ValeriaSignora Fontana est repartie depuis plusieurs semaines. Noël est passé, le nouvel an est passé, et la maison a retrouvé son silence ordinaire, ce silence lourd qui s'installe entre les repas, entre les nuits, entre les regards qu'on ne croise plus.Elle m'a écrit. Deux lettres, pour l'instant. La première était brève, quelques lignes pour dire qu'elle était bien rentrée, que la Suisse était froide, que la neige avait recouvert le jardin de sa petite maison au bord du lac. La seconde était plus longue. Je l'ai reçue ce matin, et je l'ai lue trois fois déjà, assise dans mon atelier, la porte fermée à clé.Elle me parle de son mari. Le père de Lorenzo. Elle ne l'a jamais fait avant. Jamais, en trois ans, elle n'avait prononcé son nom devant moi, ou alors seulement pour dire mon mari, le père de Lorenzo, des formules neutres qui ne laissaient rien passer. Aujourd'hui, elle écrit. Elle écrit ce qu'il lui a fait subir pendant quarante ans.Les mots sont précis, cliniques presque, co
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