Mag-log inCamille se tourne vers Raphaël.Il n’a pas quitté sa place. Son visage ne laisse rien paraître, pourtant son regard s’est durci à mesure que les preuves apparaissent.— Raphaël, tu sais très bien que je ne volerais jamais le travail de quelqu’un.Il ne vient pas vers elle.— Je sais surtout que tu m’as fait venir pour donner du crédit à cette collection.Camille pâlit.— Ce n’est pas vrai. Je voulais seulement que tu voies ce que je suis capable de faire.Le regard de Raphaël se pose sur les planches derrière elle.— Je viens de le voir.Aucune colère dans sa voix, aucune scène qui puisse lui permettre de pleurer devant les caméras. Il lui retire simplement ce qu’elle était venue chercher : son soutien.Camille serre le micro entre ses doigts.— J
Camille n’a pas l’intention de présenter sa collection devant une dizaine de salariés de LYS.Deux jours avant la réunion, elle transmet elle-même une liste d’invités à l’équipe chargée de l’événement : journalistes, photographes, influenceuses et acheteurs. Elle ajoute le nom de Raphaël tout en haut, sans préciser qu’il n’a pas encore accepté.Son agent découvre l’initiative lorsqu’un magazine annonce déjà leur apparition commune.— LYS avait prévu une présentation privée.— Ils me remercieront demain. Une collection sans presse n’existe pas.— Tu as également invité Raphaël.Camille ajuste la manche de son tailleur devant le miroir.— Il viendra.Elle lui a envoyé une invitation accompagnée d’un message soigneusement formulé : *Je sais que tu ne veux plus intervenir dans ma carrière. Je te demande seulement d’assister à ce que j’ai réussi sans toi.*Raphaël ne répond pas.Camille fait pourtant imprimer son nom s
Camille repousse les échantillons.— Si un artiste commence par se demander ce que le tissu permet, il ne crée plus rien. Il se limite. Mon rôle est de vous donner une vision, pas de vous expliquer comment tenir une aiguille.Personne ne lui rappelle qu’un directeur artistique doit au moins comprendre ce qu’il demande à son équipe.Claire referme le dossier.Elle propose de développer deux concepts entièrement nouveaux à partir du thème *Libre*, puis d’attendre le gala avant de signer le contrat définitif. LYS pourra ainsi clarifier la place réelle de Camille dans le projet Aurore.Camille comprend ce que la prudence de Claire dissimule.Ils ne croient plus qu’elle a participé à la robe.— Si vous attendez le gala, vous perdrez le seul moment où cette collection intéresse déjà le public.— Nous préférons retarder une annonce plutôt que promettre des vêtements que nous ne pouvons pas produire.— Vous pouvez au moins préparer les concepts numériques. Ils n’ont pas besoin d’être techniqu
Lorsque Camille revient chez LYS, elle s’attend à trouver un contrat sur la table.Claire Renaud, la directrice de collection, lui présente plutôt un calendrier provisoire. La plateforme veut d’abord définir son univers, lui constituer une équipe, puis développer quelques prototypes avant toute annonce publique.Le premier lancement n’aurait pas lieu avant six mois.— Dans six mois, la robe du gala ne sera plus un sujet, fait remarquer Camille.— C’est possible, mais nous ne pouvons pas construire une collection uniquement autour d’un article de presse.Claire lui demande un dossier personnel : quelques silhouettes, une direction visuelle et des indications permettant aux designers de comprendre ce qu’elle veut réellement créer.Camille feuillette les pages sans s’attarder sur les détails.— Vous l’aurez vend
Une semaine plus tôt, la plateforme LYS avait refusé de rencontrer l’agence de Camille.À présent, ses représentants proposent eux-mêmes un rendez-vous.Ils développent des collections limitées associant une célébrité à une maison de luxe. Le succès de la robe Aurore leur donne l’idée d’une ligne de soirée portant le nom de Camille.La réunion se déroule dans une suite d’hôtel.Les représentants parlent de distribution européenne, de campagne internationale et de pourcentage sur les ventes. Camille écoute en silence jusqu’à ce que la directrice de LYS aborde la création.— Nous ne cherchons pas seulement un visage. Votre implication dans la robe du gala montre que vous avez un véritable univers. Nous aimerions partir de cette sensibilité.L’agent de Camille intervient avant qu’elle réponde.— Le projet Aurore reste une collaboration avec un designer invité. Les conditions de confidentialité sont strictes.— Bien entendu. Nous ne demandons aucun document appartenant à la fondation. Nou
La maison de couture reçoit la première demande de l’agence de Camille trois jours après la publication de l’interview.Elle paraît raisonnable.L’agence souhaite obtenir quelques références sur l’univers visuel de la robe afin de préparer les prochaines interviews. Elle demande une palette de couleurs, les sources d’inspiration validées par la fondation et, si possible, une note du designer invité.Le directeur de l’atelier transmet la demande à Léonard.— Elle teste la porte, constate-t-il.Élodie lit le courrier depuis son ordinateur.— Envoie la palette publique et la note destinée au programme. Rien d’autre.— Elle va croire que tu acceptes sa version.— Elle croira seulement que sa demande n’a pas été refusée.Le dossier transmis ne co
Le silence dans le bureau directorial du Groupe Dubois était devenu oppressant. Raphaël était debout devant l'immense baie vitrée, observant les artères de Paris qui commençaient à s'illuminer sous le crépuscule. Il ajusta ses boutons de manchette en onyx, un geste machinal qui trahissait une tensi
Élodie pressa le téléphone contre son oreille, ses doigts s'enfonçant dans le métal froid. — Léonard ? C'est Élodie... Elle se décolla du mur, le dos endolori par la violence de la scène précédente. En se retournant, elle fixa une dernière fois la porte close. C'était fini. Cinq ans d'efforts p
Élodie resta clouée au sol, les paumes à plat contre le carrelage dont le froid remontait jusqu'à sa poitrine. Camille s'avança, une couverture en cachemire négligemment posée sur ses épaules frêles. Elle affichait ce sourire de façade, ce masque de "douceur" qui masquait une lame de rasoir. Derri
L'odeur. Ce n'était pas seulement celle du désinfectant industriel qui agresse les sinus, c'était ce relent de peur rance et de métal froid qui imprègne les murs des urgences. Élodie s'engouffra dans le hall de la Pitié-Salpêtrière, le souffle court, ses talons martelant le linoléum avec une régula







