Startseite / Mafia / La princesse et le parrain / CHAPITRE 2 : L'ATTERRISSAGE 2

Teilen

CHAPITRE 2 : L'ATTERRISSAGE 2

last update Veröffentlichungsdatum: 14.03.2026 17:24:11

Comme si j'étais une marchandise. Un contrat. Un territoire à céder en échange de la paix. Comme si je n'avais ni voix, ni cœur, ni volonté. Comme si les deux ans passés à New York n'étaient qu'une parenthèse, un rêve éveillé, une illusion de liberté.

L'avion descend encore. Les immeubles défilent plus vite, plus près. Je distingue des voitures, des gens, des arbres. Le bruit des réacteurs change, les moteurs ralentissent, la cabine vibre doucement, les lumières s'éteignent et se rallument. Le train d'atterrissage sort avec un bruit mécanique sourd qui me fait sursauter.

L'hôtesse me jette un regard, un mélange de curiosité et de pitié professionnelle. Elle a dû voir des passagers nerveux. Des gens qui ont peur de voler. Des gens qui prient, qui serrent leur chapelet, qui ferment les yeux. Elle ne sait pas que ma peur n'a rien à voir avec l'avion. Elle ne sait pas que je prierais pour que l'avion s'écrase si ça pouvait me sauver de ce qui m'attend.

Je lui adresse un sourire , celui que j'ai perfectionné pendant des années, celui que ma mère m'a appris, celui qui ne touche jamais mes yeux, celui qui dit tout va bien alors que tout va mal.

Le sourire Belmecher.

Tu peux brûler de l'intérieur, Leila, mais personne ne doit le voir. Nous sommes des Belmecher. Nous sourions.

Alors je souris. À l'hôtesse, à l'homme d'affaires à côté de moi qui me détaille discrètement, au bébé qui pleure trois rangs devant, à la vieille dame qui tripote son chapelet en marmonnant des prières. Je souris à tous, à personne, à moi-même.

Mais à l'intérieur, mes entrailles sont en feu, mon cœur est un tambour de guerre qui martèle mes côtes, et mes pensées tournent en boucle, obsédantes, inarrêtables.

Yanis. Yanis. Yanis.

L'avion touche le sol.

Le choc remonte par mes jambes, ma colonne vertébrale, ma nuque. Le bruit des réacteurs qui inversent leur poussée, la secousse qui me projette en avant malgré la ceinture. Mes doigts s'enfoncent dans les accoudoirs en cuir, mes ongles laissent des marques blanches. Ma respiration se bloque, mes poumons se vident, mon cœur s'arrête.

Je suis revenue.

Les roues crissent sur le tarmac. L'avion ralentit, roule vers l'aérogare. Par le hublot, je vois les bâtiments blancs de l'aéroport Marseille-Provence, les pistes goudronnées, les avions alignés comme des oiseaux fatigués. Le soleil provençal frappe la vitre, éblouissant, implacable, ce soleil que j'ai tant idéalisé là-bas, dans le froid new-yorkais, quand je marchais dans les rues de Manhattan en frissonnant sous mon manteau trop léger, en rêvant de cette chaleur, de cette lumière, de cette mer.

Il est là. Violent. Magnifique. Impitoyable.

Comme lui, sans doute. Comme tout ce qui m'attend.

L'avion s'immobilise. Les ceintures s'ouvrent dans un cliquetis général. Les voyageurs se lèvent, attrapent leurs bagages, se bousculent dans l'allée étroite. L'homme d'affaires me frôle en sortant, s'excuse d'un geste vague, me jette un dernier regard. Je ne le vois même pas.

Je reste assise.

Je ne veux pas me lever. Je ne veux pas sortir. Je ne veux pas faire face à ce qui m'attend. Si je reste ici, dans ce siège, dans cet avion, dans cet entre-deux, je ne suis ni à New York ni à Marseille. Je ne suis nulle part. Je ne suis personne. Je flotte dans un vide sans nom, sans visage, sans destin.

— Mademoiselle ? Vous allez bien ?

L'hôtesse est penchée vers moi, le sourcil froncé. Son regard passe sur mon visage, mes mains crispées, mes épaules trop droites, ma mâchoire serrée.

— Oui, oui, ça va. Pardonnez-moi.

Je me lève. Mes jambes sont lourdes, engourdies, comme si on les avait remplies de plomb. Je flotte, je dérive, comme si mon corps n'était pas vraiment là, comme si j'étais encore à des milliers de kilomètres, dans ma petite chambre de New York, avec Sarah qui ronfle dans le lit voisin, avec le bruit des sirènes dans la rue, avec cette illusion de liberté.

La passerelle. L'aérogare. Les couloirs interminables, le tapis roulant qui m'avance malgré moi, les vitres qui laissent passer le soleil aveuglant. Les enseignes lumineuses, les boutiques de luxe, les pubs pour le pastis et la lavande.

Lies dieses Buch weiterhin kostenlos
Code scannen, um die App herunterzuladen

Aktuellstes Kapitel

  • La princesse et le parrain    ÉPILOGUE 2 : LA NUIT TORRIDE 2

    Il s'effondre sur moi, haletant, tremblant, ruisselant de sueur. Son poids m'écrase, mais c'est un poids rassurant, une ancre qui me retient à la réalité, une preuve qu'il est là, qu'il est à moi, qu'il est vivant.— Je t'aime, murmure-t-il contre ma peau.— Je t'aime, réponds-je.Mais la nuit ne fait que commencer.Nous reprenons notre souffle, nos corps encore enlacés, nos peaux collées par la transpiration. La lune éclaire la chambre de sa lumière argentée, les étoiles scintillent au-delà de la fenêtre, la mer chante sa berceuse infinie.— Tu n'as pas fini, dit-il soudain, une lueur malicieuse dans les yeux.— Quoi ?— Tu n'as pas fini avec moi. Je te veux encore. Et encore. Et encore.Il roule sur le côté, me tirant avec lui, me faisant basculer sur lui. Me voil&agr

  • La princesse et le parrain    ÉPILOGUE : LA NUIT TORRIDE 1

    LEILALa villa est silencieuse.Les derniers invités sont partis il y a quelques heures, emportant avec eux les rires, les chansons, les éclats de joie du premier anniversaire de Stella. Les ballons flottent encore au plafond, les guirlandes lumineuses dansent doucement dans la brise nocturne, les restes du gâteau attendent sur la table de la cuisine.Matteo a emmené Stella pour la nuit. Il a insisté, avec un sourire discret et une lueur malicieuse dans les yeux.— Vous avez besoin de repos, Signora. Laissez-moi m'occuper d'elle. Je la ramènerai demain matin.J'ai voulu protester, mais Yanis m'a prise par la taille, ses lèvres contre mon oreille, sa voix un murmure chaud et prometteur.— Laisse-le faire, Leila. On a toute la nuit. Rien que nous.Maintenant, je suis dans notre chambre, debout devant la fenêtre, les yeux fixés sur la Méditerran

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 156 : LA NAISSANCE

    À l'hôpital, tout s'accélère. Les infirmières, les médecins, les moniteurs, les perfusions. Yanis est partout, aux côtés des médecins, à poser des questions, à exiger des réponses, à s'assurer que tout est parfait pour moi et pour notre bébé.— Vous pouvez rester avec elle, dit une infirmière. Dans la salle d'accouchement.— Je reste, dit Yanis. Je ne la quitte pas.L'accouchement est long et douloureux.Les contractions se rapprochent, s'intensifient, me déchirent de l'intérieur. Je crie, je transpire, je serre la main de Yanis si fort que je sens ses os craquer.— Je suis là, Leila. Je suis là. Ne me lâche pas.— Je te lâche pas, dis-je, ma voix brisée par la douleur.— Pousse, dit le médecin. Pousse, Leila. Le bébé

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 155 : LE TEST POSITIF

    Les semaines suivantes, Yanis devient un papa poule angoissé et protecteur.Il m'interdit tout effort, toute fatigue, tout danger. Il me porte dans ses bras, me prépare des repas équilibrés, me masse les pieds quand ils gonflent. Il me couvre de coussins, de couvertures, de soins attentifs.— Tu es enceinte, Leila. Il faut que tu te reposes, que tu manges bien, que tu prennes soin de toi.— Je sais, Yanis. Mais je ne suis pas malade, je suis enceinte. C'est normal, ce n'est pas une maladie.— Pour moi, c'est un miracle. Et je veux que tout soit parfait pour toi et pour notre bébé.La chambre du bébé devient son obsession.Il a choisi lui-même le mobilier, les couleurs, les accessoires. Le bleu, comme la Méditerranée qu'il aime. Des nuances douces, apaisantes, sereines.Mais le montage des meubles est un combat épique.

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 154 : LE DÉSIR D'ENFANT

    Je prends son visage entre mes mains, mes pouces caressant ses joues, mes yeux plongés dans les siens. Je veux qu'il voie la vérité dans mon regard, la certitude, la confiance, l'amour.— Tu n'es pas ton père. Tu es un homme bon. Un homme aimant. Un homme qui a appris à surmonter ses démons, à guérir ses blessures, à devenir meilleur. Tu es l'homme que j'aime, Yanis. L'homme qui me protège, qui me respecte, qui me chérit. Et tu seras un père merveilleux. Je le sais. Je le sens. Je le crois de tout mon cœur.— Mais si je le frappe ? Si je lui fais du mal ? Si je le détruis ?— Tu ne le feras pas. Parce que tu es conscient de tes peurs, de tes faiblesses, de tes limites. Parce que tu as appris à les maîtriser. Parce que tu es plus fort que ton passé, plus fort que tes démons, plus fort que tes peurs. Et parce q

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 153 : LA LUNE DE MIEL 2

    Il choisit une chanson, une vieille chanson d'amour, un classique que nous connaissons tous les deux. Il se met à chanter, sa voix rauque et fausse, déchirant les notes avec un enthousiasme désarmant.— La vie en rose, ouais ! chantonne-t-il.— Tu chantes horriblement, dis-je, hilare.— Je sais. C'est pour ça que je te demande de m'accompagner.Je me lance, ma voix hésitante, fausse, ridicule. Et pourtant, c'est magique. Nos voix se mêlent, se heurtent, se soutiennent, dans un chaos musical qui nous fait rire aux larmes.— On est les pires chanteurs du monde, dit-il.— Les pires, confirmé-je.— Mais les plus heureux.— Les plus heureux.Le barman nous offre une tournée en nous félicitant pour notre "performance". On se regarde, émerveillés par ce moment de pureté, de légè

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 72 : FRUSTRATION DES DEUX CÔTÉS

    LEILALe reste de la journée est une torture.Une torture douce, raffinée, incroyablement délicieuse, mais une torture quand même, qui joue sur mes nerfs à vif.Nous restons sur la plage, enveloppés par le bruit apaisant

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 4 : LES RETROUVAILLES

    Mon futur mari.L'acidité monte dans ma gorge. Une brûlure acide qui me pique les yeux, qui me serre la poitrine, qui me donne envie de vomir. Je sens les larmes au bord de mes cils, mais je ne pleure pas. Je ne pleurerai pas. Je ne pleurerai pas devant Karim. Je ne pleurerai jamais devant Karim.La

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 3 : L'ATTERRISSAGE 3

    Les odeurs. Le café. Le parfum bon marché des boutiques duty-free. L'essence des voitures de service. Et surtout, cette odeur spécifique, indéfinissable, unique , celle de Marseille. Un mélange de sel, de pastis, de bitume chaud, de poisson grillé, d'histoire. L'accent marseillais qui résonne autour

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 1 : L'ATTERRISSAGE

    LEILAL'avion amorce sa descente vers Marseille et mon estomac se noue comme un poing.Par le hublot, je vois la Méditerranée s'étendre en dessous de moi, bleue, éternelle, indifférente. Les vagues crèvent contre les rochers blancs des calanques, jettent leur écume dans l'air salé. La côte défile l

Weitere Kapitel
Entdecke und lies gute Romane kostenlos
Kostenloser Zugriff auf zahlreiche Romane in der GoodNovel-App. Lade deine Lieblingsbücher herunter und lies jederzeit und überall.
Bücher in der App kostenlos lesen
CODE SCANNEN, UM IN DER APP ZU LESEN
DMCA.com Protection Status