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CHAPITRE 13 – L’annonce

Author: L'encre
last update publish date: 2026-06-02 19:48:09

Les mots sortaient sans qu’elle les contrôle, ridicules, enfantins, pathétiques. Elle les hurlait comme une petite fille perdue dans un supermarché, comme si hurler pouvait changer quoi que ce soit, comme si ses parents pouvaient l’entendre et venir la chercher et la prendre dans leurs bras et lui dire que tout allait bien, que c’était fini, que ce n’était qu’un mauvais rêve.

Mais ils ne viendraient pas. Ils ne viendraient plus jamais.

L’infirmière préparait une seringue. Lyra vit l’aiguille, le liquide transparent, le geste précis et mécanique. Elle redoubla de fureur, donna un coup de pied qui atteignit quelqu’un à la hanche, entendit un juron étouffé. Mais les mains étaient trop nombreuses, trop fortes. Elle n’était qu’une adolescente de dix-sept ans, affaiblie, brisée, un bras dans le plâtre, des côtes fêlées qui lui sciaient la poitrine à chaque inspiration.

Et puis une voix s’éleva dans l’encadrement de la porte. Une voix de femme, calme, posée, parfaitement maîtrisée. Une voix qui ne criait pas, qui ne s’énervait pas, mais qui portait une autorité naturelle, indiscutable.

— Arrêtez.

L’infirmière à la seringue se figea. Les autres relâchèrent leur étreinte, une à une, comme si cette simple parole avait plus de pouvoir que toutes leurs forces réunies. Lyra, épuisée, haletante, tourna la tête vers la porte.

La femme qui se tenait sur le seuil n’était pas grande, mais elle dégageait une présence qui remplissait toute la pièce. Elle devait avoir la quarantaine, peut-être un peu plus, mais elle paraissait plus jeune – une de ces femmes dont l’âge reste indéfinissable, comme si le temps n’osait pas les toucher. Ses cheveux étaient noirs, très noirs, relevés en un chignon sophistiqué qui laissait voir un cou long et gracile. Son tailleur était sombre, bleu nuit ou noir, d’une coupe impeccable qui épousait ses formes sans les souligner. Des perles aux oreilles. Un rouge à lèvres discret, presque invisible. Et des yeux. Des yeux d’un gris étrange, changeant, qui tiraient sur l’argenté quand la lumière les frappait sous un certain angle.

Elle n’était pas belle au sens classique du terme. Elle était plus que ça. Elle était magnétique. Elle était de ces femmes qu’on remarque dans une foule sans savoir pourquoi, qu’on suit des yeux sans le vouloir, qu’on n’oublie pas une fois qu’on les a vues.

Mais ce n’était pas son élégance qui frappa Lyra. Ce n’était pas sa beauté, ni son maintien, ni son autorité tranquille.

C’était ses yeux. Ses yeux gris qui la regardaient avec une intensité déchirante, une émotion brute, contenue, qui semblait sur le point de déborder à tout instant. Des yeux qui la regardaient comme si elle était la chose la plus précieuse au monde. Comme si elle était un miracle. Comme si elle était un fantôme.

— Laissez-nous, s’il vous plaît, dit la femme sans quitter Lyra du regard.

Les infirmières échangèrent des regards hésitants. Celle à la seringue ouvrit la bouche pour protester, mais la femme tourna la tête vers elle, lentement, et quelque chose dans son expression la fit taire immédiatement. Les trois femmes quittèrent la chambre en silence, emportant avec elles la seringue et les sangles et l’agitation. La porte se referma avec un cliquetis discret.

Lyra et l’inconnue restèrent seules.

Le silence revint, troublé seulement par les bip réguliers des machines et la respiration saccadée de la jeune fille. La femme ne bougeait pas. Elle se tenait droite, les bras le long du corps, les mains légèrement crispées sur son sac à main, comme si elle luttait contre l’envie de traverser la pièce et de la prendre dans ses bras.

— Lyra, dit-elle enfin.

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