LOGINLéna
Au matin, Marcus me raccompagne au Cercle. Le trajet en taxi est silencieux, mais pas pesant. Nos doigts sont entrelacés sur la banquette arrière, et ce simple contact est une promesse. Je ne sais pas encore quelle promesse, mais elle est là, chaude, vivante, rassurante. Quand nous arrivons, Damiana nous attend dans le hall. Elle est vêtue simplement, un pantalon noir et un chemisier de soie blanche, les cheveux relevés en chignon. Pas de robeIl me regarde avec une intensité nouvelle. Ses doigts se referment sur les miens.— Tu es incroyable, tu sais ? Tu arrives dans ma vie, tu bousilles tout, et au lieu de partir en courant, tu proposes de reconstruire. Avec moi. Avec elle. Un truc complètement fou.— La folie, c'est de continuer à souffrir en silence alors qu'on pourrait être heureux.Il se penche vers moi, pose son front contre le mien. Nous restons ainsi, immobiles, les yeux fermés, respirant le même air, partageant le même espoir. Le matin s'achève, le soleil perce les nuages, et le square s'illumine d'une lumière dorée. Comme un présage. Comme une promesse.— Rentrons, dit-il enfin. On a du travail.Nous reprenons le chemin du Cercle, main dans la main, le cœur gonflé d'une détermination nouvelle. Nous ne sommes plus deux solitudes qui se tournent autour. Nous sommes une alliance. Une équipe. Une force qui va, peut-être, réussir là où chacun seul aurait échoué.
Il se tait, perdu dans ses souvenirs. Un moineau vient picorer à nos pieds, s'envole, revient, plus hardi. Le bassin murmure doucement. La ville, au loin, gronde de sa rumeur familière. — Tu ne regrettes pas ? demandai-je. D'avoir tout quitté ? Ta carrière, ta vie d'avant ? — Parfois. La première année, j'ai failli repartir plusieurs fois. Mais chaque fois, je revenais. Pas pour le Cercle. Pour elle. Et maintenant, pour toi aussi. Il me regarde, et je vois dans ses yeux une intensité qui me fait frissonner. — Nous sommes en train de construire quelque chose, Léna. Toi et moi. Quelque chose de fragile, d'inédit. Je ne sais pas où ça nous mènera, mais je sais que c'est important. Que c'est la première fois depuis trois ans que j'ai l'impression d'avancer au lieu de stagner. — Moi aussi. J'ai l'impression que tout ce que j'ai vécu avant m'a conduite ici. Comme si le Cercle était le point de conve
LénaLe lendemain matin, Marcus vient me chercher à l'aube. Je suis déjà prête , vêtue simplement, jeans et pull-over, les cheveux attachés en queue de cheval. Pas de tunique de novice, pas de tenue de cérémonie. Juste Léna. Celle que j'étais avant, celle que je redeviens peu à peu, enrichie de tout ce que j'ai vécu.— Prête ? demande-t-il en souriant.— Prête.Nous traversons les couloirs du Cercle encore endormis. Les torches de la nuit finissent de se consumer, remplacées par la lumière grise du matin qui filtre par les soupiraux. Nous croisons quelques servantes silencieuses, un membre masqué qui revient d'une nuit de rituels, les yeux cernés mais le sourire beat. Le Cercle n'est jamais vraiment endormi , il vit à un rythme différent, nocturne, secret, en décalage avec le monde extérieur.Marcus me guide vers une porte que je n'avais jamais remarquée, dissimulée derrière une tapisserie dans un recoin sombre. Il sort une clé,
Marcus se lève, marche jusqu'à la fenêtre, s'y arrête, le front contre la vitre froide. Je vois son reflet dans le verre , un visage tourmenté, des yeux qui cherchent une réponse dans la nuit parisienne.— Trois ans, murmure-t-il. Trois ans que je l'aime, et elle ne m'a jamais rien dit d'aussi intime. Tu arrives, et en dix jours, elle te livre son âme.— Ce n'est pas une compétition, Marcus. Et puis, ce n'est pas à moi qu'elle s'est confiée. C'est à une autre femme. Une femme qui a aussi connu la peur, le doute, la fuite. Une femme qui peut comprendre ce qu'elle a vécu sans la juger. Toi, tu es un homme. Et pour elle, les hommes sont...— Ses bourreaux. Oui, je sais. Je le sais depuis le début. C'est pour ça que je n'ai jamais rien dit. Parce que je sais que mon amour, pour elle, est une menace. Parce que je sais que si je m'approche trop près, elle verra en moi tous les hommes qui l'ont fait souffrir.Il se retourne, et je vois des larm
Je réfléchis un instant, cherchant les mots justes. C'est difficile. Damiana a une emprise magnétique, une capacité à rendre ses idées évidentes, presque irrésistibles. Mais quelque chose en moi résiste. La journaliste, peut-être. Celle qui a passé des années à questionner les pouvoirs, à démonter les systèmes, à refuser les dogmes.— Tu as inversé les rôles, dis-je enfin. Mais est-ce que c'est vraiment la solution ? Remplacer une domination par une autre, ce n'est pas de la justice. C'est de la revanche.— Exactement. C'est de la revanche. Et alors ? La revanche est un moteur puissant. Plus puissant que la justice. La justice, c'est un idéal abstrait qui ne s'incarne jamais vraiment. La revanche, c'est concret. C'est charnel. C'est satisfaisant.— Mais jusqu'à quand ? Jusqu'à ce que tu aies suffisamment fait souffrir d'hommes pour compenser ce que tu as subi ? Est-ce que ça s'arrête un jour, ce genre de comptabilité ?Elle sourit, un sourire
LénaLe lendemain, je me réveille courbaturée. Mon dos me fait souffrir à chaque mouvement, les marques de la veille palpitent sous la fine tunique qu'on m'a passée pendant mon sommeil. Mais curieusement, je me sens bien. Légère. Comme si la punition avait brûlé quelque chose en moi, une couche de peur, de résistance, de vieilles défenses inutiles.Une servante m'apporte un plateau — thé fumant, fruits frais, pain croustillant. Je mange avec appétit, assise sur ma couche, le dos calé contre des coussins. La lumière du jour filtre à travers la fenêtre étroite, grise et douce. Il doit pleuvoir dehors. Paris sous la pluie d'automne, les rues mouillées, les cafés enfumés. Cette vie-là me semble si lointaine maintenant, comme un rêve dont on émerge à peine.La porte s'ouvre. J'attends Marcus, mais c'est Damiana. Elle entre sans frapper, comme toujours, mais son attitude est différente. Moins impérieuse. Plus... fatiguée, peut-être. Elle porte une robe
MayaLe sommeil est un lac noir et profond où je flotte sans penser, sans rêver, sans exister, et puis quelque chose bouge contre mes lèvres, une pression légère d'abord, presque imperceptible, puis plus insistante, et ma conscience remonte des abysses par strates successives, d'abord la sensation
MayaJe ne sais pas quelle heure il est, peut-être trois heures du matin, peut-être quatre, peut-être une heure qui n'existe pas, une heure inventée par l'insomnie pour me torturer.Le parquet a cessé d'être froid, il est juste dur, minéral, implacable, et mes hanches commencent à me faire mal, une
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLa signature a lieu dans son bureau, et Victoria a sorti une plume, une vraie plume, pas un stylo banal, avec une plume d'oie blanche comme neige et de l'encre noire dans un petit encrier de cristal taillé qui doit valoir plus que tout ce que j'ai possédé dans ma vie.— Parce que c'est plus sy







