Se connecterChapitre 44
Eloïse
Ce n'est pas moi qui ai écrit ce message sur le miroir.
Je le jure, sur la tombe de ma mère, sur les cendres de mon père, sur tout ce qui me reste de sacré dans cette existence. Ce n'est pas moi. Je suis capable de beaucoup de choses, de manipulations, de trahisons, de manœuvres obscures, mais je ne suis pas stupide au point de m'introduire dans la chambre conjugale pour &e
Chapitre 54CaméliaJe la vois avant qu'elle ne me voie.Depuis le palier du premier étage, dissimulée derrière une colonne de marbre froid, j'observe l'entrée de ma sœur dans le hall. Le temps s'est arrêté, suspendu à cet instant, à cette silhouette qui descend de la voiture avec une grâce que je lui ai toujours enviée, une démarche chaloupée de reine qui foule le sol de son royaume après un long exil. Les flashs crépitent derrière elle comme une pluie d'éclairs, trouant la grisaille de cette matinée bretonne, et j'entends les cris des journalistes qui percent à travers les murs épais du manoir, leurs voix qui hurlent son nom, qui l'appellent, qui la supplient de leur accorder un regard, un mot, un sourire. Elle leur offre tout cela à la fois, un sourire fra
Chapitre 53LiliaLa voiture franchit les grilles du domaine Saint-Clair, et je souris.Le manoir apparaît au détour de l'allée, forteresse de verre et d'acier noir suspendue au-dessus de l'océan, et je le regarde avec des yeux neufs, des yeux de revenante, des yeux de miraculée. Rien n'a changé. Les falaises de granit plongent toujours dans l'eau noire, les vagues s'écrasent toujours contre les rochers dans un grondement sourd, le vent souffle toujours sur la lande en faisant plier les herbes folles. Tout est exactement comme dans mon souvenir, comme si le temps s'était arrêté le jour de ma disparition. Comme si le manoir m'avait attendue.Je sais que les caméras sont braquées sur la voiture, que les journalistes campent devant les grilles, que tout le pays attend de voir le visage de la femme qui a surv&
Chapitre 52CassianJe prépare l'arrivée de Lilia comme on prépare une bataille.La nuit a été courte, et je n'ai pas fermé l'œil. Camélia non plus, même si elle a fini par s'endormir au petit matin, épuisée par l'angoisse. Je l'ai tenue contre moi jusqu'à ce que sa respiration ralentisse, jusqu'à ce que ses doigts crispés sur ma chemise se détendent, jusqu'à ce qu'elle glisse enfin dans un sommeil agité, peuplé de cauchemars que je ne pouvais pas chasser. Puis je me suis levé, et j'ai commencé à travailler.Stratégie. Contrôle. Ce sont les seuls mots qui comptent aujourd'hui.Je ne crois pas un mot de l'histoire de Lilia. Kidnapping. Séquestration. Évasion miraculeuse. C'est trop parfait, trop lisse, trop bien
Chapitre 51CaméliaJe ne dors pas de la nuit.Le message de Lilia tourne en boucle dans ma tête, comme une mélodie funèbre, comme un glas qui sonne la fin de tout ce que j'ai construit depuis le jour du mariage. Je suis vivante. Je veux rentrer. Dites à ma sœur que je suis désolée. Ces mots, je les répète cent fois, mille fois, allongée dans le lit conjugal, les yeux fixés sur le plafond que la lune éclaire d'une lueur blafarde, une lueur qui dessine des ombres mouvantes sur les murs de la chambre. Les rideaux de velours n'ont pas été tirés, et la baie vitrée laisse entrer la clarté argentée de la nuit, cette clarté qui transforme chaque meuble en spectre, chaque objet en menace. L'océan gronde au loin, ce grondement sourd et perpétuel qui d'habitude m'apaise et qui, ce soir, ne fait qu'accentuer mon angoisse.Cassian dort près de moi, ou fait semblant de dormir. Je ne sais pas. Son visage est tourné vers le mur, et je ne vois que son dos, ses épaules larges, sa nuque raidie par une
Chapitre 50CaméliaLe dîner touche à sa fin, et Cassian me raccompagne à travers le jardin. La nuit est douce, tiède, enveloppante comme une écharpe de soie. La lune est pleine, énorme, presque irréelle, et elle projette sur les allées de gravier des ombres argentées qui dansent au rythme de la brise. Les étoiles brillent au-dessus de nos têtes par milliers, comme des diamants éparpillés sur un écrin de velours noir. Le parfum des roses et du jasmin flotte dans l'air, mêlé à l'odeur saline de l'océan qui gronde au loin. Nous marchons côte à côte, sans nous toucher, mais nos épaules se frôlent parfois, et chaque frôlement est une étincelle qui me parcourt tout entière, qui me rappelle la chaleur de sa main sur la mienne.Nous so
Chapitre 49CaméliaLe dîner est parfait.Pas parfait au sens mondain du terme, pas parfait comme ces galas où tout est réglé au millimètre et où rien ne dépasse, où chaque parole est pesée et chaque geste calculé. Parfait au sens humain, au sens vrai, au sens où tout est à sa place parce que rien n'est forcé, parce que tout est sincère, parce que chaque instant est vécu pleinement.La nourriture est délicieuse, un menu que Cassian a visiblement composé lui-même, avec des plats simples mais raffinés, des produits frais qui viennent du jardin et de la mer. Un carpaccio de Saint-Jacques, des filets de sole meunière, une tarte aux fruits rouges. Rien de prétentieux, rien d'excessif. Juste ce qu'il faut pour que ce dîner soit un plaisi
Chapitre 11CaméliaLa réception est un océan de visages et de bruits, et je flotte à la surface, ballottée de mains en mains comme une épave.Je souris. Je hoche la tête. Je serre des doigts, j'effleure des joues, je reçois des compliments qui ne me sont pas destinés. Les femmes admirent ma robe,
Chapitre 8CassianElle arrive devant moi, et je lui tends la main.Le geste est mécanique, dicté par le protocole. Mais quand mes doigts se referment sur les siens, je sens quelque chose que je n'attendais pas. Ses doigts sont glacés. Pas frais. Glacés. Comme si elle avait plongé les mains dans un
Chapitre 5CaméliaLa porte claque derrière ma mère, et je reste seule dans le silence.Dix minutes. Elle m'a donné dix minutes pour enfiler la peau de ma sœur, pour disparaître sous le satin et la dentelle, pour devenir quelqu'un que je ne suis pas. Dix minutes pour accepter le verdict qu'elle vie
Chapitre 4VivianeJe ferme la porte derrière moi, et le loquet s'enclenche avec un cliquetis sec qui résonne dans le silence soudain de la suite.La femme de chambre a été renvoyée d'un geste, les domestiques écartés, les questions étouffées avant même d'avoir été formulées. Il ne reste plus que n







