BAISE-MOI 4
Camille a perdu sa sœur, et avec elle, une partie d'elle-même. Depuis le drame, elle vit chez son beau-frère, Vincent, pour l'aider à élever sa nièce, la fillette que sa sœur a laissée derrière elle. Lui, c'est un homme d'une beauté virile, ombrageuse et animale, taiseux, marqué par le deuil. Sous le même toit, une tension indicible grandit entre eux jour après jour, un désir inavouable qu'ils étouffent par loyauté pour la morte.
Un soir où elle rentre plus tard que prévu, Camille remarque une lumière tamisée dans le salon. Elle s'approche sans bruit, poussée par une curiosité trouble. Par l'entrebâillement de la porte, son souffle se bloque : Vincent est là, plaquant la jeune nounou contre le canapé. Il la prend avec une bestialité qui tétanise Camille, une sauvagerie profonde et animale, comme s'il déversait dans ce corps étranger toute la rage et le chagrin muets qu'il n'a jamais su dire.
Cachée dans l'ombre du couloir, Camille ne peut détacher son regard de cette scène crue. Ce n'est pas de la jalousie qui la traverse, mais une vague de désir brut, coupable, qui la laisse sans force. Elle mouille, le corps entier aspiré par l'image de ces coups de reins puissants, par le fantasme interdit de se trouver à la place de cette femme, de recevoir enfin cette force qu'il cache au quotidien.
À compter de ce regard volé, l'interdit n'est plus seulement celui du deuil et du lien quasi fraternel qu'ils auraient dû préserver : il est devenu une obsession charnelle, un feu sous la cendre qui menace d'embraser la maison entière et l'équilibre fragile qu'ils tentent de maintenir pour la petite fille endormie à l'étage.