ログインChapitre 111
Clara
Les jours passent, et je sens mes murs se construire, pierre après pierre, silence après silence, regard détourné après regard détourné. Ce n'est pas un choix délibéré, pas une décision que j'ai prise en pesant le pour et le contre, pas une stratégie que j'ai élaborée pour me protéger. C'est un réflexe, une survie, une n&e
Chapitre 111ClaraLes jours passent, et je sens mes murs se construire, pierre après pierre, silence après silence, regard détourné après regard détourné. Ce n'est pas un choix délibéré, pas une décision que j'ai prise en pesant le pour et le contre, pas une stratégie que j'ai élaborée pour me protéger. C'est un réflexe, une survie, une nécessité. Je me referme sur moi-même comme une fleur qui se replie à la tombée de la nuit, comme une porte qui se verrouille quand le danger approche, comme un cœur qui se glace quand la douleur devient trop forte.Je le sens dans ma façon de marcher dans les couloirs, les épaules légèrement voûtées, le menton baissé, le regard fixé sur le marbre qui défile sous mes pas. Je le
Chapitre 110ClaraLes nuits changent.Je sens la différence dès la première soirée, dès que la porte de ma chambre se referme derrière lui, dès que nos regards se croisent dans la pénombre. Il n'y a plus cette douceur, cette lenteur, cette exploration timide de nos corps qui s'apprivoisaient. Il n'y a plus ces silences complices, ces murmures chuchotés dans l'obscurité, ces caresses qui n'en finissaient pas.L'intimité que nous partagions, ces moments volés dans l'obscurité, ces baisers qui duraient des heures, ces mains qui se cherchaient, se trouvaient, s'attardaient, tout a changé. La passion s'est transformée en pression. La tendresse s'est muée en urgence. Le désir s'est effacé derrière le devoir.Je sens la différence dans ses doigts q
Chapitre 109RahimLa nuit est tombée sur le palais, épaisse, silencieuse, comme une chape de plomb qui recouvre les tours, les coupoles, les jardins suspendus. Le ciel, au-dessus des moucharabiehs, est noir, sans une étoile, sans une lueur, comme si la lune elle-même avait choisi de se cacher, de ne pas assister à ce qui allait se passer. Les fontaines sont tues, leurs bassins figés dans une immobilité de miroir. Les oiseaux se sont tus, blottis dans leurs nids, leurs plumes frissonnant sous l'air glacé de la nuit.Je suis dans mes appartements. Les bougies brûlent sur leurs chandeliers d'argent, leurs flammes vacillantes projetant des ombres dansantes sur les murs lambrissés, sur les tapis de soie, sur les coussins de brocart. L'air est épais, chargé d'encens, chargé de silence, chargé de l'attente de ce qui va venir, de ce
Chapitre 108RahimLe conseil est terminé. Les émissaires sont partis. La salle du trône, pleine il y a encore quelques instants de murmures, de regards furtifs, de robes de soie bruissant sur le marbre, s'est vidée. Il ne reste que le silence. Un silence épais, lourd, qui semble s'être déposé sur les murs, sur les colonnes, sur les tapis rouges usés par les siècles. Les bougies, à moitié consumées, vacillent dans leurs chandeliers d'argent, leurs flammes dansant comme des âmes en peine, comme des souvenirs qui refusent de s'éteindre.Je suis resté assis sur le trône.Mes mains sont posées sur les accoudoirs de bois d'ébène. Les sculptures, des arabesques, des entrelacs, des feuilles d'acanthe, sont si fines que mes doigts, en les caressant, pourraient suivre chaque courbe, chaque spirale, chaque détour. Mais je ne les sens pas. Mes doigts ne sentent rien. Ils sont engourdis, comme le reste de mon corps, comme mon cœur, comme mon esprit.Le test.Le mot tourne dans ma tête comme une l
Chapitre 107ClaraLa salle du trône est froide.Ce n'est pas une froideur ordinaire, celle que les murs de pierre et le marbre poli accumulent pendant les nuits d'hiver quand le vent du désert s'engouffre par les fissures des fenêtres et glace les dalles jusqu'à l'aube. Ce n'est pas la froideur des courants d'air qui serpentent entre les colonnes, qui soulèvent les tentures, qui font vaciller les flammes des bougies. C'est une froideur plus profonde, plus insidieuse, qui semble émaner des regards des émissaires, de leurs silhouettes immobiles plantées au centre de la salle, de leurs voix graves qui résonnent sous les voûtes comme des glas annonçant une cérémonie funèbre.Ils sont arrivés ce matin, comme prévu. Trois hommes vêtus de robes sombres, sans ornement, sans bijou, sans aucune m
Chapitre 106ClaraLe matin est gris, d'un gris d'ardoise qui pèse sur les coupoles du palais, sur les jardins suspendus, sur les fontaines taries de l'hiver qui s'attarde. Une brume légère flotte entre les arches, dissimule les contours des tours, estompe les couleurs vives des faïences turquoises. Le ciel est bas, chargé de nuages, comme si le palais entier retenait son souffle, comme si les pierres elles-mêmes attendaient.Je suis dans mes appartements, debout devant la fenêtre, les doigts posés sur le rebord de marbre. Les moucharabiehs découpent la lumière en fines lamelles, dessinent des rayures grises sur le sol, sur les tapis, sur mes bras nus. L'odeur du jasmin, toujours présente, est plus douce aujourd'hui, comme fatiguée, comme résignée. La brise qui entre par les fentes est froide, presque glacée, chargé
Chapitre 8ClaraJe ne me souviens pas avoir traversé les couloirs.Je ne me souviens pas des gardes qui s’inclinaient sur mon passage, des fontaines qui chantaient dans les patios, du soleil qui brûlait à travers les moucharabiehs. Je ne me souviens de rien, sauf de ses mots. De ses yeux. De ce do
Chapitre 7RahimLe dossier que je sors du tiroir est épais, jauni sur les bords, comme s’il avait été consulté des centaines de fois. Ce n’est pas loin de la vérité. Je l’ai ouvert, refermé, rouvert, chaque nuit pendant des mois, jusqu’à en connaître chaque mot, chaque virgule, chaque ombre portée
Chapitre 6RahimLa porte se referme derrière elle avec un bruit sourd.Je ne me retourne pas tout de suite. Je reste face à la fenêtre, les mains croisées dans le dos, le regard perdu vers le désert qui s'étend à perte de vue. Je l'ai entendue entrer. J'ai entendu ses pas hésitants sur le marbre, l
Chapitre 5ClaraJe suis réveillée en sursaut par des coups frappés à ma porte.Des coups secs, nets, militaires. Trois impacts précis qui résonnent dans le silence de ma chambre comme des détonations. Mon cœur s'emballe avant même que mon esprit ne comprenne ce qui se passe. La lumière du petit mat







