur, la lumière est rouge, tamisée. Des filles en robe courte se déhanchent sur une piste minuscule. Des hommes d'affaires en costume noient leur solitude dans du whisky trop cher. Thomas s'assoit au comptoir.— Un double Jack, dit-il.— Sans glaçon ? demande le barman.— Sans rien.Il boit cul sec. Il

  • Vengeance sans moyen de rédemption    Ce qui reste la nuit

    Newport Beach – 17 février, 3h47.Alex se réveille en sursaut.Sa main cherche la lampe de chevet. Elle la trouve. La lumière est trop vive. Elle cligne des yeux, haletante. Son cœur bat contre ses côtes comme un oiseau en cage.Julian dort à côté d'elle. Il n'a rien entendu. Il ne sait pas.Elle se lève. Ses pieds nus sur le parquet froid. Elle traverse la chambre sans bruit. Dans la salle de bain, elle ferme la porte. Elle s'assoit par terre, le dos contre le mur.Le cauchemar est encore là. Il ne s'efface pas immédiatement. Il reste collé à sa peau, comme une odeur.Elle revoit la corde. Le nœud coulant. Le corps de Clara qui se balance. Ses pieds nus. Ses ongles peints en rose. La lettre, sur son bureau, pliée en quatre.Ses mains tremblent. Elles n'ont pas encore tué personne, ces mains. Elles ont trafiqué des freins, elles ont payé des hommes, elles ont tenu des dossiers compromettants. Mais elles n'ont pas encore pris une vie.Je ne peux pas craquer, se dit-elle. Je n'ai pas le

  • Vengeance sans moyen de rédemption    Les Whitmore tombent un par un

    Newport Beach – 8 février, 23h00.Thomas Whitmore est ivre.Il est affalé sur le canapé de Julian, une bouteille de whisky entre les jambes. Ses yeux sont rouges, gonflés. Il ne pleure plus, il n'en a plus la force. Il fixe le plafond, comme Marcus à l'hôpital. Comme tous ceux qui touchent le fond.Julian est assis en face de lui, gêné. Il n'a jamais vu son ami dans cet état.— Thomas, dit-il doucement. Il faut que tu rentres.— Je peux pas. Mon père est convoqué demain chez le procureur. Ma mère ne parle plus. Nicolas… Nicolas a disparu depuis deux jours.— Disparu ?— Il a dû reprendre de la coke. Quand il est comme ça, on ne le retrouve pas avant qu'il soit en PLS dans un squat.Julian serre les mâchoires. Il ne sait pas quoi dire. Alex est dans la cuisine, dos à eux, elle prépare du café. Elle écoute. Elle savoure.— Tout est tombé d'un coup, continue Thomas. Quelqu'un a balancé des dossiers. Des trucs qui auraient dû rester enterrés.— Tu sais qui ?— Non. Mais je le tuerai. Quan

  • Vengeance sans moyen de rédemption   La lame invisible

    Newport Beach – 25 janvier, 14h00.Le juge Whitmore habite une maison blanche au bout d'une impasse privée. Grille électrique, caméras, jardinier mexicain qui fait semblant de ne pas voir les allées et venues.Alex ne mettra jamais les pieds là.Elle est dans un café, à vingt kilomètres, un ordinateur portable devant elle. Pas le sien – un modèle jetable acheté cash dans un magasin d'électronique de seconde main. La connexion Wi-Fi est celle du café, ouverte, sans mot de passe. Rien ne peut être relié à elle.Sur l'écran, une cascade de dossiers. Certains sont publics. D'autres non. Ceux qui ne le sont pas, elle les a obtenus par Ours, qui les a obtenus par un contact au greffe du tribunal. Un greffier endetté. Cinquante mille dollars. Une transaction propre, sans nom, sans visage.Le juge Harold Whitmore, 67 ans. Célèbre pour sa sévérité envers les mineurs délinquants. Moins célèbre pour ce qu'il fait dans l'ombre.Alex lit. Elle note. Elle cherche.---Comptes offshore.Le juge Whit

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status