تسجيل الدخولElle ferme les yeux. Ses doigts s'écartent, épousent la courbe de mon sein. Ce n'est pas un geste sexuel. C'est un geste d'écoute. Elle écoute mon cœur à travers sa paume, comme on écoute un coquillage.Puis Marcus prend son autre main et la pose sur sa propre poitrine.— Et là, dit-il. Vous l'entendez aussi.Les deux mains de Damiana sont sur nos deux cœurs. Elle ne bouge plus. Elle ne parle plus. Elle est immobile, les paupières closes, les lèvres entrouvertes, et je vois des larmes sourdre à nouveau sous ses cils, mais ce ne sont plus des larmes de peur ou de tristesse. Ce sont des larmes de soulagement. Les larmes de quelqu'un qui a passé sa vie à nager contre le courant et qui, soudain, se laisse porter.— Embrasse-moi, dit-elle à Marcus.Il obéit. Il se penche sur elle, et leurs lèvres se joignent. C'est un baiser que je regarde de tout près , leurs bouches qui s'épousent, leurs souffles qui se mêlent, la main de Marcus qui vie
LénaLa soie est devenue notre élément. Elle glisse sous nos corps, se froisse, se réchauffe, épouse la carte de nos peaux mêlées. Le lit à baldaquin est un royaume, un continent suspendu dans la pénombre, éclairé par la tremblante lueur des bougies qui achèvent de se consumer. Le temps s'est arrêté quelque part entre le premier baiser à trois et cet instant où je sens, sous mes doigts, le ventre de Damiana se soulever au rythme d'une respiration qui s'approfondit enfin. Ce n'est plus la respiration courte, hachée, de la peur ou du contrôle. C'est le souffle de l'abandon. La mer qui se retire après la tempête, laissant sur le sable des trésors inattendus.Marcus s'est redressé sur un coude. La lueur des bougies caresse son torse, ses épaules, sculpte les muscles de ses bras. Il regarde Damiana avec une intensité qui me serre le cœur , non pas une intensité de désir, mais une intensité de dévotion. Il la contemple comme on contemple un miracle qui a mis tr
Elle sourit, et ce sourire est comme une éclaircie après la pluie , soudain, lumineux, éblouissant. Puis elle fait un geste qui nous surprend , elle lève les mains, les tend vers nos visages, nous attire vers elle. Nous nous laissons faire, et nos trois fronts se touchent, nos trois souffles se mêlent, nos trois cœurs battent à l'unisson.— Embrassez-moi, murmure-t-elle. Tous les deux. En même temps.Nous obéissons. Mes lèvres trouvent sa joue gauche, celles de Marcus trouvent sa joue droite. Puis nos bouches glissent, se rejoignent sur les siennes, et nous l'embrassons , un baiser à trois, maladroit et magnifique, où nos lèvres se confondent, où nos langues se cherchent, où nos souffles se partagent.C'est le baiser le plus étrange que j'aie jamais donné. Et aussi le plus beau.Quand nous nous écartons, Damiana rit , un vrai rire, cristallin, joyeux, qui résonne dans la chambre comme une libération. Elle rit, et nous rions avec elle, et
Elle se tait, secouée de tremblements. Nous lui tenons les mains, nous ne lâchons pas, nous sommes là, présents, inébranlables. — Cette nuit, reprend-elle, quoi qu'il arrive, je veux que vous sachiez une chose. Je suis heureuse. Heureuse que vous existiez. Heureuse que vous soyez là. Heureuse que vous m'aimiez. Même si ça doit mal finir , même si demain je me réveille et que j'ai de nouveau peur , ce moment, ce moment précis où nous sommes agenouillés tous les trois, où nous nous tenons les mains, où nous pleurons ensemble, ce moment est le plus beau de ma vie. — Il ne fait que commencer, dit Léna. La nuit est à nous. Demain est à nous. L'avenir est à nous, si vous le voulez. Damiana sourit à travers ses larmes , un vrai sourire, lumineux, qui transforme son visage et la fait paraître plus jeune, plus légère, comme si un poids immense venait de lui être retiré. — Alors montrez-moi, murmure-t-elle. Montrez-moi com
Damiana ne répond pas. Elle continue de regarder autour d'elle, comme si elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle voit. Ses yeux s'attardent sur les bougies, sur les pétales de rose, sur le lit à baldaquin. Puis ils reviennent sur nous, sur nos corps offerts, sur nos visages tournés vers elle avec une expression de dévotion absolue. — Pourquoi ? demande-t-elle. Pourquoi faites-vous ça ? — Parce que nous vous aimons, dit Marcus. Parce que vous méritez de recevoir ce que vous donnez aux autres depuis tant d'années. Parce que derrière la Maîtresse, il y a une femme qui a souffert, qui a survécu, et qui n'a jamais connu la douceur d'un amour sans condition. — Nous ne voulons rien de vous, ajouté-je. Rien que vous ne soyez prête à donner. Pas de soumission forcée. Pas de domination imposée. Juste votre présence. Juste votre être. Juste vous, Damiana, telle que vous êtes. Elle ferme les yeux. Ses lèvres tremblent.
MarcusOnze heures. Plus qu'une heure avant le moment fatidique. Je me tiens au centre de la chambre, torse nu, vérifiant chaque détail pour la dixième fois. Les bougies sont allumées, leurs flammes tremblent légèrement dans les courants d'air invisibles qui parcourent la pièce. Les pétales de rose sont disposés en chemin depuis la porte jusqu'au lit. Les huiles parfumées sont alignées sur la table de chevet , lavande pour l'apaisement, ylang-ylang pour la sensualité, santal pour la profondeur. La musique est prête, le champagne frais dans son seau, les coupes étincelantes.Tout est parfait. Et pourtant, je tremble.Pas de froid , la pièce est chauffée par un brasero discret dans un angle. Je tremble de l'intérieur, d'un tremblement qui vient du plus profond de moi, là où se logent les peurs anciennes et les espoirs fous. Trois ans. Trois ans que j'aime cette femme en silence. Trois ans que je la sers, que je la protège, que je la regarde de loin
MayaLe sommeil est un lac noir et profond où je flotte sans penser, sans rêver, sans exister, et puis quelque chose bouge contre mes lèvres, une pression légère d'abord, presque imperceptible, puis plus insistante, et ma conscience remonte des abysses par strates successives, d'abord la sensation
MayaJe ne sais pas quelle heure il est, peut-être trois heures du matin, peut-être quatre, peut-être une heure qui n'existe pas, une heure inventée par l'insomnie pour me torturer.Le parquet a cessé d'être froid, il est juste dur, minéral, implacable, et mes hanches commencent à me faire mal, une
Maya— La première clause, Maya, est la clause de silence, dit Victoria en se levant et en faisant le tour de son bureau, ses talons claquent sur le parquet comme des secondes qui s'égrènent dans un compte à rebours inexorable, et elle s'arrête devant moi, si proche que je peux sentir son parfum, u
MayaJe regarde mes comptes pour la dixième fois aujourd'hui, et le chiffre rouge ne change pas, il tourne dans ma tête comme un couteau qu'on retourne dans une plaie qui ne veut pas cicatriser, et je sais que je suis au bord du gouffre parce que le loyer est impayé depuis deux mois, le prêt étudia







