LOGINLa fraîcheur piquante descendait des Alpes dès que le soleil passait derrière les montagnes. Les fins de journées ne pardonnaient pas. André était parti chercher une pile de gilets de laine pour Corinne et Martine, pendant que Jacques, une bière à la main, surveillait les dernières saucisses à rôtir sur la grille en discutant du prix du fioul pour l'hiver.C’était ce grand désordre propre aux repas de famille qui durent des heures. Les plats se transmettaient de main en main, les bouteilles de Fendant blanc se vidaient sur la table en bois, et au milieu du brouhaha, tout le monde parlait en même temps.— Non mais je vous jure !, racontait Martine en coupant une miche de pain. Le chien du garde-pêche a encore sauté dans le bateau de mon mari. Deux fois cette semaine ! On s’est retrouvés avec trois kilos de perches sur les genoux et le chien qui secouait sa boue partout.— C'est parce que ton mari lui donne toujours le reste de ses rillettes, Martine, faut pas s'étonner après !, a lancé
Le froid de l'aube a fini par tirer Élodie du sommeil. Elle a étendu le bras, sa main frôlant le drap plat à côté d'elle. Plus de chaleur. Le lit était vide. Sur la chaise, la veste de costume de Raphaël avait disparu.Élodie a laissé échapper un rire sans joie en fixant le papier peint jauni. *Évidemment.* Chassez le naturel, il revient au galop. Il était venu, il avait fait son cinéma nocturne, et il s'était barré au lever du jour sans laisser un message, comme il l'avait fait des dizaines de fois.Agacée d'avoir fléchi la veille, elle a sauté du lit, a enfilé ses chaussures et a attrapé son gilet en laine. Elle s'apprêtait à ouvrir la porte de la chambre quand la poignée a tourné de l'extérieur.Raphaël est entré, un grand plateau en osier calé entre se
L’auberge du village n’avait rien d’un hôtel de luxe. C’était une petite chambre rustique avec une odeur de vieux bois, un tapis un peu usé et un grand lit double massif qui occupait presque tout l’espace.Élodie n’a même pas pris le temps d’inspecter les lieux. La fatigue lui pesait sur les paupières, sans dire un mot, elle a retiré son gilet en laine, s'est allongée directement sur le côté droit du lit, tout habillée, et s'est tournée vers le mur. Elle s'est recroquevillée, les bras croisés, fermant les yeux pour se couper de sa présence.Raphaël est resté un moment planté au milieu de la pièce. Il a poussé un soupir las, a enlevé sa veste de costume qu’il a jetée sur une chaise, et s'est rapidement lavé le visage à l'eau froide dans la petite salle d'eau. Qua
À peine la portière a-t-elle claqué qu’Élodie s'est tournée vers le siège conducteur. Son visage était parfaitement calme, d'une froideur implacable.— Puisque tu as fait tout ce chemin pour rien, on va régler ça tout de suite, a-t-elle dit d'une voix posée. Le divorce n'est pas négociable, Raphaël. Signe les papiers et arrête de me faire perdre mon temps.Raphaël n'a pas bougé d'un cil. Ses deux mains posées sur le volant, il fixait le tableau de bord allumé, le visage marqué par la fatigue du vol. Il a laissé passer un long silence, comme s'il n'avait même pas entendu la moitié de sa phrase.— J'ai la tête à l'envers, Élo, a-t-il simplement répondu d'une voix sourde. On parlera de ça demain. Elle est où, l'auberge la plus proche ?— Je m'en fous. Si tu refuses de parler, ouvre les portières, je descends. Tu n'as qu'à passer la nuit dans ta bagnole.Raphaël a tourné lentement la tête vers elle. Ses yeux noirs, cernés, se sont plantés dans les siens avec cette assurance tranquille qui
Le moteur de la voiture s'est éteint dans un petit clic métallique. Raphaël a lâché le volant et a passé une main sur son visage fatigué. Au moment où son secrétaire lui avait annoncé qu’Élodie avait embarqué à Roissy, il n'avait pas arrêté de courir. Le jet privé au Bourget, l'atterrissage en Suisse, les coups de fil passés à ses contacts pour retrouver l’adresse exacte des Voss… Il venait de se taper deux heures de route de campagne dans le noir, en suivant bêtement son GPS.Il est sorti de la bagnole. L’air de la nuit était glacial. Sous sa chemise un coup de vent l'a fait frissonner.Raphaël a levé les yeux vers le pavillon. À la fenêtre du premier étage, une silhouette fine se découpait nettement contre le carreau. Élodie. En la voyant là, toute la pression de l'après-midi est retombée d'un coup. Un vrai soulagement. Sans bouger, il a simplement levé le bras et lui a fait un petit signe de la main pour lui montrer qu'il l'avait vue.Derrière la vitre, Élodie a senti ses mains se
Dans la cuisine, une bonne odeur de tarte aux pommes chaude flottait déjà dans l'air. Élodie, les manches relevées, finissait de rincer les legumes dans l'évier pendant que sa mère, Sophie, surveillait le poulet dans le four.— Arrête de t'activer comme ça, Élo, tu as fait des heures d'avion, l'a grondée doucement Sophie en lui prenant la passoire des mains. Va t'asseoir.— Laisse-moi faire, maman, ça me change les idées, a répondu Élodie en s'appuyant un instant contre son épaule pour humer le plat. Et puis, ça faisait trop longtemps que je n'avais pas mangé ta cuisine.La table de la salle à manger était recouverte d'une nappe en coton à carreaux que Sophie avait cousue elle-même. André s'est installé en bout de table, ajustant ses lunettes avant de servir le vin. Malgré son teint un peu pâle dû à ses poussées de tension, le vieux professeur de philosophie affichait un sourire serein en regardant sa fille.— Bon, alors, raconte-nous un peu, a dit André en lui tendant son assiette. T
Raphaël faisait les cent pas sur le damier de marbre. Il venait de tenter de joindre Élodie pour la quinzième fois, tombant systématiquement sur sa messagerie.— Réponds, bordel… jura-t-il entre ses dents, la mâchoire serrée à s'en briser les dents.Au début, il s'était dit qu'elle boudait simpleme
Élodie a fini par abandonner la Porsche dans une petite rue perpendiculaire à l’avenue de Suffren. Les clés sous le siège, puis elle a verrouillé la caisse et a hélé un taxi.Elle est entrée dans le studio de Théo, une odeur de café de spécialité. Dès qu’il l’a vue, Théo s'est jeté sur elle pour u
Le petit-déjeuner s'était éternisé dans une atmosphère de plomb, seulement rythmée par le bruit sec des tartines beurrées et les soupirs étouffés de Geneviève. Élodie avait l'impression d'être une gosse punie, surveillée de près par deux patriarches qui faisaient barrage entre elle et le reste du m
L’air dans la salle semblait s’être raréfié. Raphaël restait là, Camille s'accrochait à lui comme à une bouée de sauvetage, le visage barbouillé de larmes qui ne parvenaient pas à masquer son air triomphant.Élodie ne s'était pas levée. Elle s'était simplement calée un peu plus confortablement dans







