LOGINChapitre 9
Alexander
La vibration contre ma poitrine est un code que je connais par cœur, un signal qui ne retentit que lorsque le monde est sur le point de basculer, que lorsque les fondations invisibles de l’ordre secret vacillent, que lorsque le sang de la dynastie est menacé. Je suis debout au milieu de la salle de réunion, soixante étages au-dessus de Manhattan, et les douze hommes les plus puissants de Wall Street sont assis autour de la table d’acajou, leurs visages levés vers moi, suspendus à mes paroles, prisonniers de ce silence que j’impose d’un simple froncement de sourcils. Les projections financières défilent sur l’écran géant, des colonnes de chiffres qui dansent comme des lucioles, des milliards qui se déplacent d’un continent à l’autre au gré de mes décisions, et pourtant, quand cette vibration discrète parcourt la poche intérieure de mon costume Brioni, tout le reste s’efface, absorbé par l’urgence de cet appel qui ne tolère aucun retard.
— Messieurs, veuillez m’excuser.
Ces trois mots, prononcés d’une voix calme, trop calme, suffisent à faire se lever les douze administrateurs comme un seul homme, à leur faire incliner la tête en silence, à leur faire quitter la salle dans un bruissement de costumes hors de prix sans que personne, pas même le plus arrogant d’entre eux, ne songe à poser la moindre question. Ils savent, ils savent tous que lorsque Alexander Sterling interrompt une réunion de trois milliards de dollars pour prendre un appel, c’est que quelque chose de grave, d’immense, d’inimaginable est en train de se produire, et que leur place n’est pas ici, dans cette salle aux murs de verre, mais aussi loin que possible du regard du prédateur que je deviens quand la meute est en danger.
La porte blindée se referme derrière eux avec un déclic étouffé, et je reste seul au milieu de cette pièce immense, debout face à la baie vitrée qui domine la skyline new-yorkaise, le ciel orangé du crépuscule embrasant les gratte-ciel comme des torches funéraires. Je sors de ma poche le petit téléphone noir, cet appareil qui n’existe sur aucun registre, qui ne laisse aucune trace, et dont l’écran clignote d’une lumière rouge intermittente, une lumière que je n’ai pas vue s’allumer depuis près de vingt ans, depuis le jour où le patriarche, mon mentor, mon père de substitution, a rendu son dernier souffle dans une chambre aux rideaux tirés en agrippant mon poignet avec une force que je n’oublierai jamais, en me faisant jurer de protéger l’héritière de la dynastie Voss jusqu’à mon dernier souffle, quoi qu’il arrive, quoi qu’il en coûte.
— Sterling, j’écoute.
Ma voix est calme, trop calme, ce calme surnaturel qui s’empare de moi dans les moments de crise, ce calme de prédateur qui a appris, au fil des années, à transformer la peur en concentration, la colère en détermination, la panique en un plan d’action qui se déploie dans mon esprit avec la précision d’un algorithme. À l’autre bout de la ligne, la voix de mon chef de la sécurité, une voix que j’ai choisie pour son absence totale d’émotion, récite les informations avec la sécheresse d’un rapport militaire, et chaque mot qui tombe dans mon oreille est une déflagration qui me glace jusqu’à la moelle, qui transforme mon visage en un masque de marbre que mes collaborateurs n’ont jamais vu et qu’ils ne reverront peut-être jamais.
— L’héritière a été localisée, monsieur. Elle est actuellement transportée aux urgences de l’hôpital Saint-Vincent. Hémorragie massive, risque de fausse couche, pronostic vital engagé.
Je ferme les yeux une seconde, une seule seconde, parce que je n’ai pas le droit de m’effondrer, je n’en ai jamais eu le droit, et ce n’est pas aujourd’hui, pas maintenant, pas alors que le sang de la dynastie est en train de se répandre sur le carrelage d’une salle de réanimation, que je vais commencer à flancher. Quand je rouvre les paupières, mon reflet me fixe dans la baie vitrée, silhouette longiligne aux épaules larges, cheveux argentés impeccablement coiffés, costume trois pièces d’une coupe parfaite, cravate de soie nouée avec une précision géométrique, et derrière cette façade d’élégance et de contrôle, je sens monter une fureur glacée, une rage ancienne qui ne demande qu’à se déchaîner, qui n’attend que le moment propice pour frapper, pour détruire, pour anéantir tous ceux qui ont osé faire du mal à la dernière héritière de la dynastie Voss.
— Localisation précise, ordonné-je en me tournant vers mon bureau, mes doigts volant sur le clavier intégré, et les écrans qui tapissent les murs s’allument un à un, affichant des cartes satellites, des données hospitalières piratées en temps réel, des visages de médecins dont les curriculum vitae défilent à une vitesse vertigineuse.
— Hôpital Saint-Vincent, service des urgences, salle de réanimation numéro quatre. Le docteur Marcus Liao et le professeur Helena Vasquez ont déjà été contactés et se dirigent vers le site.
— Bien. Déployez une couverture médicale complète. Je veux les meilleurs obstétriciens du pays, les chirurgiens les plus réputés, tout le matériel nécessaire. Si l’hôpital n’est pas équipé, affrétez des hélicoptères, je veux un pont aérien, je veux que cette femme et cet enfant reçoivent les meilleurs soins que l’argent et le pouvoir peuvent offrir sur cette planète.
Mes doigts dansent sur le clavier, et les notifications partent en rafale, des offres financières si astronomiques que le refus est mathématiquement impossible, des ordres de réquisition qui mettent en branle une armée de spécialistes, de pilotes, de logisticiens, tout un réseau souterrain que j’ai tissé pendant des décennies et qui se déploie maintenant comme une toile d’araignée, invisible et omnipotente, autour d’une jeune femme qui ignore jusqu’à mon existence, qui ignore tout de l’héritage qui coule dans ses veines, qui ignore que le sang des Voss, ce sang que l’on croyait dilué dans les bas-fonds de la société, est en réalité le plus pur, le plus puissant, le plus redoutable qui ait jamais coulé dans l’histoire secrète de ce pays.
— L’héritière ne doit pas savoir, reprends-je d’une voix plus basse, plus lente, comme si je craignais que les murs eux-mêmes ne m’entendent. Elle ne doit pas savoir qui elle est, pas encore, le temps n’est pas venu. Contentez-vous de la sauver, de sauver l’enfant, et assurez-vous qu’elle ne manque de rien, absolument rien, jusqu’à ce que je donne l’ordre contraire.
Je raccroche, glisse le téléphone dans ma poche, et je reste un long moment immobile, les yeux fixés sur les écrans qui affichent en temps réel la progression des équipes médicales, le décollage des hélicoptères, l’arrivée des premiers spécialistes à l’hôpital Saint-Vincent. Mon cœur bat lentement, régulièrement, un tambour de guerre qui scande les secondes, et dans ma poitrine, la fureur glacée se mue en une détermination sans faille, une volonté de fer qui ne pliera pas, qui ne cédera pas, qui ne reculera devant aucun obstacle pour protéger celle dont j’ai la garde. Je lève la main vers l’écran, effleure du bout des doigts le visage d’Elena qui apparaît sur une photo datant de son mariage, ce visage lumineux qu’elle avait avant que Damien Cross ne le brise, et je murmure, dans le silence de cette pièce insonorisée, les mots que le patriarche m’a fait jurer il y a vingt ans.
— Je vous protégerai, Elena Voss. Je protégerai votre enfant. Et tous ceux qui vous ont fait du mal regretteront le jour de leur naissance.
Je me détourne de l’écran, traverse la pièce d’un pas rapide, et j’envoie un dernier message, un ordre codé qui sera relayé à tous les membres du cercle intérieur, à tous ceux qui, comme moi, ont prêté serment de protéger la dynastie jusqu’à la mort. Les mots que je tape sont simples, brefs, définitifs, et ils contiennent en eux la promesse d’un cataclysme, d’un bouleversement qui fera trembler les fondations de la haute société, qui fera regretter à Damien Cross et à sa famille jusqu’au dernier souffle de leur existence misérable. « L’héritière est en danger. Tous à vos postes. La chasse est ouverte. » J’appuie sur la touche envoi, et je sais, je sais avec une certitude absolue, que dans les heures qui viennent, les hommes les plus puissants du pays vont se mettre en mouvement, que des alliances secrètes vont s’activer, que des fortunes colossales vont être déployées, et qu’au centre de cette tempête, une jeune femme aux yeux gris, allongée sur un lit d’hôpital, les mains crispées sur son ventre, recevra la protection d’un empire invisible, d’un empire qui n’attendait que ce signal pour sortir de l’ombre et frapper, pour la première fois depuis des générations, en pleine lumière.
Chapitre 59CamilleLe hall de la résidence est baigné par la lumière froide de cette fin d'après-midi, les lustres de cristal jetant sur les murs de marbre des reflets glacés, et je me tiens debout au milieu de cette entrée majestueuse, encadrée par Dante et deux gardes du Conseil, le cœur battant, les poings serrés, les yeux fixés sur cette femme qui descend lentement l'escalier, cette femme que je hais, que j'admire malgré moi, que je n'ai jamais pu surpasser ni oublier. Elena Voss, ou plutôt Elena Sterling maintenant, vêtue d'une simple robe de soie grise qui épouse ses courbes, ses cheveux blonds dénoués flottant sur ses épaules, son visage impassible, ses yeux gris me regardant avec une sérénité, une assurance, une puissance qui me glacent, qui m'écrasent, qui me réduisent à rien
Chapitre 58ElenaL'atterrissage sur le tarmac privé de la résidence est un choc brutal après des semaines de rêve éveillé, de paysages idylliques, de passion renouvelée, et je sens, dès que la portière de l'avion s'ouvre, dès que l'air froid et vif de notre pays s'engouffre dans l'habitacle, que la parenthèse enchantée est terminée, que la réalité, cette réalité faite de menaces et de combats, de responsabilités et de décisions, m'attend, m'appelle, me réclame. Victoria est là, sur le tarmac, un dossier à la main, le visage grave, et derrière elle, les membres du Conseil sont alignés, leurs regards tournés vers nous, leurs expressions mêlées de soulagement, de détermination et d'une tension palpable qui me glace le sang avant même
Chapitre 57Le ConseilLa salle du Conseil est plongée dans une effervescence contenue, une tension palpable, une urgence qui se lit sur les visages, dans les regards, dans les doigts crispés sur la table de chêne, et Victoria Ashford, qui assure la présidence en l'absence d'Alexander et d'Elena, se tient debout au bout de la table, un dossier à la main, le visage grave, les yeux noirs brillant d'une détermination farouche. Les autres membres du Conseil sont présents, Marcus, Lucian, Adrian, Nikolaï, Kenji, Sebastian, Dante, Zero, tous réunis dans cette salle où résonnent encore les serments, où flotte encore le souvenir des trahisons, où se joue aujourd'hui une nouvelle bataille, une bataille imprévue, une bataille qui menace directement les fondations de l'empire Voss.— Mes frères, mes sœurs
Chapitre 56ElenaBali est un jardin d'Éden posé sur l'océan, une symphonie de verts et de bleus, de fleurs de frangipanier et de rizières en terrasses, de temples hindous et de plages de sable fin, et je me tiens sur la terrasse de notre villa, les bras appuyés sur la balustrade, les yeux perdus sur l'horizon infini, le vent chaud caressant ma peau nue sous le paréo de soie. Alexander s'approche derrière moi, il m'enlace, il pose son menton sur mon épaule, il respire mes cheveux, et je sens son cœur battre contre mon dos, sa chaleur m'envelopper, son désir me troubler, et je ferme les yeux, je me laisse aller contre lui, je savoure cet instant, cette paix, cet amour qui est plus fort que tout, plus grand que tout, plus éternel que tout.Les jours s'écoulent dans une ivresse de découvertes et de passions renouvelées, et nous
Chapitre 58ElenaL'atterrissage sur le tarmac privé de la résidence est un choc brutal après des semaines de rêve éveillé, de paysages idylliques, de passion renouvelée, et je sens, dès que la portière de l'avion s'ouvre, dès que l'air froid et vif de notre pays s'engouffre dans l'habitacle, que la parenthèse enchantée est terminée, que la réalité, cette réalité faite de menaces et de combats, de responsabilités et de décisions, m'attend, m'appelle, me réclame. Victoria est là, sur le tarmac, un dossier à la main, le visage grave, et derrière elle, les membres du Conseil sont alignés, leurs regards tournés vers nous, leurs expressions mêlées de soulagement, de détermination et d'une tension palpable qui me glace le sang avant même que j'aie entendu le premier mot. Alexander descend de l'avion à mes côtés, sa main posée sur mes reins, sa présence un rempart, un soutien, une force qui ne vacille pas, et il se tourne vers Victoria, vers le Conseil, vers cette armée de gardiens qui nous
Chapitre 55AlexanderLe soleil n'est pas encore levé sur la résidence, les couloirs sont silencieux, les rideaux tirés, les membres du Conseil encore endormis ou vaquant à leurs occupations matinales dans le plus grand secret, et je me tiens dans mon bureau, une enveloppe de cuir à la main, le cœur battant avec une excitation contenue, une joie anticipée, une fierté d'avoir préparé, dans l'ombre, sans rien laisser filtrer, ce qui sera le plus beau cadeau que j'aie jamais offert à Elena, la preuve la plus éclatante de mon amour, la consécration de notre union, la promesse d'un bonheur partagé loin des fardeaux du pouvoir, loin des réunions du Conseil, loin des menaces et des complots. Depuis des semaines, j'ai tout orchestré avec la complicité de Victoria, de Dante et de Zero, qui ont organisé les itin&ea
Chapitre 7DamienLe silence de mon bureau est un mensonge. Dehors, le vent agite les branches des cyprès, les roses blanches ploient sous le poids du crépuscule, et je devrais me sentir en paix, je devrais savourer la satisfaction d’avoir accompli ce que l’on attendait de moi, mais il y a ce poids
Chapitre 6 ElenaLe kiosque à journaux se dresse au coin de la rue comme un monument de papier, et c'est en passant devant pour me rendre à mon troisième entretien de la matinée que je vois mon visage s'étaler en première page d'un magazine à scandale.Je m'arrête net, les jambes coupées, la respi
Chapitre 5 ElenaMadame Courbet habitait autrefois l'appartement mitoyen du nôtre, au-dessus de la boulangerie, et elle était la seule à glisser des chocolats sous la porte les jours de fête, la seule à s'asseoir près de moi quand ma mère toussait trop fort et que mon père faisait les cent pas dan
Chapitre 4 ElenaJe suis née dans un appartement minuscule au-dessus d'une boulangerie, et les premières choses que mes yeux ont vues étaient la farine qui dansait dans les rais de lumière et les mains calleuses de ma mère qui pétrissaient la pâte avant l'aube.Mes parents n'avaient rien, ni fortu







