MasukUne nuit , un inconnu , un mensonge qui va tout détruire. Serveuse dans un bar de luxe, je n'ai qu'un seul objectif : sauver mon frère qui se meurt. Alors quand un inconnu masqué me propose 10 000 euros contre une nuit, j'accepte. Je ferme les yeux. Je subis. Je fuis avant l'aube sans même connaître son nom. 5 ans plus tard. Je suis engagée comme assistante chez Lionel Vance, le magnat le plus impitoyable de la ville. Un homme dont le regard brise les âmes et dont les mains détruisent des vies. Le jour de mon arrivée, il me raccompagne chez moi et par mégarde rencontre mon fils de 5 ans ..... Lionel me saisit par la nuque. Ses yeux gris, glacés, transpercent les miens. "Pourquoi ce garçon a-t-il mes yeux ?" Mon sang se glace. Il ne sait pas. Il ne peut pas savoir. Je mens. Je jure que cet enfant n'est pas à lui. Il sourit. Un sourire cruel, dangereux, prometteur de douleur. "Alors je vais te prendre à nouveau. Et cette fois, je saurai si ton corps ment aussi bien que ta bouche." Il ne sait pas que je porte son enfant depuis 5 ans. Il ne sait pas que je l'ai élevé seule, dans la misère et les larmes. Il ne sait pas que je suis prête à tout pour protéger mon fils. Même si ça signifie me vendre à nouveau au diable.
Lihat lebih banyakAurora
La pièce de vingt centimes roule sous le comptoir et je me baisse pour la ramasser avant que le chef de rang ne la voie. Mes doigts tremblent quand je la glisse dans la poche de mon tablier. Vingt centimes. Il y a deux ans, j'aurais laissé cette pièce par terre. Aujourd'hui, chaque centime compte.
Le Crystal Lounge brille de mille feux autour de moi. Des lustres en cristal qui valent probablement plus que tout ce que je possède. Des banquettes en velours bleu nuit où s'enfoncent des hommes en costumes à dix mille euros et des femmes aux robes qui coûtent un mois de mes traitements. Je me faufile entre les tables avec mon plateau chargé de coupes de champagne, le sourire vissé aux lèvres comme on m'a appris à le faire.
— Mademoiselle !
Je me retourne. Table huit. Trois hommes, deux femmes. Des rires trop forts, des gestes trop larges. L'alcool qui coule à flots depuis deux heures.
— Oui, monsieur ?
— Une bouteille de Cristal. La 2008.
— Tout de suite.
Le Cristal 2008 est à deux mille quatre cents euros la bouteille. Je le sais parce que j'ai appris la carte par cœur, des vins aux champagnes, des entrées aux desserts que personne ne mange jamais vraiment. Deux mille quatre cents euros. L'équivalent de trois semaines de chimiothérapie pour Léo.
Je me dirige vers le bar et je croise mon reflet dans le miroir derrière les bouteilles. Une fille brune aux yeux fatigués, les cheveux tirés en chignon trop serré, les pommettes saillantes parce que j'ai sauté le déjeuner pour économiser. Vingt-deux ans et j'en parais trente certains soirs. Les cernes sous mes yeux racontent des nuits sans sommeil à compter des factures, à écouter Léo vomir dans la salle de bain, à prier un Dieu auquel je ne crois plus vraiment pour qu'il tienne encore un jour, encore une semaine, encore un mois.
— Aurora.
Marc, le chef de rang, apparaît à côté de moi. Son haleine sent le café et l'agacement.
— La table douze attend son addition depuis dix minutes.
— J'y vais.
— Et souris. Tu fais peur aux clients avec cette tête d'enterrement.
Je souris. J'ai appris à sourire sur commande comme on apprend à respirer. Un réflexe. Les muscles de mes joues qui se contractent, mes lèvres qui s'étirent, mes yeux qui restent vides parce qu'on ne peut pas tout simuler.
Je prends la bouteille de Cristal, je la porte à la table huit, je fais le service avec les gestes précis qu'on attend de moi. L'homme qui a commandé me regarde comme on regarde un meuble. Je ne suis pas une personne à ses yeux. Je suis une fonction. Une paire de mains qui verse du champagne à deux mille quatre cents euros dans des flûtes en cristal.
Le liquide doré emplit les verres et je pense au compte en banque que j'ai consulté ce matin. Moins trois mille sept cents euros. Le découvert autorisé est dépassé depuis trois mois. La banque m'a envoyé une lettre recommandée que je n'ai pas ouverte parce que je sais déjà ce qu'elle contient. Des menaces. Des frais. Des chiffres qui s'accumulent comme des pierres tombales.
Et puis il y a les traitements de Léo.
La nouvelle chimiothérapie que le docteur Morel veut essayer coûte quatre mille euros par cycle. Il en faut six. Vingt-quatre mille euros au total. La sécurité sociale en rembourse une partie, mais pas tout, jamais tout, et les dépassements d'honoraires, et les médicaments non remboursés, et les analyses, et les examens, et tout le reste. J'ai calculé. J'ai passé des nuits entières à calculer, à faire des tableaux Excel sur mon vieil ordinateur portable qui rame, à chercher des solutions qui n'existent pas.
Je gagne mille sept cents euros par mois en travaillant six soirs par semaine. Léo touche une allocation adulte handicapé de neuf cents euros depuis que la maladie l'a rendu incapable de travailler. Deux mille six cents euros pour deux. Le loyer du studio en prend huit cent cinquante. L'électricité, l'eau, le gaz, les assurances. La nourriture. Les couches de Noah quand il était bébé, son lait en poudre, ses vêtements trop vite devenus trop petits. Et maintenant les traitements. Toujours les traitements.
Je n'y arrive pas.
AuroraNoah est malade.Tout a commencé ce matin. Il était grognon au réveil, ce qui ne lui ressemble pas. D'habitude, il saute du lit comme un ressort, prêt à conquérir le monde. Ce matin, il est resté blotti sous sa couverture, les yeux brillants, le visage pâle.— Ça va, mon cœur ?— J'ai froid, maman.J'ai posé ma main sur son front. Brûlant. Le thermomètre a confirmé ce que je craignais. Trente-neuf deux.J'ai appelé l'école pour prévenir qu'il ne viendrait pas. J'ai appelé la voisine pour lui demander de passer le voir dans la journée. Et puis je suis partie travailler, le cœur déchiré, parce que je ne pouvais pas poser de congé. Pas encore. Pas pendant ma période d'essai.La journée est interminable. J'appelle la voisine toutes les heures. La fièvre ne baisse pas. Léo a essayé de lui donner un bain tiède, du paracétamol, mais rien n'y fait. Il faudrait peut-être appeler le médecin. Peut-être l'emmener aux urgences. Mais je suis coincée ici, derrière mon bureau, à classer des dos
AuroraLe bureau est un open space au quatorzième étage. Des rangées de bureaux gris, des écrans d'ordinateur, des plantes vertes qui survivent tant bien que mal sous la lumière artificielle. Ma place est près de la fenêtre, avec vue sur les toits de Paris. C'est presque joli, si on oublie la grisaille de novembre.Ma supérieure s'appelle Sylvie. Une femme d'une quarantaine d'années, efficace et pressée, qui me confie du classement, de la saisie de données, des photocopies. Des tâches simples, répétitives, qui ne demandent pas de qualifications particulières. Je m'en sors bien. Mieux que ce que je craignais.Les premiers jours se passent sans incident. J'apprends les codes, les habitudes, les visages. Je me fonds dans la masse des employés anonymes, je deviens invisible. C'est ce que je veux. Être invisible. Ne pas attirer l'attention. Ne pas croiser son regard.Mais le quatrième jour, tout bascule.J'arrive en retard. La faute au réveil qui n'a pas sonné, à Noah qui ne trouvait plus s
AuroraJe suis embauchée.J'aurais dû être heureuse. Un vrai travail, un vrai salaire, une vraie chance de m'en sortir. Mais tout ce que je ressens, c'est de la peur.J'ai failli refuser. J'avais la main sur le téléphone, prête à appeler l'agence d'intérim pour dire non. Mais puis j'ai pensé aux traitements de Léo, aux médicaments qui coûtent si cher, aux factures qui s'accumulent. J'ai pensé à Noah, à son pyjama trop petit, à ses chaussures trouées, à tous ces petits riens que je n'arrive pas à lui offrir.Et j'ai dit oui.Je commence demain.Ce soir, je suis assise sur le canapé à côté de Léo, et je regarde Noah jouer par terre avec ses dinosaures en plastique. Il leur fait vivre des aventures extraordinaires, des combats titanesques, des sauvetages héroïques. Sa petite voix monte et descend, remplit le studio d'une joie naïve qui contraste avec l'angoisse qui me serre le ventre.— Tu commences demain ? demande Léo.— Oui.— Tu es sûre que c'est une bonne idée ?— Non. Mais j'ai beso
LionelElle n'est rien.C'est ce que je me dis en la regardant s'éloigner dans le hall. Une assistante parmi d'autres. Une brune aux yeux fatigués, au tailleur bon marché, aux chaussures usées. Le genre de femme qu'on croise sans la voir, qu'on oublie aussitôt aperçue.Et pourtant.Quelque chose dans son regard m'a arrêté. Une lueur de peur. De la terreur pure, animale, comme si elle avait vu un fantôme. Ses pupilles se sont dilatées, son visage est devenu pâle comme la mort, et pendant une fraction de seconde, elle a cessé de respirer.Qu'est-ce qui peut bien provoquer une telle réaction chez une inconnue ?— Monsieur Vance ?Mon assistant, Gauthier, me tend une tablette avec l'ordre du jour de la réunion. Je la prends sans quitter des yeux la femme qui s'éloigne vers la sortie. Elle boite légèrement. Une ancienne blessure ? Ou juste des chaussures inconfortables ?— Monsieur Vance, la réunion commence dans cinq minutes.— Qui est cette femme ?Gauthier suit mon regard.— Je ne sais p
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