Share

Chapitre 8

last update publish date: 2026-04-29 03:21:18

Chapitre 8

## Point de vue de Victoria

Le silence règne dans la maison.

Un silence lourd… presque étouffant.

Je suis assise dans le salon, les mains croisées sur mes genoux, le regard perdu dans le vide. Mon esprit tourne encore, incapable de se détacher de ce que nous venons de vivre.

Mon Dieu…

Je n’arrive toujours pas à croire ce qui s’est passé aujourd’hui.

Cette humiliation…

Cette violence dans les mots…

Cette arrogance.

Je ferme les yeux un instant, inspirant profondément.

— Nom de Dieu… murmuré-je.

Je suis riche.

Très riche.

Mais jamais… jamais de ma vie je n’ai regardé quelqu’un de haut.

Jamais je n’ai humilié une personne pour sa condition.

Jamais.

Et pourtant… cette fille…

Sophia.

Je rouvre les yeux, une pointe de dégoût dans le regard.

— Quelle insolence…

Je secoue légèrement la tête.

Elle n’a aucune compassion.

Aucune éducation du cœur.

Rien.

Et dire que j’ai un instant espéré qu’elle soit la femme de mon fils…

Je tourne lentement la tête vers Lucas.

Il est là.

Assis.

Silencieux.

Trop silencieux.

Son visage est calme, presque impassible… mais je le connais.

Je sais qu’il réfléchit.

Je sais qu’il analyse.

Je sais qu’il a déjà tiré ses conclusions.

Mais moi…

Je suis encore bouleversée.

— Lucas… dis-je doucement.

Il tourne légèrement la tête vers moi.

— Oui, maman ?

Je le regarde attentivement.

— Tu vas bien ?

Un léger sourire apparaît sur ses lèvres.

Un sourire discret.

Contrôlé.

— Je vais bien.

Je le fixe quelques secondes de plus.

Je ne suis pas convaincue.

Mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit…

Des pas résonnent dans le couloir.

Eliot.

Il entre dans le salon, un ordinateur à la main.

Toujours sérieux.

Toujours efficace.

— Lucas…

Sa voix est professionnelle.

— J’ai des informations.

Je redresse légèrement le dos.

Lucas tourne la tête vers lui.

— Parle.

Eliot s’avance et pose son ordinateur sur la table basse. Il tapote rapidement sur le clavier avant de relever les yeux.

— Isabelle Vasconcelos. Vingt-cinq ans.

Je retiens mon souffle.

— C’est la plus brillante de la famille.

Lucas ne bouge pas.

Mais je vois son attention se fixer.

— Elle dirige pratiquement toutes les entreprises de son père.

Je fronce légèrement les sourcils.

— Elle est très compétente… très respectée.

Je sens quelque chose changer dans l’air.

Puis Eliot ajoute, avec une légère hésitation :

— Mais il y a quelque chose d’étrange…

Lucas parle immédiatement.

— Quoi ?

— Elle ne vit pas dans la grande maison familiale.

Silence.

— Elle a loué une petite maison.

Je cligne des yeux.

— Une maison simple.

Eliot hausse légèrement les épaules.

— À part ses affaires… elle mène une vie très… modeste.

Je reste figée.

— Elle aime jardiner.

Un silence s’installe.

Un silence lourd.

Profond.

Je pose lentement ma main sur ma poitrine.

— Mon Dieu…

Je tourne le regard vers Lucas.

Il est silencieux.

Mais ses yeux…

Ses yeux brillent légèrement.

Et là…

Je comprends.

Je comprends tout.

Un léger sourire se dessine sur mes lèvres.

— J’aime déjà cette fille…

Ma voix est douce.

Sincère.

— Elle est différente.

Je secoue la tête, encore émue.

— Je n’arrive pas à croire qu’elle ait accepté de t’épouser… malgré tout…

Malgré ton “handicap”.

Malgré ta “pauvreté”.

Je ferme les yeux un instant.

— Cette fille… est une perle.

Lucas parle enfin.

Sa voix est grave.

Profonde.

— Elle est différente.

Je le regarde.

— Et parfaite pour moi.

Mon cœur se serre immédiatement.

Parce que je vois.

Je vois dans son regard quelque chose de rare.

Quelque chose de vrai.

Il est touché.

Vraiment touché.

Mais moi…

Une peur s’installe en moi.

Brutale.

Violente.

Je baisse légèrement les yeux.

— Lucas…

Ma voix tremble.

— Le jour où elle découvrira la vérité…

Je relève les yeux vers lui.

— Elle sera brisée.

Le silence tombe.

Je sens une boule se former dans ma gorge.

— Cette fille est innocente…

Je secoue la tête.

— Elle ne mérite pas ça.

Lucas ne répond pas immédiatement.

Puis finalement…

— Je le sais.

Ses mots sont calmes.

Mais lourds de sens.

— Mais je ne peux plus faire marche arrière.

Je ferme les yeux.

— Alors combien de temps ?

Je rouvre les yeux.

— Combien de temps comptes-tu lui mentir ?

Il me regarde droit dans les yeux.

Sans détour.

— Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de moi.

Le silence envahit le salon.

Personne ne parle.

Personne ne bouge.

Mon cœur se serre encore plus.

— Lucas…

Je secoue la tête.

— Je n’ai pas la force de jouer avec cette fille.

Ma voix se brise légèrement.

— Pas elle…

Il se lève.

S’approche de moi.

Et pour la première fois…

Je vois une lueur de supplication dans ses yeux.

— Maman…

Il pose doucement ses mains sur les miennes.

— Aide-moi.

Je le regarde.

— Juste quelques mois.

Sa voix est basse.

Presque fragile.

— Juste ça.

Mon cœur vacille.

— Je te le promets… je ne la blesserai pas.

Je détourne légèrement le regard.

Mais il continue.

— Je vais nous trouver une maison.

Je fronce les sourcils.

— Une maison simple.

— Où nous vivrons tous ensemble.

Il insiste.

— Pour rendre la situation crédible.

Je reste silencieuse.

Perdue.

Partagée.

Je tourne lentement la tête vers mon mari.

Il me regarde.

Puis…

Il hoche la tête.

Un simple geste.

Mais suffisant.

Je ferme les yeux.

Longuement.

Puis je soupire.

— Très bien…

Ma voix est faible.

— Je n’ai pas le choix.

Mais au fond de moi…

Je sais.

Cette histoire…

Va nous briser.

## Point de vue de Lucas

Je suis assis sur mon lit.

Dans ma chambre.

Mais mon esprit…

Est ailleurs.

Complètement ailleurs.

Je tiens mon téléphone dans ma main, le regard fixé sur l’écran.

Sur sa photo.

Isabelle.

Je la regarde encore.

Et encore.

Et encore.

Je n’arrive toujours pas à y croire.

Elle a dit oui.

Elle…

A dit oui.

Un sourire apparaît lentement sur mes lèvres.

— C’est incroyable…

Je laisse échapper un léger souffle.

J’ai annulé tous mes voyages.

Tout.

Pour elle.

Heureusement qu’Eliot est là.

Toujours là.

Il gère tout.

Mes entreprises ici…

Et même celles du Canada.

Sans lui… ce plan serait impossible.

Mais malgré tout ça…

Malgré tout ce que je suis…

Ce que je possède…

Je me sens… nerveux.

Pour la première fois depuis longtemps.

Parce que cette fois…

Ce n’est pas un jeu.

Pas complètement.

Je repose légèrement ma tête contre le mur.

— Elle est différente…

Oui.

Elle l’est.

Elle m’a accepté.

Moi.

Dans cet état.

Sans argent.

Sans vision.

Sans rien.

Je ferme les yeux.

— Je ferai tout pour toi…

Ma voix est basse.

Sincère.

— Tout pour te rendre heureuse.

Je serre légèrement mon téléphone.

— Je ne te blesserai pas…

Et si jamais…

Si jamais ça arrive…

— Je ferai tout pour ne pas te perdre.

Je rouvre les yeux.

Mon cœur bat plus vite.

Je fixe encore sa photo.

Puis soudain…

Mon téléphone vibre.

Je me redresse immédiatement.

Numéro inconnu.

Mon cœur accélère.

Je décroche.

— Allô ?

Silence.

Puis…

Sa voix.

Douce.

Légère.

— Lucas… c’est Isabelle.

Un frisson me traverse.

Je ferme les yeux.

Un sourire apparaît sur mes lèvres.

— Isabelle…

Sa voix me fait du bien.

Un bien inexplicable.

— Je… je suis encore désolée pour ce qui s’est passé aujourd’hui.

Je secoue légèrement la tête.

— C’est déjà passé.

Ma voix est calme.

Douce.

Un silence s’installe.

Puis elle parle.

— Lucas… ta demande…

Je retiens mon souffle.

— Tu étais sérieux ?

Je n’hésite pas une seconde.

— Oui.

Silence.

Puis je demande à mon tour :

— Et toi ?

Ma voix devient plus basse.

— Quand tu as dit oui… tu étais sérieuse ?

Un léger silence.

Puis :

— Je pense qu’on devrait en parler sérieusement.

Je souris.

— Oui.

Je réfléchis rapidement.

— Demain… je peux t’envoyer mon adresse.

Je marque une pause.

— Ou… on peut se voir dans un restaurant ?

Elle répond immédiatement :

— Non.

Je fronce légèrement les sourc

ils.

— Je ne veux pas te déranger.

Sa voix est douce.

— Je viendrai chez toi.

Mon cœur rate un battement.

— D’accord…

Je souris.

— Merci.

Nous raccrochons.

Je reste immobile quelques secondes.

Puis…

Je compose un autre numéro.

— Eliot.

— Oui ?

— Trouve-moi une maison.

Ma voix est ferme.

— Simple.

Je réfléchis une seconde.

— Dans une ville modeste…

Je marque une pause.

Puis je tranche :

— À **Campina Grande**.

Silence.

Puis :

— Compris.

Je raccroche.

Et je regarde à nouveau mon téléphone.

Un sourire lent…

Presque dangereux…

Étire mes lèvres.

— Le jeu commence vraiment…

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Aveugle par choix    Chapitre 114

    Chapitre 114IsabelleLe silence qui suit le départ de Sophia est plus lourd qu'un hurlement. Il s'installe sur ma poitrine comme une chape de plomb, oppressant, étouffant. Mes bras sont toujours liés au-dessus de ma tête, mes épaules en feu, mes poignets à vif. Les mots de ma sœur tournent dans ma tête, un manège infernal. « Intouchable. Vous êtes piégés. Personne ne viendra vous sauver. »Je ferme les yeux, tente de repousser le désespoir qui m'envahit. Lucas dort, à quelques mètres de moi, attaché à son anneau, le visage marqué par la fatigue et les coups. Sa respiration est régulière, mais son front est plissé, même dans le sommeil. Il lutte. Il lutte encore, même inconscient.Je ne dois pas abandonner. Pour lui. Pour Lucien. Pour n

  • Aveugle par choix    Chapitre 113

    Chapitre 113SophiaLa cave est mon théâtre, et Isabelle, mon public captif. Je descends les marches lentement, savourant chaque craquement du bois sous mes talons, chaque oscillation de la lampe tempête qui projette des ombres dansantes sur les murs de pierre. L'air est froid, humide, chargé de l'odeur de la terre et de la peur — sa peur, qui imprègne chaque recoin de cette prison comme un parfum entêtant. Je la hume avec délice. C'est l'odeur de ma victoire.Isabelle est agenouillée contre le mur, les bras liés au-dessus de la tête, la robe déchirée, les cheveux collés par la sueur et la poussière. Ses yeux noisette, si semblables à ceux de notre mère, lèvent vers moi un regard où la terreur le dispute à la haine. Elle ne pleure plus. Elle a épuisé ses larmes

  • Aveugle par choix    Chapitre 112

    Chapitre 112LucasLa corde est rugueuse, mais elle cède. Lentement, fibre par fibre, elle s'effiloche sous mes frottements répétés. Depuis des heures je ne sais plus combien exactement, le temps n'a plus de sens dans cette cave je travaille mes liens contre l'angle de pierre du mur, profitant de chaque absence de Rodrigo pour user le chanvre qui me retient prisonnier. Mes poignets sont en sang, la peau à vif, mais la douleur est un moteur, un rappel constant de ce qui est en jeu. Isabelle. Sa vie. Notre liberté.La porte de la cave est restée ouverte, là-haut, après le départ de Sophia. J'entends les bruits de la maison, des pas étouffés, des éclats de voix. Rodrigo et ses hommes s'affairent, préparent quelque chose, je ne sais pas quoi. Mais ils sont occupés. Distraits. C'est ma chance.Un craqu

  • Aveugle par choix    Chapitre 111

    Chapitre 111IsabelleLa voix de Lucas emplit la cave, chaude, familière, reconnaissable entre mille et pourtant, ce n'est pas lui. Ce n'est pas mon mari. C'est un enregistrement, un montage, une manipulation. Les mots qui sortent du haut-parleur que Sophia a posé sur le sol, près de mes genoux, sont des mots qu'il n'a jamais prononcés. Je le sais. Mais ils font mal, si mal, comme des coups de poignard dans ma poitrine déjà à vif.— Isabelle, je ne t'ai jamais aimée, dit la voix de Lucas, lointaine, distordue par le bruit de fond. Tu n'étais qu'un passe-temps. Une distraction. Sophia est la seule femme que j'ai jamais désirée.Je ferme les yeux, serre les dents. C'est faux. C'est faux. Lucas m'aime, il me l'a prouvé cent fois, mille fois. Il a supplié mon pardon à genoux, il a pris un

  • Aveugle par choix    Chapitre 110

    Chapitre 110AgathaLe téléphone est tombé de mes mains il y a une heure, peut-être deux, je ne sais plus. Il est là, sur le tapis persan du salon, l'écran encore allumé, affichant le nom de Victoria comme une accusation silencieuse. Victoria qui sanglotait au bout du fil, Victoria qui m'annonçait d'une voix brisée que Sophia s'était évadée, que Sophia avait enlevé Isabelle et Lucas, que Sophia les tenait prisonniers quelque part dans la montagne, et que personne ne savait où.Sophia. Ma fille. Mon aînée.Je suis assise dans mon fauteuil, près de la fenêtre qui donne sur les cyprès, et je tremble. Pas de froid le chauffage ronronne, les radiateurs diffusent une chaleur douce mais de l'intérieur, comme si une créature glacée avait &e

  • Aveugle par choix    Chapitre 109

    Chapitre 109VictoriaLe salon de la villa est plongé dans un silence de crypte. Les rideaux sont tirés, les lumières éteintes, et seules les braises mourantes de la cheminée projettent des ombres mouvantes sur les murs tapissés de soie. Je suis assise sur le canapé, les mains croisées sur mes genoux, la couverture encore sur mes épaules, et je fixe la porte-fenêtre qui donne sur le jardin. C'est par là qu'ils sont partis. Par là que mon fils a été emmené, drogué, impuissant, par cette femme, cette folle, ce monstre.Georges est à côté de moi, sa main posée sur la mienne. Il ne dit rien. Il n'a jamais été doué pour les mots. Mais sa présence est un roc, une ancre dans la tempête. Je sens sa chaleur, sa force, et je m'y accroche comme une naufragé

  • Aveugle par choix    Chapitre 85

    Chapitre 85SophiaLa chambre est blanche. Blanche comme les murs, comme le lit, comme la lumière du néon qui grésille au plafond. Une blancheur de neige, de linceul, d'hôpital. L'odeur est celle du désinfec

  • Aveugle par choix    Chapitre 83

    Chapitre 83AgathaLa route de la villa est bordée de cyprès, alignés comme des soldats immobiles. Leurs ombres, allongées par le soleil de fin d'après-midi, barrent l'asphalte de raies noires. Je roule dou

  • Aveugle par choix    Chapitre 82

    Chapitre 82LucasL'idée me vient une nuit d'insomnie. Je suis seul dans le salon, assis dans le fauteuil en cuir havane, les pieds posés sur la table basse. Les braises de la cheminée s'éteignent lentement, rouge

  • Aveugle par choix    Chapitre 80

    Chapitre 80LucasLe jour de la sortie d'Isabelle, le soleil est radieux. Il brille comme un défi, comme une insulte, comme une promesse. Les nuages, rares, blancs, floconneux, flottent dans un ciel d'un bleu si intense qu'il en paraît irr&ea

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status