LOGINPOV de DamonUn mec comme Pierre Montaigu ne s’effondre pas parce qu’on lui montre trois papiers dans un parloir. Le premier jour, quand on est allés le voir à la Santé avec Adrien, le vieux singe a souri. Il s’est assis lourdement sur sa chaise en métal, a lissé sa combinaison orange comme s’il s’agissait d’un costume trois pièces, et nous a regardés de haut avec ses petits yeux de rapace.— « Vous croyez vraiment m'impressionner avec vos méthodes de voyous, Lambert ? » avait-il lâché dans un rictus méprisant, en posant ses mains menottées sur la table. « Et toi, Valois... ton père doit bien rigoler. Mon cabinet d'avocats va transformer votre dossier en confettis d’ici quarante-huit heures. Vous n'avez rien. Un hangar pourri, des témoignages de sous-fifres payés pour mentir, et les délires d'une gamine hystérique qui ne s'est jamais remise du suicide de son raté de père. Je serai dehors avant la fin de la semaine. »J’avais senti le sang me monter à la tête. J'allais sauter par-dessu
POV de DamonLes gyrophares des flics me filaient la gerbe, à tourner comme ça sur les murs pourris du hangar. Le batard qui avait touché à Elena venait d’être balancé dans le fourgon, menotté, la gueule en chou-fleur.Adrien a raccroché son portable, le visage fermé, et s’est approché de moi.— « C’est bon, Lambert. Mon père a appelé la taule. Le mec est au trou, à l’isolement total. S’il veut se suicider pour couvrir son boss, c’est raté. On va le faire cracher. »J’ai juste fait un signe de tête en essuyant mes poings pleins de sang. Rien à foutre de ce déchet. Tout ce qui comptait pour moi était déjà dans l’ambulance.Elena refusait de lâcher Renzo. Elle serrait sa veste en cuir pleine de sang comme une folle. Quand j’ai voulu la prendre par le bras pour la foutre dans ma bagnole, elle m'a dégagé direct, les yeux rouges, en plein délire.— « Laisse-moi, Damon ! Je pars avec lui ! »— « Elena, sois pas conne. Mes hommes suivent l’ambulance de toute façon », j'ai dit, la voix serrée
POV de ElenaL’obscurité sous ce foutu tissu noir me coupait le souffle. Mes poignets, cisaillés par les liens en nylon derrière la chaise, étaient déjà engourdis. Son souffle fétide sur mon visage avant qu'il n'attrape mes cheveux pour me secouer la tête en arrière.— « Regarde-toi, Elena », a-t-il ricané, sa voix suant le mépris. « Vivre une belle vie mais toujours veux faire la même connerie que ton père. Bernard était une pauvre merde. Tel père, telle fille. »La rage m'a brûlé la gorge. — « Ferme-la ! Ferme-la, t'as aucun droit de parler de lui ! »— « Oh, si, j'ai tous les droits », a-t-il balancé en éclatant d'un rire dégueulasse. « Si tu savais comment il a chialé dans ce bureau... "S'il vous plaît, ne touchez pas à ma fille, prenez tout mais laissez Elena !" Un vrai chien de salon. Il rampait à genoux, une vraie loque. Pas foutu de s'aligner sur les vrais patrons de la finance, mais ça voulait jouer les héros pour sa petite famille. Pathétique. »Deux autres types, ses compl
POV de Damon20 h 15. Le couloir de l'hôtel était d'un calme de cimetière. Les deux gars de l'équipe de nuit étaient postés devant la suite, le dos droit, vigilants.— « Rien à signaler, Boss. Elle est dans la chambre depuis la fin de l'après-midi. On entend la douche tourner. »J'ai simplement hoché la tête en passant ma carte dans la fente de la porte. J'avais passé une journée exécrable entre la brigade financière qui s'enlisait et les avocats de Pierre de Montaigu qui bloquaient chaque procédure. Venir dîner avec Elena était la seule perspective potable de ma soirée.Le son feutré d'une playlist de jazz flottait dans l'air. Une odeur de vapeur d'eau s'échappait de la salle de bain. Le plateau du room service attendait, intact.— « Elena ? » j'ai appelé. « Le dîner est là. »Le bruit de l'eau contre le carrelage a été ma seule réponse. J'ai sorti mon téléphone pour parcourir les derniers rapports de mes avocats. Dix minutes sont passées. Puis vingt.À 20 h 45, Elena ne passait jam
POV de ElenaCela faisait trois jours que j'étais consignée dans cette suite transformée en poste de sécurité par Damon. À la porte, quatre de ses hommes se relayaient pour filtrer les accès. Sur l'écran de ma tablette, je suivais en boucle les flashs infos : l'arrestation de Pierre de Montaigu à l'héliport faisait la une de la presse économique, mais la situation restait d'une opacité totale.Damon m'avait appelée en fin d'après-midi pour me briefer, la voix plus tendue que d'habitude. Les nouvelles n'étaient pas bonnes. Pierre faisait bloc avec ses avocats, niant l'existence du compte et criant au complot industriel. Pire, les ramifications politiques du dossier commençaient à paralyser la brigade financière. On était dans l'œil du cyclone, au moment le plus instable de l'affaire. La justice patinait, les pressions d'en haut bloquaient les mandats, et la vérité sur la mort de mon père semblait s'éloigner à mesure que les heures passaient. Alors que l'incertitude me rongeait l'esto
POV d Adrien21 h 30. Le bloc opératoire numéro 4 venait enfin de s’éteindre. J’ai arraché mon calot de chirurgie, le balançant dans le bac à linge stérile, les muscles de la nuque complètement tétanisés après sept heures d'operation. C'est dans la salle de garde, mon téléphone pro s'est mis à vibrer sur le plan de travail.Damon Lambert.— « Accouche, Lambert. J'ai pas ton temps. »— « Toujours aussi aimable, Valois », a répondu Damon, ce ton calme et supérieur qui me donnait instantanément des envies de cogner. « Pierre de Montaigu dort au bastion depuis hier soir. Mes équipes ont déjà balancé l'intégralité du clonage de son disque au parquet financier dans la foulée. »J'ai pressé le téléphone contre mon oreille, un sourire sans chaleur aux lèvres :— « Et tu m'appelles pour que je te félicite ? »— « Ça fait quatorze heures que mes avocats et les flics essaient de le faire craquer. Rien. Le vieux ne dit pas un mot, il sourit. Ses avocats rejettent la validité de la preuve numériq
POV de ElenaJ'ai tenté de me hisser sur la pointe des pieds pour lui arracher mon téléphone. Mais Damon est un colosse. Il a levé le bras d'un air nonchalant, s'amusant de mes tentatives désespérées. Dans la précipitation, mon corps a fini par s'écraser contre le sien. Je ne luttais plus, j'étais
POV de ElenaJe me débattais, mais Damon était un mur de muscles. Julian était juste là-haut ; s'il descendait et nous surprenait, tout mon plan s'effondrait avant même d'avoir commencé.Damon, lui, semblait savourer ma panique. Un sourire provocateur étirait ses lèvres. — Et s'il nous voyait ? Ce
POV de ElenaQuand je suis rentrée à la villa, Julian n'était toujours pas là. Je sortais de la douche quand Rose, ma belle-mère, est assise dans le salon, en pleine partie de Bridge avec ses amies.— Ah, voilà la princesse ! a-t-elle ricané en jetant une carte sur la table. Si tu n'as pas envie de
POV de ElenaUne nuit d'orage. Classique.Le monde défilait derrière la vitre teintée de la berline, flou et sombre. À côté de moi, Julian, l'homme que j'avais épousé, roucoulait au téléphone avec sa dernière conquête en date. Il ne prenait même plus la peine de baisser la voix.— Mais non, bébé. J







