تسجيل الدخولIsadora
Je ne dors pas. Je suis allongée dans l'obscurité, les yeux ouverts, à écouter les bruits de la maison qui s'endort. Les derniers invités sont rentrés depuis longtemps, les domestiques ont éteint les lumières, et le silence est retombé sur la demeure comme un linceul.
Et puis j'entends des pas dans le couloir.
Des pas lourds, irréguliers, qui trébuchent sur le tapis et qui h
GabrielLes jours passent.Les nuits passent.Les semaines, peut-être.Je ne dors plus.Je ne mange plus.Je ne vis plus.Je survie.Mon corps est couvert de marques.Les dents d'Hélène — des demi-cercles violacés sur mes épaules, sur ma poitrine, sur mes cuisses.Les griffes d'Aurore — des sillons rouges, longs, profonds, qui mettent des jours à cicatriser, qui s'infectent parfois, qu'il faut désinfecter à l'alcool, ce qui brûle, ce qui fait mal, ce qui est bon.Les sangles de Camille — des marques en travers sur mes poignets, mes chevilles, mon cou, là où le collier a frotté.Les bleus, les rouges, les cicatrices qui s'ouvrent, se referment, s'ouvrent encore.Mon esprit est vide.Plus de pensées.Plus d'émotions.Plus de désirs.Plus de peurs.Juste une attente.Une attente de la prochaine nuit.
GabrielQuelques jours passent.Je ne sais plus combien. Les jours se ressemblent tous, dans cette maison. Le matin, je me réveille dans ma chambre, seul. Le lit est froid, les draps sont sales. Je me lève. Je me douche. Je m'habille. Je descends. Je bois un café. J'attends.L'après-midi, Camille m'appelle. Ou Hélène. Ou personne. Parfois je reste seul, des heures, à regarder par la fenêtre. Le jardin. Les rosiers. La piscine. L'eau verte, pas bleue — personne ne l'entretient plus.Le soir, Sébastien me convoque dans son bureau. Il me fait lècher ses chaussures. Parfois plus. Parfois il me pénètre. Parfois il me fait juste regarder des vidéos — les miennes — en se masturbant.La nuit, Hélène m'appelle. Ou Camille. Ou les deux. Parfois les trois. Leurs corps, leurs mains, leurs bouches, leurs sexes. Je ne sais plus qui est qui. Elles se ressemblent toutes, la nuit, dans le noir. Des odeurs différentes, des goûts différents, mais
GabrielCamille vient me chercher le lendemain après-midi.Je suis dans le jardin, assis sur un banc, à regarder les rosiers. Ceux qu'Hélène m'a appris à tailler. Les fleurs sont fanées, maintenant. Les pétales tombent un à un, jonchent la terre d'un tapis rouge et brun. Les épines sont toujours là, pointues, menaçantes. J'ai une cicatrice sur l'avant-bras — une épine, un jour où j'ai taillé trop vite, trop près.— Viens, dit Camille.Sa voix est calme. Pas d'ordre. Pas d'invitation. Un constat.Je la suis.Sa chambre est dans la pénombre. Les rideaux sont tirés — des rideaux épais, en velours bordeaux, qui ne laissent passer aucun rayon de lumière. Une seule bougie allumée, posée sur la table de nuit. Une bougie rouge, épaisse, qui brûle d'une flamme basse et large. L'odeur de la cire se mêle à celle de l'encens — de l'encens d'église, de la myrrhe, un parfum lourd, solennel, funèbre presque. La flamme vacille, projett
GabrielLa nuit suivante, Hélène vient me chercher.Je suis dans ma chambre, allongé sur le lit, à regarder la fissure au plafond. La fissure s'est agrandie depuis mon arrivée. Les bords se sont élargis, de petites craquelures rayonnent autour, comme les ramifications d'un éclair figé dans le plâtre. Je me demande si elle finira par s'effondrer un jour. Peut-être que oui. Peut-être que la maison s'effondrera sur nous tous, et que ce sera bien fait.La porte s'ouvre sans qu'on frappe.Hélène est habillée — une robe noire, simple, élégante, en crêpe de Chine, qui lui arrive aux genoux. Le tissu est fluide, il épouse ses formes sans les mouler. Pas de collants — ses jambes sont nues, ses pieds sont nus aussi. Pas de lingerie en dessous, je le sais. Elle ne porte jamais de lingerie quand elle vient me voir. Elle aime sentir le tissu de sa robe frotter directement sur sa peau. Elle me l'a dit une fois, il y a des siècles, dans un autre monde.
Hélène sur ma bouche, mon cou, ma poitrine. Ses dents sur mes tétons , une morsure légère d'abord, puis plus forte, jusqu'à ce que je gémisse. Sa langue sur mes côtes, descendant en spirales, léchant chaque espace entre les os. Son souffle chaud sur ma peau.Aurore sur mon ventre, mes hanches, mon sexe. Sa bouche remplace sa main. Elle suce. Elle lèche. Elle mord doucement, juste assez pour que la douleur soit plaisante. Sa langue tourne autour du gland, descend le long de la tige, remonte. Sa main gauche joue avec mes testicules, les pèse, les caresse, les presse doucement.Camille sur mes cuisses, mes genoux, mes mollets. Ses doigts remontent, descendent, remontent encore. Des caresses légères, presque imperceptibles, des frôlements qui me donnent la chair de poule. Sa bouche descend sur mes pieds, lèche la voûte plantaire, suce mes orteils un à un. Je frissonne. Je n'aurais jamais cru que ça pouvait être agréable.— À mon tour, dit Hélène.Elle écarte les deux autres. Elle monte su
GabrielLe lendemain, Sébastien me convoque dans son bureau. La porte est fermée. Les rideaux sont tirés. La lampe verte éclaire la surface cirée du bureau, cette lumière malade que je connais si bien maintenant, cette lumière qui donne aux ombres une teinte bilieuse, irréelle. Il est assis dans son fauteuil en cuir, les mains croisées sur le ventre. Son visage est calme, presque bienveillant un masque de bienveillance, comme toujours. Les plis autour de ses yeux semblent plus profonds aujourd'hui. La lampe creuse des ombres sous ses pommettes, sous son menton.— Assieds-toi, Gabriel.Je m'assois. Le cuir grince sous mon poids , ce grincement familier, presque rassurant maintenant. Je connais ce grincement. Je connais l'odeur de cette pièce , le tabac froid, le whisky, le vieux bois, le cuir des reliures, la poussière des livres. Je connais la texture du tapis sous mes semelles , un tapis persan, épais, aux couleurs fanées par des décennies de soleil. Je connais tout, dans cette pièc
IsadoraÀ vingt heures précises, je descends l'escalier, vêtue de ma plus belle robe , une robe en velours bleu nuit que ma mère m'a offerte pour mes dix-huit ans, trop élégante pour la campagne, trop modeste pour la ville. Mes cheveux sont relevés en un chignon lâche, mes joues sont légèrement pou
IsadoraLe train s'arrête dans un grincement de freins et un sifflement de vapeur qui déchire le silence de cette fin d'après-midi d'octobre. Je colle mon front à la vitre froide, et je regarde la ville qui s'étend devant moi, accrochée aux flancs d'une colline qui descend vers la mer. Une ville po
IsadoraLe lendemain, le soleil brille sur la ville comme si la nuit précédente n'avait été qu'un rêve. Le vent est tombé, les nuages se sont dispersés, et un ciel d'un bleu limpide s'étend au-dessus des toits. C'est une journée magnifique, une journée d'automne comme on en voit rarement, chaude et
IsadoraJe n'arrive pas à dormir. Le lit est trop grand, trop moelleux, trop étranger. Les draps sentent la lavande et l'amidon, le matelas s'enfonce sous mon poids comme un ventre mou, et les rideaux de velours grenat frémissent à chaque courant d'air comme des spectres. Chaque fois que je ferme l







