LOGINElsa a vingt et un ans quand elle épouse Alexandre Duval, l’héritier d’un empire culturel new-yorkais. Elle l’aime depuis ses seize ans. Lui accepte ce mariage arrangé par son père, sans passion, sans haine. Pour lui, Elsa est une épouse parfaite : discrète, dévouée, sans ambition. Il ignore tout d’elle — même sa voix. Car Elsa est une soprano lyrique exceptionnelle, un « accident de la nature » que son professeur appelait autrefois. Mais après la mort de ses parents à dix-sept ans, elle a tout arrêté. Elle n’a plus jamais chanté. Et Alexandre, en cinq ans de mariage, ne l’a jamais entendue. Tout bascule le jour où elle découvre que les « vitamines » qu’il lui donne chaque matin sont en réalité des contraceptifs. Qu’il l’a délibérément empêchée d’avoir un enfant, alors qu’elle pleurait après chaque test négatif. Qu’il retrouve Viviane, son amour de jeunesse, mezzo-soprano du Metropolitan Opera. Elsa part pour Londres avec une valise, les bijoux de sa mère et une décision irréversible. Là-bas, elle va peu à peu retrouver sa voix, ouvrir sa propre académie vocale, et rencontrer un homme qui, pour la première fois, l’entend vraiment. Pendant ce temps, Alexandre comprend trop tard ce qu’il a perdu. Et d’étranges révélations émergent. Entre renaissance artistique, suspense et roman d’amour, Mariage impossible est l’histoire d’une femme qui apprend à exister par elle-même et qui devient, note après note, libre.
View MoreJ'ai appris très tôt que sourire coûte moins cher que d'expliquer pourquoi on ne sourit pas.
Le soleil se couchait sur Manhattan et moi j'étais là, debout devant la baie vitrée du penthouse, une tasse de thé froid dans la main droite.
Je m'appelle Elsa Duval. Vingt-huit ans. Épouse d'Alexandre Duval, directeur de l'Académie Vocale d'Élite de New York, milliardaire, héritier d'un empire culturel qui pèse plusieurs centaines de millions de dollars.
Mon mari.
Je répète ce mot parfois, comme on appuie sur une dent douloureuse pour vérifier si ça fait encore mal. Mon mari. Oui. Ça fait encore mal.
Pas parce qu'il est cruel au sens brutal du terme. Alexandre ne crie jamais. Ne casse rien. Ne lève pas la main. Il fait quelque chose de bien plus efficace : il m'ignore. Avec cette aisance naturelle des hommes qui ont tellement de choses importantes à gérer qu'ils ne trouvent plus de place pour vous regarder vraiment.
Pourtant je l'aime. Je l'ai aimé depuis mes seize ans, depuis le jour où j'avais vu cet homme de vingt ans traverser le hall de l'académie de son père avec cette façon d'occuper l'espace qui m'avait coupé le souffle. Je l'avais aimé en silence pendant des années. Et quand son père avait arrangé ce mariage, j'avais dit oui avec le coeur qui débordait.
Alexandre, lui, avait accepté parce que son père le lui demandait. Je le savais. Je me l'étais dit une fois, rapidement, puis j'avais rangé cette pensée dans un tiroir et j'avais décidé de ne plus y toucher. Parce qu'on a cette capacité quand on aime quelqu'un : interpréter la réalité à son avantage.
Cinq ans plus tard, le tiroir était toujours fermé. Mais quelque chose frappait contre de l'intérieur.
La clé tourna dans la serrure. Alexandre entra. Costume Armani légèrement froissé, cravate desserrée de deux centimètres exactement. Cheveux noirs, yeux verts, mâchoire carrée. Même après tout ce temps, mon coeur fit cette chose stupide et involontaire. Ce petit saut. Cet accélérateur bête et inutile.
Chérie, dit-il en posant sa mallette sur le comptoir sans me regarder. Tout est prêt pour le gala de vendredi ?
Pas bonjour. Pas comment tu vas. Pas je suis content de te voir.
Tout est prêt, répondis-je.
Les Hargrove seront là. Sa nièce doit être présentée aux jurés. Occupe-t-en personnellement.
Bien sûr.
Il leva les yeux vers moi pour la première fois depuis son entrée. Ce regard rapide et évaluateur qui me parcourait comme on vérifie qu'un meuble est à sa place.
Tu as l'air fatiguée. Ce n'était pas de la sollicitude. C'était une observation logistique. Une épouse qui a l'air fatiguée lors d'un gala, c'est mauvais pour l'image.
Il alla dans son bureau, revint trente secondes plus tard et posa sur le comptoir, à côté de ma tasse froide, une petite boîte blanche.
Tes vitamines. Tu as oublié ce matin.
Sa voix était douce quand il disait ça. Presque tendre. C'était le paradoxe Alexandre : capable de m'ignorer douze heures d'affilée et de penser à mes vitamines. Il les commandait chez un fournisseur suisse. Spécialement formulées pour moi. Pour ta santé, ma belle. Pour ta voix.
Pour ma voix. Cette voix qu'il n'avait jamais entendue. Qu'il pensait que j'avais abandonnée par manque d'ambition. Il ne savait pas que je l'avais perdue bien avant, avec mes parents, sur une route mouillée un mardi soir de novembre. Il ne savait pas que j'avais été soprano. Il ne savait pas que sous la surface de cette femme qui organisait ses galas et gérait ses mécènes, il y avait dix ans de silence enterrés.
C'était mon secret. Le seul qui m'appartenait vraiment.
Merci, dis-je.
Il disparut dans son bureau. La porte se ferma doucement.
Je pris une pilule, l'avalait avec un fond de thé froid. Demain matin j'avais rendez-vous chez une gynécologue. Le huitième ou neuvième du même genre depuis trois ans.
Le Dr. Vasquez. Elle avait la réputation d'aller au fond des choses.
Peut-être cette fois.
Je disais ça à chaque fois. C'était la seule façon que j'avais trouvée de continuer.
Le lendemain matin, le cabinet était calme. Le Dr. Vasquez m'écouta vraiment pas en tapant distraitement sur son clavier, en me regardant. Elle parcourut mon dossier, posa des questions précises, puis tendit la main.
Vous prenez des compléments en ce moment ? Des médicaments ?
Des vitamines. Mon mari me les donne chaque matin.
Je sortis la petite boîte blanche de mon sac.
Elle la prit. Fit rouler un comprimé entre ses doigts. L'approcha de la lumière. Ses sourcils se froncèrent imperceptiblement.
Je peux en garder un pour analyse ? Simple précaution.
Bien sûr. Ce sont juste des vitamines. Mon mari les fait venir spécialement pour moi.
Je vous recontacte dès que j'ai les résultats, dit-elle. Quelques jours au plus.
Dans le taxi du retour, je regardai Manhattan défiler. La boîte blanche dans mon sac. Alexandre qui les posait chaque matin à côté de ma tasse avec ce sourire attentionné.
Je n'avais aucune raison de douter. Aucune.
Ce sont juste des vitamines.
Alexandre franchit la porte de son bureau d’un pas lourd, la mâchoire encore serrée, la joue encore brûlante. Les stigmates de la gifle d’Elsa étaient invisibles, mais il les sentait comme une marque au fer rouge. Son reflet dans la vitre lui renvoya l’image d’un homme qu’il ne reconnaissait pas : les traits tirés, les yeux injectés de sang, les poings encore crispés. Il avait envie de tout casser. Il avait envie de hurler. Il avait besoin de se défouler, de faire payer quelqu’un pour cette humiliation qu’il venait de subir. Et qui de mieux que ses employés, ces sous-fifres qui lui devaient tout, pour servir d’exutoire ?Il traversa l’open space sans un regard pour les employés qui levaient la tête de leurs écrans. Leurs visages se fermèrent en le voyant. Ils savaient. Ils ne savaient pas quoi, mais ils savaient que l’orage allait éclater. Une secrétaire, trop lente à replonger dans ses dossiers, fut la première victime.— Vous, la nouvelle, dit-il en s’arrêtant devant son bureau. Qu’
Elsa était sur le point de traverser la rue quand elle entendit des pas derrière elle. Des pas assurés, presque insolents. Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui c'était. Elle le sentait dans l'air, dans cette tension qui se resserrait autour d'elle comme un étau.Elle s'arrêta net. Ses doigts se crispèrent sur la bandoulière de son sac. Elle inspira profondément. Elle ne voulait pas lui donner cette satisfaction, cette satisfaction de la voir trembler, de la voir fuir. Elle avait déjà assez perdu pour la journée.— Eh bien, eh bien, dit la voix derrière elle. Tu es seule, sans ton avocat et sans ton petit ami.Elsa se retourna lentement. Alexandre était là, accompagné de ses deux avocats. Il avait les mains dans les poches, un sourire aux lèvres, celui d'un homme qui vient de gagner une bataille et qui compte bien en profiter.— Il est où, ton chien de garde ? demanda-t-il en la dévisageant. Marcus ? Tu fais moins la maligne sans lui, hein ?Elsa sentit la colère monte
Le bruit de la porte du tribunal claquant derrière Elsa sembla résonner dans ses os. Chaque pas qu'elle faisait sur le trottoir était un effort, comme si ses jambes s'enfonçaient dans du sable mouvant. Elle avançait, mais elle ne savait pas où elle allait. Ses yeux étaient secs, mais sa tête tournait. Les voitures passaient, les gens parlaient, la ville continuait de vibrer. Elle n'entendait rien. Elle ne voyait rien. Elle était vide.Maître Fontaine la rattrapa en quelques enjambées, son talon claquant sur le trottoir.— Elsa, attendez.Elsa s'arrêta, mais ne se retourna pas. Elle fixait une vitrine, un mannequin vêtu d'une robe qu'elle n'arrivait même pas à voir.— Comment c'est possible ? murmura-t-elle, la voix brisée. Comment est-ce possible que ce soit comme ça ?Maître Fontaine s'approcha, posa une main sur son épaule.— Je sais. Je sais que c'est dur.— Vous m'aviez dit qu'on avait des chances. Vous m'aviez dit que les preuves étaient solides.— Elles le sont, Elsa. Mais le ju
Le silence de la salle d'attente était pesant, presque oppressant. Elsa était assise sur une chaise en bois, ses doigts jouant nerveusement avec le bord de sa veste. Elle avait passé la matinée à se préparer mentalement à cette audience, à se répéter ce qu'elle allait dire, à essayer de ne pas penser à Alexandre. Mais il était là, dans la même pièce, à quelques mètres d'elle, et sa simple présence suffisait à faire monter en elle une vague de colère et de frustration.Le week-end chez les parents de Marcus lui avait fait un bien fou. Elle avait été accueillie à bras ouverts, avait partagé des repas en famille, s'était promenée dans les jardins. Elle avait senti l'acceptation, la chaleur, et surtout, elle avait senti que Marcus était vraiment heureux avec elle. Cela lui avait donné une clarté nouvelle : elle voulait tourner la page. Elle voulait que tout soit fini avec Alexandre, pour pouvoir enfin se construire une vie stable, sereine, avec l'homme qu'elle aimait. Mais avant cela, il
La salle d’attente du City Opera avait ces chaises inconfortables que tous les lieux d’audition semblent commander dans le même catalogue. Des chaises beige, alignées contre le mur, avec des accoudoirs en métal froid qui vous rentrent dans les côtes au bout de dix minutes. Des portes closes de l’au
Viviane choisit son moment avec soin.Alexandre rentra le lendemain soir à vingt et une heures, fatigué d’une journée de réunions avec les investisseurs de l’académie dont deux étaient en train de reconsidérer leurs engagements depuis les premiers articles sur *Voix Libérée*. Il avait cette tensio
Viviane attendit qu’Alexandre soit sous la douche pour retourner dans son bureau.Elle connaissait ses habitudes. Il laissait toujours son ordinateur ouvert quand il était distrait cette façon qu’il avait de considérer que son bureau lui appartenait tellement que l’idée même qu’on puisse y toucher
Je demandai à Clara de creuser discrètement.Pas d’une façon indiscrète je ne voulais pas que les élèves aient l’impression d’être surveillés ou évalués sur autre chose que leur travail. L’académie devait rester un espace de confiance, pas un lieu de suspicion. Mais Clara avait cette capacité à tr












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