LOGINChapitre 110
Agatha
Le téléphone est tombé de mes mains il y a une heure, peut-être deux, je ne sais plus. Il est là, sur le tapis persan du salon, l'écran encore allumé, affichant le nom de Victoria comme une accusation silencieuse. Victoria qui sanglotait au bout du fil, Victoria qui m'annonçait d'une voix brisée que Sophia s'était évadée, que Soph
Chapitre 114IsabelleLe silence qui suit le départ de Sophia est plus lourd qu'un hurlement. Il s'installe sur ma poitrine comme une chape de plomb, oppressant, étouffant. Mes bras sont toujours liés au-dessus de ma tête, mes épaules en feu, mes poignets à vif. Les mots de ma sœur tournent dans ma tête, un manège infernal. « Intouchable. Vous êtes piégés. Personne ne viendra vous sauver. »Je ferme les yeux, tente de repousser le désespoir qui m'envahit. Lucas dort, à quelques mètres de moi, attaché à son anneau, le visage marqué par la fatigue et les coups. Sa respiration est régulière, mais son front est plissé, même dans le sommeil. Il lutte. Il lutte encore, même inconscient.Je ne dois pas abandonner. Pour lui. Pour Lucien. Pour n
Chapitre 113SophiaLa cave est mon théâtre, et Isabelle, mon public captif. Je descends les marches lentement, savourant chaque craquement du bois sous mes talons, chaque oscillation de la lampe tempête qui projette des ombres dansantes sur les murs de pierre. L'air est froid, humide, chargé de l'odeur de la terre et de la peur — sa peur, qui imprègne chaque recoin de cette prison comme un parfum entêtant. Je la hume avec délice. C'est l'odeur de ma victoire.Isabelle est agenouillée contre le mur, les bras liés au-dessus de la tête, la robe déchirée, les cheveux collés par la sueur et la poussière. Ses yeux noisette, si semblables à ceux de notre mère, lèvent vers moi un regard où la terreur le dispute à la haine. Elle ne pleure plus. Elle a épuisé ses larmes
Chapitre 112LucasLa corde est rugueuse, mais elle cède. Lentement, fibre par fibre, elle s'effiloche sous mes frottements répétés. Depuis des heures je ne sais plus combien exactement, le temps n'a plus de sens dans cette cave je travaille mes liens contre l'angle de pierre du mur, profitant de chaque absence de Rodrigo pour user le chanvre qui me retient prisonnier. Mes poignets sont en sang, la peau à vif, mais la douleur est un moteur, un rappel constant de ce qui est en jeu. Isabelle. Sa vie. Notre liberté.La porte de la cave est restée ouverte, là-haut, après le départ de Sophia. J'entends les bruits de la maison, des pas étouffés, des éclats de voix. Rodrigo et ses hommes s'affairent, préparent quelque chose, je ne sais pas quoi. Mais ils sont occupés. Distraits. C'est ma chance.Un craqu
Chapitre 111IsabelleLa voix de Lucas emplit la cave, chaude, familière, reconnaissable entre mille et pourtant, ce n'est pas lui. Ce n'est pas mon mari. C'est un enregistrement, un montage, une manipulation. Les mots qui sortent du haut-parleur que Sophia a posé sur le sol, près de mes genoux, sont des mots qu'il n'a jamais prononcés. Je le sais. Mais ils font mal, si mal, comme des coups de poignard dans ma poitrine déjà à vif.— Isabelle, je ne t'ai jamais aimée, dit la voix de Lucas, lointaine, distordue par le bruit de fond. Tu n'étais qu'un passe-temps. Une distraction. Sophia est la seule femme que j'ai jamais désirée.Je ferme les yeux, serre les dents. C'est faux. C'est faux. Lucas m'aime, il me l'a prouvé cent fois, mille fois. Il a supplié mon pardon à genoux, il a pris un
Chapitre 110AgathaLe téléphone est tombé de mes mains il y a une heure, peut-être deux, je ne sais plus. Il est là, sur le tapis persan du salon, l'écran encore allumé, affichant le nom de Victoria comme une accusation silencieuse. Victoria qui sanglotait au bout du fil, Victoria qui m'annonçait d'une voix brisée que Sophia s'était évadée, que Sophia avait enlevé Isabelle et Lucas, que Sophia les tenait prisonniers quelque part dans la montagne, et que personne ne savait où.Sophia. Ma fille. Mon aînée.Je suis assise dans mon fauteuil, près de la fenêtre qui donne sur les cyprès, et je tremble. Pas de froid le chauffage ronronne, les radiateurs diffusent une chaleur douce mais de l'intérieur, comme si une créature glacée avait &e
Chapitre 109VictoriaLe salon de la villa est plongé dans un silence de crypte. Les rideaux sont tirés, les lumières éteintes, et seules les braises mourantes de la cheminée projettent des ombres mouvantes sur les murs tapissés de soie. Je suis assise sur le canapé, les mains croisées sur mes genoux, la couverture encore sur mes épaules, et je fixe la porte-fenêtre qui donne sur le jardin. C'est par là qu'ils sont partis. Par là que mon fils a été emmené, drogué, impuissant, par cette femme, cette folle, ce monstre.Georges est à côté de moi, sa main posée sur la mienne. Il ne dit rien. Il n'a jamais été doué pour les mots. Mais sa présence est un roc, une ancre dans la tempête. Je sens sa chaleur, sa force, et je m'y accroche comme une naufragé
Chapitre 82LucasL'idée me vient une nuit d'insomnie. Je suis seul dans le salon, assis dans le fauteuil en cuir havane, les pieds posés sur la table basse. Les braises de la cheminée s'éteignent lentement, rouge
Chapitre 80LucasLe jour de la sortie d'Isabelle, le soleil est radieux. Il brille comme un défi, comme une insulte, comme une promesse. Les nuages, rares, blancs, floconneux, flottent dans un ciel d'un bleu si intense qu'il en paraît irr&ea
Chapitre 78LucasLes mots restent suspendus dans l'air, lourds comme une sentence. Le médecin est sorti, sa blouse blanche disparaissant dans le couloir. La chambre est plongée dans un silence que seuls les bips des machines viennent troubl
Chapitre 76LucasLe couloir de l'hôpital est devenu mon univers. Un tunnel blanc, interminable, éclairé par des néons qui grésillent comme des insectes mourants. Des affiches sur les murs vantent les mérites du la







