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Chapitre 2

last update publish date: 2026-05-29 06:10:52

Chapitre 2 

Elena

L'argent est resté sur la table, éparpillé comme les débris de ma vie, et je ne l'ai même pas regardé en passant devant pour monter dans ce qui était encore ce matin ma chambre conjugale.

Les murs sont tapissés de souvenirs qui se moquent de moi : la photo de notre mariage sur la commode, mes livres empilés sur la table de chevet, le parfum de Damien qui flotte encore dans l'air comme un fantôme.

Je me déplace dans cet espace familier avec la lenteur d'une somnambule, les gestes engourdis par le choc.

Mes mains tremblent en ouvrant la penderie, elles attrapent au hasard quelques robes, un pull, des sous-vêtements, tout cela jeté en boule dans une petite valise que j'avais apportée de chez moi, il y a trois ans, quand je croyais que l'amour pouvait tout sauver.

La pluie redouble contre les vitres, un déluge qui semble vouloir noyer la terre entière, et je m'arrête un instant, le front appuyé contre la fenêtre froide, à écouter le martèlement de l'eau sur le toit.

Dans mon ventre, une vie minuscule s'accroche, fragile et ignorée de tous sauf de moi.

C'est pour elle, pour lui, pour ce petit être qui ne m'a encore rien demandé, que je dois trouver la force de marcher.

Je ne prends pas les bijoux.

Je ne prends pas les cadeaux.

Je laisse tout derrière moi, sauf une petite boîte en fer blanc où je conserve une mèche de cheveux de ma mère, seule relique de mon enfance envolée.

Le reste n'est que du vent, du luxe emprunté qui ne m'a jamais appartenu, et en refermant la valise, je sens un calme étrange s'installer en moi, un calme qui ressemble au vide, à l'acceptation muette d'une condamnée qui monte à l'échafaud.

Damien est resté en bas, dans le salon, et je l'entends parler au téléphone, sa voix grave qui donne des ordres, qui organise sa nouvelle vie sans que je n'y aie plus aucune place.

Je descends l'escalier une dernière fois, ma valise à la main, et il ne se retourne même pas, absorbé par sa conversation comme si je n'étais déjà plus là, comme si je n'avais jamais existé autrement que dans la marge de son histoire.

La porte d'entrée est lourde, elle résiste un peu, puis elle s'ouvre sur la nuit et sur la pluie qui s'abat en rideaux glacés sur le perron de marbre.

Je n'ai pas de parapluie.

Je n'ai pas de voiture.

Je n'ai pas d'endroit où aller.

Le vent s'engouffre sous ma robe, me transperçant jusqu'aux os, tandis que je descends les marches une à une, sans me retourner.

La grille du parc est ouverte, je la franchis d'un pas mécanique, et la rue déserte s'étire devant moi, luisante de pluie, bordée de platanes qui gémissent sous la tempête.

Mes chaussures sont trempées en quelques secondes, mes cheveux plaqués sur mon crâne, et je marche, je marche sans savoir vers où, le cœur en miettes, le ventre noué par une crampe sourde qui me rappelle que je ne suis plus seule à porter cette douleur.

Les larmes coulent enfin, brûlantes, mêlées à la pluie qui fouette mon visage, et je ne cherche même pas à les retenir, parce qu'il n'y a plus personne pour les voir, plus personne pour s'en soucier.

Les lumières de la ville scintillent au loin, indifférentes et cruelles, et je me sens minuscule, perdue, une naufragée à la dérive dans un océan de bitume et de néons.

La valise pèse, elle frotte contre ma jambe à chaque pas, et je finis par m'arrêter sous un abribus, trempée jusqu'à la moelle, les dents qui claquent, pour reprendre mon souffle.

Je n'ai rien.

Je ne suis rien.

Une ex-femme jetée à la rue comme un déchet, enceinte d'un homme qui l'a reniée, sans un sou en poche, sans un toit pour la nuit.

Le désespoir me submerge avec une telle violence que je dois m'agripper à la barre métallique pour ne pas m'effondrer.

Mais au creux de mon ventre, quelque chose pulse, une chaleur minuscule, une présence qui me murmure que je ne suis pas tout à fait seule, que cette vie qui grandit mérite que je me batte.

Alors je ravale mes sanglots, je serre ma valise contre moi, et je repars sous la pluie, sans me retourner, sans un regard pour cette maison qui n'a jamais été la mienne.

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