Share

Aveugle par choix
Aveugle par choix
Author: Les écrits d'une Mariam

Chapitre 1

last update publish date: 2026-04-28 08:27:43

Chapitre 1

Point de vue de Lucas Silva

Je repose lentement mon téléphone sur la table basse en verre. L’écran devient noir, comme si la conversation qui vient de se terminer n’avait jamais existé. Pourtant, les mots de **Sophia Vasconcelos** résonnent encore dans mon esprit.

Nous ne nous sommes jamais rencontrés.

Et pourtant… nous allons nous marier.

Je laisse échapper un léger rire amer en m’enfonçant davantage dans mon canapé en cuir noir. L’appartement est silencieux. Trop silencieux. Seul le léger bourdonnement de la climatisation trouble le calme de ce luxueux penthouse qui surplombe **São Paulo**, la plus grande ville du Brésil.

La nuit est tombée depuis longtemps. À travers les immenses baies vitrées, les lumières de la ville scintillent comme une mer d’étoiles artificielles.

Je devrais me sentir satisfait.

Après tout, tout se déroule exactement comme prévu.

Mais au fond de moi… quelque chose me dérange.

Sophia Vasconcelos.

Une femme magnifique, selon les photos que j’ai vues. Des yeux sombres, une silhouette parfaite, un sourire étudié.

Une femme issue d’une des familles les plus puissantes du pays.

Et pourtant… une femme que je n’aime pas.

Je passe une main dans mes cheveux en soupirant.

— Tu as l’air pensif.

La voix calme d’Eliot me tire de mes pensées.

Je tourne légèrement la tête.

Mon bras droit est debout près du bar en marbre, un verre de whisky à la main. Eliot travaille pour moi depuis cinq ans. C’est l’un des rares hommes en qui j’ai une confiance absolue.

Grand, sérieux, méthodique… il est l’équilibre parfait face à mon tempérament froid.

— J’imagine que tu viens d’avoir Sophia au téléphone, dit-il.

Je hoche la tête.

— Oui.

Il me fixe quelques secondes avant de demander :

— Et alors ? Toujours décidé à te marier avec elle ?

Je souris légèrement.

— Décidé ? Ce n’est pas vraiment le mot.

Je me lève et marche lentement jusqu’à la fenêtre.

De là, la ville semble minuscule. Les voitures deviennent de simples points lumineux.

J’ai passé la moitié de ma vie loin d’ici.

Au **Canada**.

C’est là que tout a commencé.

J’avais vingt ans lorsque j’ai quitté le Brésil pour poursuivre mes études. À l’époque, j’étais déjà riche car mes parents possédaient plusieurs entreprises prospères.

Mais je ne voulais pas vivre dans leur ombre.

Je voulais réussir seul.

Alors j’ai travaillé.

Jour et nuit.

J’ai étudié, investi, pris des risques.

Et aujourd’hui, dix ans plus tard…

Je suis devenu milliardaire.

Sans leur aide.

Sans leur argent.

Seulement avec ma détermination.

Pourtant… malgré tout ce succès, ma vie sentimentale a toujours été un désastre.

Depuis mes vingt ans, je n’ai connu que des déceptions.

Chaque femme que j’ai rencontrée semblait fascinée par mon argent.

Jamais par moi.

Je me souviens encore de la première fois où j’ai compris.

Une femme que je fréquentais depuis six mois.

Elle m’avait juré qu’elle m’aimait.

Puis un jour, par hasard, j’ai entendu une conversation.

Elle disait à une amie :

« Lucas est parfait… mais surtout il est riche. »

Ces mots avaient brisé quelque chose en moi.

Depuis ce jour, j’ai cessé de croire en l’amour.

Je serre les mâchoires.

Aujourd'hui j'ai 30 ans ,je suis de nature froid ,tendu et difficile à vivre,j'ai appris de la vie et tout ,je suis magnifique, charismatique et tout .

— Tu penses encore à ton plan, n’est-ce pas ? demande Eliot derrière moi.

Je me retourne lentement.

— Bien sûr.

Il pose son verre sur le comptoir.

— Lucas… tu es sûr que c’est une bonne idée ?

Je croise les bras.

— Pourquoi ça ne le serait pas ?

Eliot soupire.

— Parce que te faire passer pour un homme aveugle et pauvre… ce n’est pas un jeu.

Je souris froidement.

— Justement.

Il secoue la tête.

— C’est une vie difficile.

— Je sais.

— Et dangereuse.

— Je sais aussi.

Je m’approche de lui.

— Mais c’est la seule façon de découvrir la vérité.

Il me regarde intensément.

— Et si la vérité ne te plaît pas ?

Je hausse les épaules.

— Alors au moins je saurai.

Le silence retombe quelques secondes.

Puis Eliot demande :

— Depuis combien de temps caches-tu ton identité ?

Je réponds calmement :

— Cinq ans.

Personne ne sait que je suis devenu milliardaire.

Même mes parents ignorent l’ampleur de ma fortune.

Je préfère rester dans l’ombre.

Observer.

Analyser.

Comprendre.

Eliot soupire.

— Et Sophia ?

Je ricane.

— Sophia…

Je marche jusqu’au bar et me sers un verre.

— Elle pense que je suis simplement un homme riche.

— Ce qui est déjà vrai.

Je secoue la tête.

— Mais pas milliardaire.

Je bois une gorgée de whisky avant de continuer :

— Et bientôt… elle pensera que je suis pauvre.

Eliot fronce les sourcils.

— Tu es vraiment déterminé à jouer ce rôle ?

Je le regarde droit dans les yeux.

— Oui.

— Un homme aveugle… et sans argent.

— Exactement.

Il passe une main sur son visage.

— Lucas… pourquoi Sophia ?

Je souris.

— Parce que je sais déjà qu’elle n’est pas la bonne.

Il me fixe, surpris.

— Alors pourquoi continuer ?

Je réponds calmement :

— Parce que je veux voir jusqu’où elle ira.

Je marque une pause.

— Et parce que je vais rencontrer sa famille.

J’ai enquêté sur les **Vasconcelos**.

Une dynastie puissante.

Des entreprises partout dans le pays.

Et ironiquement… certaines de leurs sociétés sont en concurrence directe avec les miennes.

Je trouve ça presque amusant.

La famille a deux filles.

Sophia.

Et sa petite sœur.

Une femme mystérieuse dont je ne connais même pas le prénom.

Contrairement à Sophia, elle semble préférer rester dans l’ombre.

Comme moi.

Une femme d’affaires discrète.

Invisible.

Eliot croise les bras.

— Et tu vas rencontrer toute la famille dans deux jours ?

— Oui.

— En tant qu’homme aveugle ?

Je hoche la tête.

— Exactement.

Il éclate de rire.

— Tu es complètement fou.

Je souris.

— Peut-être.

Il redevient sérieux.

— Lucas… laisse-moi être honnête.

— Vas-y.

— Sophia est exactement le genre de femme que tu détestes.

— Je le sais.

— Frivole.

— Oui.

— Égocentrique.

— Probablement.

— Mal polie.

Je hausse les épaules.

— Peut-être.

Il me regarde, incrédule.

— Et tu veux quand même l’épouser ?

Je bois une autre gorgée.

— Je veux voir la vérité.

Je pose le verre.

— Peut-être que tout le monde se trompe sur elle.

Eliot soupire.

— Et si ce n’est pas le cas ?

Je souris froidement.

— Alors ce sera la fin.

Le silence retombe encore une fois.

Puis Eliot demande doucement :

— Jusqu’à quand vas-tu continuer ce jeu ?

Je le regarde.

Longuement.

Puis je réponds d’une voix calme :

— Jusqu’à ce que je rencontre la femme qui m’aimera vraiment.

Il fronce les sourcils.

— Et si cela prend des années ?

Je souris légèrement.

— Alors j’attendrai des années.

Je marche vers la fenêtre.

La ville brille toujours sous mes yeux.

Quelque part là-bas…

Se trouve peut-être la femme qui changera ma vie.

Ou peut-être pas.

Mais une chose est certaine.

Je suis prêt à tout pour la trouver.

Même à devenir quelqu’un d’autre.

Même à vivre dans l’obscurité.

Je ferme lentement les yeux.

Et murmure :

— Cette fois… je trouverai la vérité.

Eliot brise le silence.

— Alors tout est prêt.

Je me retourne.

— Oui.

— La maison ?

— Prête.

— Les faux papiers ?

— Prêts.

Les vêtements ?

— Simples.

— La canne d’aveugle ?

Je souris.

— Déjà dans la voiture.

Eliot secoue la tête.

— Tu es vraiment sérieux.

Je le regarde.

— Plus que jamais.

Il me fixe une dernière fois.

— Lucas… ce jeu peut détruire des vies.

Je prends mon verre et le termine d’un trait.

— Ou en sauver une.

Je pose le verre sur la table.

Puis je dis calmement :

— La mienne.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Aveugle par choix    Chapitre 114

    Chapitre 114IsabelleLe silence qui suit le départ de Sophia est plus lourd qu'un hurlement. Il s'installe sur ma poitrine comme une chape de plomb, oppressant, étouffant. Mes bras sont toujours liés au-dessus de ma tête, mes épaules en feu, mes poignets à vif. Les mots de ma sœur tournent dans ma tête, un manège infernal. « Intouchable. Vous êtes piégés. Personne ne viendra vous sauver. »Je ferme les yeux, tente de repousser le désespoir qui m'envahit. Lucas dort, à quelques mètres de moi, attaché à son anneau, le visage marqué par la fatigue et les coups. Sa respiration est régulière, mais son front est plissé, même dans le sommeil. Il lutte. Il lutte encore, même inconscient.Je ne dois pas abandonner. Pour lui. Pour Lucien. Pour n

  • Aveugle par choix    Chapitre 113

    Chapitre 113SophiaLa cave est mon théâtre, et Isabelle, mon public captif. Je descends les marches lentement, savourant chaque craquement du bois sous mes talons, chaque oscillation de la lampe tempête qui projette des ombres dansantes sur les murs de pierre. L'air est froid, humide, chargé de l'odeur de la terre et de la peur — sa peur, qui imprègne chaque recoin de cette prison comme un parfum entêtant. Je la hume avec délice. C'est l'odeur de ma victoire.Isabelle est agenouillée contre le mur, les bras liés au-dessus de la tête, la robe déchirée, les cheveux collés par la sueur et la poussière. Ses yeux noisette, si semblables à ceux de notre mère, lèvent vers moi un regard où la terreur le dispute à la haine. Elle ne pleure plus. Elle a épuisé ses larmes

  • Aveugle par choix    Chapitre 112

    Chapitre 112LucasLa corde est rugueuse, mais elle cède. Lentement, fibre par fibre, elle s'effiloche sous mes frottements répétés. Depuis des heures je ne sais plus combien exactement, le temps n'a plus de sens dans cette cave je travaille mes liens contre l'angle de pierre du mur, profitant de chaque absence de Rodrigo pour user le chanvre qui me retient prisonnier. Mes poignets sont en sang, la peau à vif, mais la douleur est un moteur, un rappel constant de ce qui est en jeu. Isabelle. Sa vie. Notre liberté.La porte de la cave est restée ouverte, là-haut, après le départ de Sophia. J'entends les bruits de la maison, des pas étouffés, des éclats de voix. Rodrigo et ses hommes s'affairent, préparent quelque chose, je ne sais pas quoi. Mais ils sont occupés. Distraits. C'est ma chance.Un craqu

  • Aveugle par choix    Chapitre 111

    Chapitre 111IsabelleLa voix de Lucas emplit la cave, chaude, familière, reconnaissable entre mille et pourtant, ce n'est pas lui. Ce n'est pas mon mari. C'est un enregistrement, un montage, une manipulation. Les mots qui sortent du haut-parleur que Sophia a posé sur le sol, près de mes genoux, sont des mots qu'il n'a jamais prononcés. Je le sais. Mais ils font mal, si mal, comme des coups de poignard dans ma poitrine déjà à vif.— Isabelle, je ne t'ai jamais aimée, dit la voix de Lucas, lointaine, distordue par le bruit de fond. Tu n'étais qu'un passe-temps. Une distraction. Sophia est la seule femme que j'ai jamais désirée.Je ferme les yeux, serre les dents. C'est faux. C'est faux. Lucas m'aime, il me l'a prouvé cent fois, mille fois. Il a supplié mon pardon à genoux, il a pris un

  • Aveugle par choix    Chapitre 110

    Chapitre 110AgathaLe téléphone est tombé de mes mains il y a une heure, peut-être deux, je ne sais plus. Il est là, sur le tapis persan du salon, l'écran encore allumé, affichant le nom de Victoria comme une accusation silencieuse. Victoria qui sanglotait au bout du fil, Victoria qui m'annonçait d'une voix brisée que Sophia s'était évadée, que Sophia avait enlevé Isabelle et Lucas, que Sophia les tenait prisonniers quelque part dans la montagne, et que personne ne savait où.Sophia. Ma fille. Mon aînée.Je suis assise dans mon fauteuil, près de la fenêtre qui donne sur les cyprès, et je tremble. Pas de froid le chauffage ronronne, les radiateurs diffusent une chaleur douce mais de l'intérieur, comme si une créature glacée avait &e

  • Aveugle par choix    Chapitre 109

    Chapitre 109VictoriaLe salon de la villa est plongé dans un silence de crypte. Les rideaux sont tirés, les lumières éteintes, et seules les braises mourantes de la cheminée projettent des ombres mouvantes sur les murs tapissés de soie. Je suis assise sur le canapé, les mains croisées sur mes genoux, la couverture encore sur mes épaules, et je fixe la porte-fenêtre qui donne sur le jardin. C'est par là qu'ils sont partis. Par là que mon fils a été emmené, drogué, impuissant, par cette femme, cette folle, ce monstre.Georges est à côté de moi, sa main posée sur la mienne. Il ne dit rien. Il n'a jamais été doué pour les mots. Mais sa présence est un roc, une ancre dans la tempête. Je sens sa chaleur, sa force, et je m'y accroche comme une naufragé

  • Aveugle par choix    Chapitre 29

    Chapitre 29Point de vue d’IsabelleJe pousse lentement un soupir fatigué en sortant enfin du bâtiment de mon entreprise.Mon Dieu…Quelle journée épuisante.Mes épaules me font mal.Mes pieds aussi.Et honnêtement…Je n’ai qu’une seule envie maintenant.Prendre un bon bain chaud.Puis m’écrouler da

  • Aveugle par choix    Chapitre 27

    Chapitre 27 Point de vue de LucasJe suis assis au bord du lit depuis plusieurs minutes pendant que mon regard suit chacun des mouvements d’Isabelle dans la chambre.Elle tourne en rond.Encore.Et encore.Ses bras sont croisés contre sa poitrine et son visage est fermé par la colère.Je vois parf

  • Aveugle par choix    Chapitre 23

    Chapitre 23Point de vue de LucasJe reste debout devant l’autel, parfaitement immobile.Mes doigts sont posés sur ma canne comme si j’en avais réellement besoin, tandis que mon regard reste fixé droit devant moi.Mais en vérité…Je ne regarde qu’elle.Mon Dieu…Je crois sincèrement que je n’ai jam

  • Aveugle par choix    Chapitre 22

    Chapitre 22Point de vue d’IsabelleJe reste immobile devant le miroir.Pendant quelques secondes… je n’arrive même plus à respirer normalement.C’est moi.Mais… c’est une version de moi que je ne connais pas encore vraiment.Plus douce.Plus lumineuse.Plus… heureuse.Ma robe est simple.Pas de b

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status