MasukLa maison de couture reçoit la première demande de l’agence de Camille trois jours après la publication de l’interview.Elle paraît raisonnable.L’agence souhaite obtenir quelques références sur l’univers visuel de la robe afin de préparer les prochaines interviews. Elle demande une palette de couleurs, les sources d’inspiration validées par la fondation et, si possible, une note du designer invité.Le directeur de l’atelier transmet la demande à Léonard.— Elle teste la porte, constate-t-il.Élodie lit le courrier depuis son ordinateur.— Envoie la palette publique et la note destinée au programme. Rien d’autre.— Elle va croire que tu acceptes sa version.— Elle croira seulement que sa demande n’a pas été refusée.Le dossier transmis ne co
L’appartement appartient à Nova-Com, mais aucun document public ne le relie à la société.Léonard l’a choisi pour cette raison. L’immeuble dispose d’un parking surveillé, de deux accès séparés et d’un gardien qui ne laisse entrer personne sans confirmation.Élodie travaille près de la fenêtre, la jambe posée sur un repose-pied. Sa cheville reste douloureuse, mais les vertiges ont disparu. Sur son ordinateur, le calendrier du projet Nexus occupe la moitié de l’écran.Léonard dépose un dossier sur la table.— Pour te changer les idées.Élodie termine de valider un document avant de l’ouvrir.La Fondation Aurore organise chaque année un gala destiné à financer les traitements médicaux des patients contraints de partir à
Raphaël se présente à l’hôpital en fin d’après-midi.Élodie a changé de vêtements. Sa cheville est bandée et Sophie dort dans le fauteuil près de la fenêtre, le manteau roulé sous sa tête.Raphaël pose un dossier sur la table.— Tout ce que nous avons trouvé est là. Les images, la camionnette et les sociétés écrans. Les enquêteurs ont déjà une copie.Élodie ouvre le dossier. Les documents sont classés par heure, sans commentaire ajouté pour orienter ses conclusions.— Il n’y a rien sur le commanditaire.— Non.Raphaël déteste visiblement prononcer ce mot.Il lui explique ensuite qu’une société indépendante peut assurer sa protection. Les agents ne dépendent pas directement du groupe Dubois ; elle peut choisir leurs horaires, recevoir leurs identités et les renvoyer quand elle le souhaite.Élodie referme le dossier.— Des hommes qui notent mes déplacements restent des hommes qui surveillent mes déplacements, même si je connais leur nom.— Ceux qui t’ont enlevée connaissent l’adresse de
Élodie quitte la villa avec Sophie.Raphaël fait un mouvement pour les suivre, mais elle l’arrête avant qu’il atteigne la porte.— Sophie m’accompagne. Donne à la police ce que tu as trouvé et laisse-moi finir cette nuit sans nouvelle dispute.Il reste dans le hall. Cette fois, il ne tente ni de la retenir ni de modifier sa décision.Sophie conduit jusqu’à l’hôpital américain de Paris sans allumer la radio. Elle vérifie plusieurs fois qu’Élodie ne perd pas connaissance, mais attend d’avoir garé la voiture pour parler.— Tu aurais pu mourir.Élodie détache sa ceinture.— Je sais.— Non, je ne crois pas. Tu dis ça comme si tu venais de rater un avion.— Si je commence à imaginer tout ce qui aurait pu arriver, je ne descendrai pas de
Valentin fixe le tissu.Il sort son téléphone et ouvre une adresse.— C’est une propriété privée à l’ouest de Paris.Raphaël mémorise l’emplacement.— S’il lui est arrivé quelque chose—— Il vient de la sauver. Essaie de t’en souvenir avant de le frapper.Raphaël quitte déjà l’entrepôt.Valentin le suit.*Le médecin nettoie la plaie autour de la cheville d’Élodie.— Le lien a coupé profondément, mais aucun tendon n’est touché. Vous aurez du mal à poser le pied pendant quelques jours.— Et la décharge ?— Les douleurs musculaires peuvent durer jusqu’à demain. Si vous ressentez des palpitations ou si vous perdez connaissance, vous allez à l’hôpital immédiatement.Élodie observe les marques rouges autour de ses poignets.— Prenez des photos.Le médecin lève les yeux.— De toutes les blessures, précise-t-elle. Je veux aussi un rapport avec l’heure de l’examen et l’état dans lequel vous m’avez trouvée.Lucas s’appuie contre le dossier d’un fauteuil.— Pour la police ?— Pour mon avocate.
Lucas sort son téléphone de sa poche et le tend à Élodie.— Deux minutes.— Je ne savais pas que tu facturais aussi les appels.— Mais tu me connais bien.Élodie prend l’appareil et compose le numéro de Sophie.Son amie décroche presque immédiatement.— Allô ?— Sophie, c’est moi.— Élo ? Bon Dieu, Élo, où es-tu ? Tu es blessée ? Qu’est-ce qui s’est passé ? La police est ici, Raphaël est devenu complètement fou et—— Je vais bien.— Mais c'est pas vrai ! Ton téléphone était sous une voiture, il y avait du sang dans le parking et personne ne savait où tu étais !Élodie s’assied enfin sur le canapé.— J’ai été enlevée,
Raphaël faisait les cent pas sur le damier de marbre. Il venait de tenter de joindre Élodie pour la quinzième fois, tombant systématiquement sur sa messagerie.— Réponds, bordel… jura-t-il entre ses dents, la mâchoire serrée à s'en briser les dents.Au début, il s'était dit qu'elle boudait simpleme
Élodie sortit son téléphone personnel de sa poche, le fit glisser sur le bureau en direction de Théo.— Tiens, regarde-moi ce truc. Raphaël débarque toujours au moment où je m'y attends le moins, avec une précision. Hier au Crillon, ce matin encore... C'est pas du flair, c'est de la tech. Vérifie s
72 heures. Trois jours de vide absolu.Raphaël ne s'était pas assis depuis le milieu de l'après-midi. Dans le silence cathédral de son bureau, seul le froissement léger de sa chemise en coton égyptien trahissait ses mouvements. Il fixait les lumières de la Défense, immobile, les mains croisées dans
— Joyeux anniversaire, Élodie.La voix d'Élodie ne fut qu'un murmure, une vibration fragile aussitôt étouffée par le silence glacial du salon. Face à elle, l'unique bougie plantée dans un cupcake solitaire vacillait, projetant des ombres instables sur la table de marbre blanc. Élodie souffla. L'obs







