LOGINChapitre 7
Point de vue de Lucas
Que… quoi ?
Le mot résonne encore dans ma tête, comme un écho irréel.
Je reste figé.
Complètement figé.
Mes doigts sont encore légèrement refermés sur la main d'Isabelle… ou plutôt, ils l'étaient.
Parce que maintenant…
Tout a changé.
Je tourne lentement la tête vers elle.
Vers cette femme.
Non… cette beauté.
Mon regard s'attarde sur son visage, sur ses traits fins, sur cette douceur qui contraste violemment avec tout ce que je viens de vivre ici.
Puis, presque instinctivement… je jette un regard à Sophia.
Et là…
Il n'y a même pas de comparaison.
Aucun.
Comment ai-je pu…
Je serre légèrement la mâchoire.
Comment ai-je pu croire, ne serait-ce qu'une seconde, que Sophia pouvait être différente ?
Mon regard revient sur Isabelle.
Mon Dieu…
Si je l'avais rencontré avant…
Si seulement…
Je n'aurais jamais mis en place ce jeu stupide.
Jamais.
Un regret, froid et brutal, s'installe dans ma poitrine.
Mais il est trop tard.
Beaucoup trop tard.
Les dés sont déjà lancés.
Je ne peux plus faire marche arrière.
Plus maintenant.
Plus après tout ça.
La voix de la mère de Sophia me ramène brutalement à la réalité.
— Sortez de ma maison.
Sa voix est dure.
Glaciale.
— Ni Sophia… ni Isabelle ne veulent d'un… rien du tout comme vous.
Ses mots sont censés me bénir.
M'humilier.
Moi réduire.
Mais étrangement…
Ils ne m'atteignent pas.
Pas du tout.
Parce que pour la première fois depuis que je suis entré ici…
Une seule chose compte.
Une seule.
Je regarde Isabelle.
Réparation.
Intensification.
— Dis oui…
Je ne le dis pas à voix haute.
Mais tout en moi le crie.
J'ai besoin d'elle.
Pas comme les autres.
Pas comme Sophia.
Non.
Elle est différente.
Je le sens.
Je le sais.
Elle est exactement le genre de femme que je cherche sans le savoir.
Et maintenant que je l'ai trouvé…
Je refuse de la laisser partir.
Sophia s'approche brusquement de nous.
Je sens sa présence avant même de la voir.
Et sans prévenir…
Elle attrape la main d'Isabelle et la tire violemment, brisant le contact entre nous.
— Tu es devenue folle ?!
Sa est pleine voix de colère.
De haine.
Elle me lance un regard noir.
— Sortez d'ici !
Puis elle se tourne vers sa sœur.
— Tu n'épouseras jamais une chose comme lui !
Une chose.
Je sens une vague de colère monter en moi.
Brutal.
Violente.
Je veux parler.
Je veux la remettre à sa place.
Lui faire ravaler chaque mot.
Mais je me retiens.
Je ne peux pas.
Pas maintenant.
Pas dans cette situation.
Pas avec ce rôle que je joue.
Je serre les poings.
Silencement.
Mon père s'approche légèrement de moi.
Sa voix est basse.
Mais ferme.
— Lucas… il est temps de partir.
Je ferme les yeux un instant.
— Nous avons assez soutenu.
Je hoche légèrement la tête.
Oui.
C'est vrai.
C'est terminé.
Je prends une profonde inspiration.
Puis lentement… je me tourne une dernière fois vers Isabelle.
Elle n'a toujours pas parlé.
Pas encore.
Fils, fais taire mes problèmes.
Peut-être que je me suis trompé…
Peut-être qu'elle aussi… finira par choisir le confort.
Le luxe.
La facilité.
Parce que quitter tout ça…
Pour vivre dans la pauvreté…
Ce n'est pas rien.
Ce n'est pas facile.
Je le sais.
Je commence à avancer.
Un pas.
Puis un autre.
Eliot me guide légèrement.
Mes parents sont derrière moi.
Et à chaque pas…
Je ressens une étrange sensation dans ma poitrine.
Un mélange de frustration…
Et de… tromperie.
Puis soudain…
Une voix.
Clair.
Douce.
Mais déterminé.
— Je l'accepte.
Je m'arrête net.
Mon cœur s'emballe.
Mon souffle se bloque.
Je tourne lentement la tête.
Vers elle.
Isabelle.
## Point de vue de Sophia
Je crois que je n'ai jamais été aussi choquée de toute ma vie.
Jamais.
Je regarde ma sœur.
Réparation.
Comme si je la découvrais pour la première fois.
— Tu… quoi ?
Ma voix tremble légèrement.
Mais ce n'est pas de tristesse.
C'est de la colère.
Pur.
Brutal.
— Tu es sérieux ?
Elle vient de dire oui.
Oui.
À lui.
À cet homme…
Pauvre.
Aveugle.
Ridicule.
Je passe une main dans mes cheveux, nerveux, avant de laisser échapper un rire.
Un rire sec.
Incontrôlé.
— Non… non… ce n'est pas possible…
Je secoue la tête.
— Tu n'es pas ma sœur.
Je la pointe du doigt.
— Tu es complètement folle.
Ma poitrine se soulève rapidement.
Je regarde ma mère.
Elle est figée.
Sous le choc.
Puis mon regard glisse vers mon père.
Silencieux.
Comme toujours.
Mais son regard…
Son regard est lourd.
Et ça m'énerve encore plus.
— Quelqu'un peut m'expliquer ?!
Je me tourne à nouveau vers Isabelle.
— Tu es lucide au moins ?!
Je m'approche d'elle.
— On parle d'un homme pauvre !
Ma voix monte.
— Et aveugle !
Je ris nerveusement.
— Réveille-toi !
Mais elle…
Elle me regarde calmement.
Trop calmement.
— C'est mon choix.
Ses mots sont simples.
Mais ils me frappent.
— Et tu devrais arrêter de traiter ma future belle-famille comme ça.
Silence.
Je cligne des yeux.
Une fois.
Deux fois.
Je n'y crois pas.
— Ta… quoi ?
Je laisse échapper un rire.
Un rire amer.
— Ta belle-famille ?
Je me tourne vers eux.
Puis vers elle.
— Non… là, c'est trop.
Ma mère murmure son nom.
— Isabelle…
Mais je n'écoute plus.
Je suis en colère.
Furieuse.
— Tu sais quoi ?
Je souris.
Mais ce sourire est froid.
Très froid.
— Parfait.
Je croise les bras.
— Pendant qu'on y est… mariez vous toutes les deux en même temps !
Je fais un geste vers Lucas.
— Prends-le !
— Et fiche le camp d'ici !
Je la fusille du regard.
Mais elle ne recule pas.
Pas du tout.
Au contraire.
Elle me regarde avec une intensité qui m'irrite.
- C'est à cause de papa que je viens toujours ici..
Ses mots sont calmes.
Mais fermes.
— Alors épargne-moi tes menaces.
Ma mâchoire se crispe.
— Tu—
Ma mère intervient immédiatement.
— Tu n'as pas le droit de parler comme ça à ta grande sœur !
Sa voix est autoritaire.
Mais Isabelle…
Elle ne cède pas.
— Si elle reste à sa place… je resterai à la mienne.
Ses mots tombent.
Clairs.
Précis.
Sans trembler.
Je reste bouche bée.
Depuis quand elle parle comme ça ?
Depuis quand elle ose ?
Sans attendre ma réponse…
Elle se détourne de moi.
Et elle marche vers lui.
Vers Lucas.
Je la regarde, incrédule.
Elle s'arrête devant lui.
— Donne-moi ton numéro…
Sa voix est douce.
Presque… attentionnée.
— Je t'appellerai.
Je roule des yeux.
Ridicule.
Ridicule total.
Mais ce qui est encore plus pitoyable…
C'est ce qui se passe ensuite.
Lucas ne peut même pas sortir son téléphone.
Il reste là.
Immobile.
Aveugle.
Inutile.
Et c'est son ami qui doit fouiller dans sa poche.
Je laisse échapper un rire moqueur.
— Sérieusement…
Je secoue la tête.
— C'est ça ta vie maintenant ?
Je regarde Isabelle.
— Tu veux vraiment vivre avec un… incapable ?
Je sens une vague de dégoût m'envahir.
Je n'arrive toujours pas à croire ce qui est en train de se passer.
Lucas…
Cet homme…
Ce soi-disant milliardaire…
Je serre les dents.
— Il m'a menti…
Ma voix est basse.
Chargée de colère.
— Depuis le début…
Je relève la tête.
— Il était pauvre.
Je le sais.
Je le sens.
— Et il m'a manipulée.
Je ferme les yeux un instant.
La honte me brûle.
— Quelle humiliation…
Je rouvre les yeux.
Froide.
— Je suis dégoûtée.
Sans attendre…
Je tourne les talons.
Et je pars.
Je descends les escaliers rapidement.
Furieuse.
Blessée.
Humiliée.
Chaque pas résonne comme un coup dans ma tête.
— Quel cauchemar…
Je serre les poings.
— Tout ça… pour ça ?
Je secoue la tête.
Non.
C'est fini.
Totalement fini.
Chapitre 114IsabelleLe silence qui suit le départ de Sophia est plus lourd qu'un hurlement. Il s'installe sur ma poitrine comme une chape de plomb, oppressant, étouffant. Mes bras sont toujours liés au-dessus de ma tête, mes épaules en feu, mes poignets à vif. Les mots de ma sœur tournent dans ma tête, un manège infernal. « Intouchable. Vous êtes piégés. Personne ne viendra vous sauver. »Je ferme les yeux, tente de repousser le désespoir qui m'envahit. Lucas dort, à quelques mètres de moi, attaché à son anneau, le visage marqué par la fatigue et les coups. Sa respiration est régulière, mais son front est plissé, même dans le sommeil. Il lutte. Il lutte encore, même inconscient.Je ne dois pas abandonner. Pour lui. Pour Lucien. Pour n
Chapitre 113SophiaLa cave est mon théâtre, et Isabelle, mon public captif. Je descends les marches lentement, savourant chaque craquement du bois sous mes talons, chaque oscillation de la lampe tempête qui projette des ombres dansantes sur les murs de pierre. L'air est froid, humide, chargé de l'odeur de la terre et de la peur — sa peur, qui imprègne chaque recoin de cette prison comme un parfum entêtant. Je la hume avec délice. C'est l'odeur de ma victoire.Isabelle est agenouillée contre le mur, les bras liés au-dessus de la tête, la robe déchirée, les cheveux collés par la sueur et la poussière. Ses yeux noisette, si semblables à ceux de notre mère, lèvent vers moi un regard où la terreur le dispute à la haine. Elle ne pleure plus. Elle a épuisé ses larmes
Chapitre 112LucasLa corde est rugueuse, mais elle cède. Lentement, fibre par fibre, elle s'effiloche sous mes frottements répétés. Depuis des heures je ne sais plus combien exactement, le temps n'a plus de sens dans cette cave je travaille mes liens contre l'angle de pierre du mur, profitant de chaque absence de Rodrigo pour user le chanvre qui me retient prisonnier. Mes poignets sont en sang, la peau à vif, mais la douleur est un moteur, un rappel constant de ce qui est en jeu. Isabelle. Sa vie. Notre liberté.La porte de la cave est restée ouverte, là-haut, après le départ de Sophia. J'entends les bruits de la maison, des pas étouffés, des éclats de voix. Rodrigo et ses hommes s'affairent, préparent quelque chose, je ne sais pas quoi. Mais ils sont occupés. Distraits. C'est ma chance.Un craqu
Chapitre 111IsabelleLa voix de Lucas emplit la cave, chaude, familière, reconnaissable entre mille et pourtant, ce n'est pas lui. Ce n'est pas mon mari. C'est un enregistrement, un montage, une manipulation. Les mots qui sortent du haut-parleur que Sophia a posé sur le sol, près de mes genoux, sont des mots qu'il n'a jamais prononcés. Je le sais. Mais ils font mal, si mal, comme des coups de poignard dans ma poitrine déjà à vif.— Isabelle, je ne t'ai jamais aimée, dit la voix de Lucas, lointaine, distordue par le bruit de fond. Tu n'étais qu'un passe-temps. Une distraction. Sophia est la seule femme que j'ai jamais désirée.Je ferme les yeux, serre les dents. C'est faux. C'est faux. Lucas m'aime, il me l'a prouvé cent fois, mille fois. Il a supplié mon pardon à genoux, il a pris un
Chapitre 110AgathaLe téléphone est tombé de mes mains il y a une heure, peut-être deux, je ne sais plus. Il est là, sur le tapis persan du salon, l'écran encore allumé, affichant le nom de Victoria comme une accusation silencieuse. Victoria qui sanglotait au bout du fil, Victoria qui m'annonçait d'une voix brisée que Sophia s'était évadée, que Sophia avait enlevé Isabelle et Lucas, que Sophia les tenait prisonniers quelque part dans la montagne, et que personne ne savait où.Sophia. Ma fille. Mon aînée.Je suis assise dans mon fauteuil, près de la fenêtre qui donne sur les cyprès, et je tremble. Pas de froid le chauffage ronronne, les radiateurs diffusent une chaleur douce mais de l'intérieur, comme si une créature glacée avait &e
Chapitre 109VictoriaLe salon de la villa est plongé dans un silence de crypte. Les rideaux sont tirés, les lumières éteintes, et seules les braises mourantes de la cheminée projettent des ombres mouvantes sur les murs tapissés de soie. Je suis assise sur le canapé, les mains croisées sur mes genoux, la couverture encore sur mes épaules, et je fixe la porte-fenêtre qui donne sur le jardin. C'est par là qu'ils sont partis. Par là que mon fils a été emmené, drogué, impuissant, par cette femme, cette folle, ce monstre.Georges est à côté de moi, sa main posée sur la mienne. Il ne dit rien. Il n'a jamais été doué pour les mots. Mais sa présence est un roc, une ancre dans la tempête. Je sens sa chaleur, sa force, et je m'y accroche comme une naufragé
Chapitre 94IsabelleLes jours ont passé, lents, incertains, marqués par le rythme monotone des visites médicales, des séances de kinésithérapie, des repas pris sans faim, des nuits peuplées de cauchemars.
Chapitre 88VictoriaLe soleil de ce matin de mars est doux comme une promesse. Il caresse les allées de la pépinière, allume des reflets dorés dans les feuilles des oliviers centenaires qui bordent l'entré
Chapitre 87IsabelleLa lumière du salon est celle des fins d'après-midi d'automne, dorée, oblique, traversant les rideaux de lin comme une caresse. Des particules de poussière dansent dans les rayons, suspendues,
Chapitre 86EliotLe bureau de Lucas, à la villa, est éclairé par une seule lampe posée sur son bureau en acajou. La lumière jaune, tamisée, dessine des ombres sur les livres reliés de cuir, sur les maquett







