Mag-log inIl croyait qu’elle l’attendrait toujours. Il avait tort. Quand Lylie tombe amoureuse de Markis, elle ne voit pas qu’il joue un double jeu. Elle ne voit pas Andréa, la femme qu’il rejoint en cachette. Elle ne voit pas qu’il utilise sa fortune pour bâtir sa carrière. Elle ne voit rien. Elle aime. Cela lui suffit. Jusqu’au jour où elle reçoit un appel anonyme. Une adresse en Espagne. Une affiche annonçant le mariage de Markis avec une autre. Le cœur brisé, Lylie assiste à la cérémonie sans se faire remarquer. Elle ne crie pas, ne casse rien, ne fait pas de scandale. Elle repart en silence, retire sa bague, et entame la plus grande bataille de sa vie : se reconstruire. Deux ans plus tard, Markis est divorcé, ruiné, rongé par le regret. Il a découvert le vrai visage d’Andréa et compris, trop tard, ce qu’il a perdu. Il décide de reconquérir Lylie. Mais il y a Serge désormais. L’ami d’enfance qui a toujours su la vérité. L’homme qui l’a aidée à se relever. L’homme qu’elle aime. Markis va tout tenter. Des fleurs, des lettres, une déclaration publique spectaculaire. Il va supplier, pleurer, s’humilier. Et à chaque fois, Lylie lui opposera la même réponse, calme et définitive : « La seconde chance que tu veux, tu ne l’auras pas. »
view moreL’air espagnol sentait le caoutchouc chaud et le romarin. Lylie resta un instant immobile au bas de la passerelle, la main encore posée sur la rampe tiède, comme si le sol sous ses pieds n’était pas tout à fait fiable. Derrière elle, le réacteur gauche du jet émettait encore ce cliquetis de métal qui se rétracte, un bruit qu’elle connaissait depuis l’enfance et qu’elle n’écoutait plus vraiment.
Clara la rejoignit sans faire crisser ses semelles. Elle avait ce jean trop long qu’elle ne faisait jamais reprendre et son chemisier sombre, celui avec le troisième bouton qui pendait depuis des semaines. Elle ne dit rien. Elle se positionna comme par hasard à gauche de Lylie, légèrement en retrait, et croisa les bras.
Lylie ne lui avait rien demandé dans l’avion. Clara avait passé le vol à regarder par le hublot alors qu’il n’y avait que des nuages, et à un moment elle avait sorti un paquet de chewing-gums qu’elle n’avait même pas ouvert. Ça aurait dû alerter Lylie. Ça ne l’avait pas fait.
Le téléphone vibra.
Pas un message. Une sonnerie. Le même numéro que trois heures plus tôt, quand elle était encore chez ses parents, dans le salon, à fixer le piano droit que plus personne ne touchait depuis que sa mère avait arrêté les cours. Markis était parti depuis trois jours. Trois jours sans nouvelles, mais c’était Markis, il avait ce stage bidon en Espagne, et elle n’était pas du genre à vérifier les choses. Pas avec lui.
Elle prit l’appel.
« Oui ? »
Un blanc. Puis la voix. Grave, calme. Un type qui parlait comme on déballe un verre fragile dans du papier de soie.
« Regardez. »
Elle faillit répondre « regarder quoi ? » mais il avait déjà raccroché. Elle fixa l’écran, le temps de voir le fond d’écran — une photo d’eux au lac, la bouche de Markis toute tordue parce qu’il riait en même temps qu’il l’embrassait — puis elle releva la tête.
« Il a dit quoi ? »
Clara avait posé la question sans vraiment la poser. Sa voix était trop basse, trop égale. Lylie haussa les épaules, fit deux pas, puis trois. Le tarmac était quasi désert. Un type en gilet fluo poussait trois valises vers un hangar. Un autre parlait dans un talkie-walkie en espagnol, et elle capta le mot azafata sans savoir pourquoi ça lui restait dans la tête.
Et puis elle la vit.
L’affiche était immense, plaquée sur la façade vitrée de l’aérogare. Fond crème, liseré doré, cette typo faussement manuscrite qu’on choisit pour les mariages quand on veut faire croire que tout est simple et spontané.
Markis & Andréa Dupont.
Elle lut une fois. Juste les lettres, d’abord. M-A-R-K-I-S. Elle connaissait chaque courbe de ce prénom, elle l’avait écrit en boucle sur des post-it idiots, sur la buée du miroir de la salle de bains, dans des mails qu’elle n’envoyait jamais. Et à côté, Andréa. A-N-D-R-É-A. Le genre de prénom qui sonne comme une promesse, avec l’accent aigu qui remonte vers le ciel et le a final qui s’ouvre comme une porte.
Elle le relut. Toujours les mêmes lettres. Toujours ce prénom qui n’était pas le sien.
Elle ne pleura pas tout de suite. D’abord elle eut froid aux dents, ce qui était absurde parce qu’il faisait encore vingt-cinq degrés. Puis elle sentit le téléphone glisser — elle ne le rattrapa pas, elle le regarda tomber, écran contre bitume, et elle se dit il va être fissuré avec une clarté bizarre, comme si c’était ça, l’information prioritaire.
Ses jambes se mirent à trembler. Pas un frisson élégant de cinéma. Un tremblement idiot, saccadé, le genre qui fait qu’on se demande si ses genoux vont partir sur les côtés ou vers l’avant, et qu’on a envie de rire tellement c’est absurde.
Ils sortaient d’une librairie, sur le trottoir d’en face. Lylie portait un manteau clair, une écharpe nouée autour du cou, et elle tenait un petit sac en papier brun — des livres, probablement. Elle riait. Elle riait comme il ne l’avait pas vue rire depuis des mois, depuis des années peut-être, la tête légèrement renversée en arrière, les yeux plissés par le plaisir.À côté d’elle, il y avait Serge.Serge, son ami d’enfance. Serge, celui qui l’avait trahi en appelant Lylie pour lui donner l’adresse du mariage. Serge, celui qui portait cette cicatrice au menton que Markis connaissait par cœur. Il marchait à côté d’elle, les mains dans les poches de son blouson, et il souriait lui aussi, de ce sourire tranquille qu’il avait toujours eu.Et puis Lylie fit quelque chose qui glaça Markis sur place.Elle tendit la main vers Serge, doucement, naturellement, comme si c’était le geste le plus simple du monde. Serge prit cette main dans la sienne, et leurs doigts s’entrelacèrent.Ils marchaient
Après le repas, ils restèrent assis l’un en face de l’autre, sans parler. La fatigue de la journée tombait sur les épaules de Lylie, et elle sentait ses paupières s’alourdir. Mais elle n’avait pas envie qu’il parte. Pas encore.Elle leva les yeux vers lui. La cicatrice sur son menton brillait légèrement sous la lampe, cette fine ligne blanche qu’elle avait remarquée le premier jour et dont elle connaissait maintenant l’histoire. Elle la regarda longtemps, sans rien dire.Puis elle tendit la main, doucement, et toucha la cicatrice du bout des doigts.Serge ne bougea pas. Il ne recula pas. Il ne dit rien. Il la laissa faire, le regard fixé sur elle, les mains posées sur ses genoux.Le geste était simple, presque anodin. Mais il contenait tout ce qu’elle n’avait pas encore les mots pour dire. La confiance. La gratitude. Quelque chose qui ressemblait à de l’affection, ou peut-être à plus que cela, elle ne savait pas encore.« Restez. »Elle le murmura, presque timidement, comme si elle av
Serge n’était pas du genre à forcer les choses. Il n’avait jamais su le faire, même quand il était enfant, même quand il voulait quelque chose très fort. Il restait là, simplement, sans rien exiger, sans rien demander, et il attendait. Pas par faiblesse. Par respect. Parce qu’il savait que les choses importantes ne se prennent pas — elles se reçoivent, ou elles ne se reçoivent pas.Depuis ce premier café près du Luxembourg, il était devenu une présence régulière dans la vie de Lylie. Pas envahissante. Jamais. Juste régulière. Un message de temps en temps, pour prendre des nouvelles, pour lui souhaiter une bonne journée, pour lui raconter un truc drôle qu’il avait vu dans la rue. Il ne parlait jamais de Markis, sauf si elle en parlait d’abord. Il ne posait pas de questions sur ses sentiments, sur ses blessures, sur ce qu’elle ressentait. Il était là, c’est tout.Il venait la voir à l’atelier, parfois, en fin de journée. Il s’asseyait sur le vieux tabouret près de la fenêtre, et il la r
À l’accueil, une infirmière la reconnut. Lylie était déjà venue plusieurs fois, pour des dons, des visites, des gestes dont elle ne parlait jamais.« Madame Lylie ? Que puis-je faire pour vous ?— Tenez. C’est pour vos patients. »Elle tendit le bouquet à l’infirmière, qui le prit avec des yeux écarquillés.« Il est magnifique. Vous êtes sûre ?— Oui. Mettez-le dans une salle commune. Que tout le monde puisse en profiter. »L’infirmière hocha la tête, remercia, et disparut dans le couloir avec le bouquet. Lylie resta un instant dans le hall, les bras ballants, le regard perdu sur les affiches de prévention qui tapissaient les murs. Puis elle tourna les talons et rentra chez elle.Elle ne pensait pas à Markis. Elle ne pensait pas au message, ni au bouquet, ni à ce qu’il avait voulu lui dire. Elle pensait aux patients de l’hôpital, à ceux qui n’avaient pas de visite, à ceux qui passaient leurs journées seuls dans une chambre blanche. Peut-être que les fleurs leur apporteraient un peu de
Le jet fendait la nuit, tellement haut que le monde d’en dessous existait plus. Les nuages formaient une mer blanche qui cachait la terre, les routes, les villes, tout ce qui aurait pu rappeler à Lylie qu’elle était encore humaine. Restait que le ciel, noir, glacé, avec des étoiles qui brillaient s
Tous les jours de ma vie. Il le lui avait dit, à elle aussi. Pas exactement comme ça, mais presque. Avec la bague de promesse, il avait promis de l’aimer toujours. Toujours. Le même mot. Le même mensonge.« Je te promets de te rester fidèle, dans la joie comme dans l’épreuve, dans la santé comme da
Lylie se laissa guider. Elle était plus vraiment là. Son corps avançait sur les dalles, mais sa tête flottait ailleurs, dans un brouillard qui assourdissait les bruits et ralentissait les gestes. Les conversations lui arrivaient par bribes, comme à travers une vitre : « La mariée est ravissante »,
Et puis ses jambes lâchèrent.Un vacillement, d’abord, comme un arbre qui hésite avant de tomber. Puis le corps entier qui part en avant. Clara fut là avant qu’elle touche le sol. Elle la rattrapa à bras-le-corps, la retint, la serra.« Je te tiens. Je te tiens. »Lylie ne répondit pas. Elle était






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