Mag-log inAlexandre franchit la porte de son bureau d’un pas lourd, la mâchoire encore serrée, la joue encore brûlante. Les stigmates de la gifle d’Elsa étaient invisibles, mais il les sentait comme une marque au fer rouge. Son reflet dans la vitre lui renvoya l’image d’un homme qu’il ne reconnaissait pas : les traits tirés, les yeux injectés de sang, les poings encore crispés. Il avait envie de tout casser. Il avait envie de hurler. Il avait besoin de se défouler, de faire payer quelqu’un pour cette humiliation qu’il venait de subir. Et qui de mieux que ses employés, ces sous-fifres qui lui devaient tout, pour servir d’exutoire ?Il traversa l’open space sans un regard pour les employés qui levaient la tête de leurs écrans. Leurs visages se fermèrent en le voyant. Ils savaient. Ils ne savaient pas quoi, mais ils savaient que l’orage allait éclater. Une secrétaire, trop lente à replonger dans ses dossiers, fut la première victime.— Vous, la nouvelle, dit-il en s’arrêtant devant son bureau. Qu’
Elsa était sur le point de traverser la rue quand elle entendit des pas derrière elle. Des pas assurés, presque insolents. Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui c'était. Elle le sentait dans l'air, dans cette tension qui se resserrait autour d'elle comme un étau.Elle s'arrêta net. Ses doigts se crispèrent sur la bandoulière de son sac. Elle inspira profondément. Elle ne voulait pas lui donner cette satisfaction, cette satisfaction de la voir trembler, de la voir fuir. Elle avait déjà assez perdu pour la journée.— Eh bien, eh bien, dit la voix derrière elle. Tu es seule, sans ton avocat et sans ton petit ami.Elsa se retourna lentement. Alexandre était là, accompagné de ses deux avocats. Il avait les mains dans les poches, un sourire aux lèvres, celui d'un homme qui vient de gagner une bataille et qui compte bien en profiter.— Il est où, ton chien de garde ? demanda-t-il en la dévisageant. Marcus ? Tu fais moins la maligne sans lui, hein ?Elsa sentit la colère monte
Le bruit de la porte du tribunal claquant derrière Elsa sembla résonner dans ses os. Chaque pas qu'elle faisait sur le trottoir était un effort, comme si ses jambes s'enfonçaient dans du sable mouvant. Elle avançait, mais elle ne savait pas où elle allait. Ses yeux étaient secs, mais sa tête tournait. Les voitures passaient, les gens parlaient, la ville continuait de vibrer. Elle n'entendait rien. Elle ne voyait rien. Elle était vide.Maître Fontaine la rattrapa en quelques enjambées, son talon claquant sur le trottoir.— Elsa, attendez.Elsa s'arrêta, mais ne se retourna pas. Elle fixait une vitrine, un mannequin vêtu d'une robe qu'elle n'arrivait même pas à voir.— Comment c'est possible ? murmura-t-elle, la voix brisée. Comment est-ce possible que ce soit comme ça ?Maître Fontaine s'approcha, posa une main sur son épaule.— Je sais. Je sais que c'est dur.— Vous m'aviez dit qu'on avait des chances. Vous m'aviez dit que les preuves étaient solides.— Elles le sont, Elsa. Mais le ju
Le silence de la salle d'attente était pesant, presque oppressant. Elsa était assise sur une chaise en bois, ses doigts jouant nerveusement avec le bord de sa veste. Elle avait passé la matinée à se préparer mentalement à cette audience, à se répéter ce qu'elle allait dire, à essayer de ne pas penser à Alexandre. Mais il était là, dans la même pièce, à quelques mètres d'elle, et sa simple présence suffisait à faire monter en elle une vague de colère et de frustration.Le week-end chez les parents de Marcus lui avait fait un bien fou. Elle avait été accueillie à bras ouverts, avait partagé des repas en famille, s'était promenée dans les jardins. Elle avait senti l'acceptation, la chaleur, et surtout, elle avait senti que Marcus était vraiment heureux avec elle. Cela lui avait donné une clarté nouvelle : elle voulait tourner la page. Elle voulait que tout soit fini avec Alexandre, pour pouvoir enfin se construire une vie stable, sereine, avec l'homme qu'elle aimait. Mais avant cela, il
La fin du cours avait sonné comme une délivrance. Les élèves s'étaient levés, avaient rangé leurs affaires, étaient sortis en discutant. James était resté assis, figé, les mains posées sur la table, le regard vide. Autour de lui, les voix s'éloignaient, les rires s'estompaient. Il était seul.Il n'avait pas bien chanté de tout le cours. Dans son esprit tournait en boucle : Nadia l'avait vu. Elle avait vu le baiser. Elle avait vu Eliot. Elle savait.Elle avait dit qu'elle n'avait rien vu. Mais ce n'était pas vrai. Elle avait tout vu. Et James ne pouvait pas s'arrêter de penser à ça.Il se leva lentement, prit son sac, et sortit de la salle. Les couloirs étaient calmes. Certains élèves étaient déjà partis, d'autres discutaient près des casiers, des rires, des bruits de pas. James les entendait sans les écouter.Il marcha jusqu'au bout du couloir, puis s'arrêta devant la porte du bureau de Nadia. Il hésita. Ses doigts effleurèrent la poignée, puis se retirèrent. Il n'était pas sûr de vo
James marcha d'un pas rapide, les mains enfoncées dans les poches de son manteau. Le quartier était calme, les rues bordées d'arbres dénudés et de maisons aux façades impeccables. Il connaissait chaque rue, chaque coin de rue, chaque recoin où il pouvait se cacher. Il avait appris à longer les murs, à éviter les regards, à se fondre dans le décor.Il arriva au coin de la rue, là où ils s'étaient donnés rendez-vous. Eliot était déjà là, adossé contre un mur, un sourire aux lèvres. Il portait un jean et un sweat à capuche, les cheveux en bataille, l'air décontracté. Il avait cette façon de se tenir, les mains dans les poches, qui disait qu'il ne se souciait de rien.— Salut, dit-il en s'approchant.— Salut.Ils se firent la bise, une bise rapide, presque furtive. James regarda autour d'eux, vérifia qu'ils étaient seuls. Eliot le vit, et son sourire s'affaissa un peu.— Tu es encore tendu, dit-il.— Je ne suis pas tendu.— Si. Tu es toujours tendu, James. On se voit, et tu regardes parto
La salle d’attente du City Opera avait ces chaises inconfortables que tous les lieux d’audition semblent commander dans le même catalogue. Des chaises beige, alignées contre le mur, avec des accoudoirs en métal froid qui vous rentrent dans les côtes au bout de dix minutes. Des portes closes de l’au
Viviane choisit son moment avec soin.Alexandre rentra le lendemain soir à vingt et une heures, fatigué d’une journée de réunions avec les investisseurs de l’académie dont deux étaient en train de reconsidérer leurs engagements depuis les premiers articles sur *Voix Libérée*. Il avait cette tensio
Viviane attendit qu’Alexandre soit sous la douche pour retourner dans son bureau.Elle connaissait ses habitudes. Il laissait toujours son ordinateur ouvert quand il était distrait cette façon qu’il avait de considérer que son bureau lui appartenait tellement que l’idée même qu’on puisse y toucher
Je demandai à Clara de creuser discrètement.Pas d’une façon indiscrète je ne voulais pas que les élèves aient l’impression d’être surveillés ou évalués sur autre chose que leur travail. L’académie devait rester un espace de confiance, pas un lieu de suspicion. Mais Clara avait cette capacité à tr







