LOGINChapitre 34
Livia
Le lendemain matin, quand Marta vient m'apporter mon plateau de petit-déjeuner, elle me trouve assise au bord du lit, les pieds propres cette fois, lavés des cendres de l'aile ouest qui maculaient encore mes orteils quand je me suis endormie à l'aube, les cheveux brossés et relevés en un chignon simple qui dégage ma nuque, vêtue de la robe grise que j'ai adoptée comme un uniforme
Chapitre 51LiviaLe Duc vacille, je le vois chanceler comme un homme ivre, comme un boxeur qui vient de recevoir un coup en pleine tempe et qui ne sait plus où il se trouve, et je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine à la vue de cet homme si fort, si fier, si implacable, qui s'effondre devant moi comme un château de cartes balayé par le vent. Il ne me croit pas, il refuse de me croire, il s'accroche à ses certitudes comme un naufragé à une épave au milieu de l'océan, et je ne peux pas lui en vouloir, je ne peux pas lui reprocher son incrédulité, car ce que je viens de découvrir est si énorme, si bouleversant, si impossible, que moi-même j'ai du mal à y croire, que moi-même je me demande si je ne suis pas en train de rêver éveillée dans cette cave obscure qui sent la moisissure et le désespoir.
Chapitre 50AlexanderLes mots de Livia s'abattent sur moi comme des coups de massue, ils percent mes défenses une à une, ils pulvérisent mes certitudes, ils font voler en éclats le monde que j'avais construit sur les cendres de ma famille, ce monde de vengeance et de haine qui était ma seule raison de vivre. Une femme dans les souterrains. Une femme qui signe de la lettre E. Une femme qui se cache derrière Livia, recroquevillée sur une paillasse de paille moisie, et qui lève vers moi des yeux bleus que je reconnaîtrais entre mille, des yeux que j'ai vus sourire sur un portrait, des yeux que j'ai vus se fermer dans mon imagination le soir de l'incendie, des yeux que j'ai crus fermés à jamais, réduits en cendres avec le reste de son corps. Je pâlis, je sens le sang se retirer de mon visage comme une marée qui reflue, comme un fleuve qui remonte ver
Chapitre 49LiviaLa voix du Duc a claqué dans le silence de la cave comme un coup de tonnerre, elle a fait vibrer les murs de pierre suintants d'humidité, elle a fait trembler la flamme de ma bougie, et je me suis retournée pour lui faire face, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine, les mains moites serrées sur le chandelier d'argent, mais la détermination plus forte que la peur, plus forte que la prudence, plus forte que tout ce qui aurait dû me pousser à me taire et à courber l'échine. Il est là, debout à quelques pas de moi, silhouette noire surgie des ténèbres comme un démon de glace, le visage à moitié éclairé par la lueur vacillante de ma bougie qui sculpte ses pommettes hautes et creuse des ombres sous ses yeux gris. Ses yeux gris, justement, ces yeux que j'ai appris à connaît
Chapitre 48AlexanderJe descends l'escalier en colimaçon derrière elle, silencieux comme un spectre qui n'a pas besoin de faire de bruit pour se déplacer dans les ténèbres, mes bottes de cuir noir ne produisent aucun son sur les marches de pierre usées par les siècles, polies par les pas de tous ceux qui les ont foulées avant moi, et je la suis dans les entrailles de Thornfield, ces souterrains que je n'ai pas visités depuis des années, ces souterrains que mon père m'avait montrés quand j'étais enfant en me faisant jurer de ne jamais y revenir. L'air est glacé, humide, chargé d'une odeur de moisissure ancienne et de quelque chose d'autre que je ne veux pas identifier, une odeur de chair et de souffrance et d'abandon qui me prend à la gorge et me soulève le cœur. La flamme de sa bougie danse devant moi co
Chapitre 47LiviaDerrière la porte, un escalier en colimaçon, un escalier de pierre étroit et usé par les siècles, dont les marches sont creusées en leur milieu par les pas de tous ceux qui les ont foulées avant moi, et qui s'enfonce dans les entrailles du château comme une spirale sans fin. L'air est froid, humide, chargé d'une odeur de moisissure et de quelque chose d'autre, une odeur que je ne reconnais pas mais qui me hérisse les poils sur la nuque, une odeur de renfermé et de souffrance, une odeur de cachot et d'abandon. Ma bougie vacille dans le courant d'air qui monte des profondeurs, elle menace de s'éteindre à chaque marche, et je la protège de ma main libre en descendant lentement, prudemment, les doigts de mon autre main effleurant le mur de pierre suintant d'humidité qui dégouline sous mes paumes comme de la sueur froid
Chapitre 46AlexanderJe ne dors pas, je ne dors jamais vraiment, le sommeil est un art que j'ai désappris il y a dix ans dans les flammes de mon manoir familial, et cette nuit je suis plus éveillé que jamais, assis dans le fauteuil de cuir usé de ma chambre, les yeux fixés sur le portrait d'Eleanor posé sur le chevet comme un reproche silencieux, comme une accusation muette qui me poursuit depuis la nuit de l'incendie. La bougie sur la table de chevet achève de se consumer dans un dernier crépitement, la flamme vacille, menace de s'éteindre, se ravive une dernière fois avec une intensité presque désespérée avant de rendre l'âme dans un mince filet de fumée blanche qui monte en spirale vers le plafond de pierre, et je ne la remplace pas, je laisse l'obscurité m'envahir, m'engloutir, me digérer comme elle le fait chaque
Chapitre 15AlexanderLa cérémonie est terminée. Les mots rituels se sont dissipés dans l'air glacé de la chapelle comme la fumée des cierges qui achèvent de se consumer sur l'autel de pierre nue, ces cierges de cire blanche que j'ai fait placer là ce matin et qui n'ont illuminé aucun visage heureu
Chapitre 13AlexanderLa chapelle de Thornfield est glaciale, comme tout le reste du château, comme tout ce qui porte le nom de Blackthorn depuis que le feu a dévoré notre histoire et notre avenir. C'est une petite chapelle, austère et dépouillée, nichée dans l'aile est de la forteresse, une pièce
Chapitre 12LiviaLa mèche de cheveux est là, posée sur le bois sombre du guéridon comme un trophée macabre, comme une preuve d'amour détournée, comme un message écrit dans la chair même de mon père, et je la regarde sans pouvoir en détacher les yeux, hypnotisée par ces quelques cheveux gris et bla
Chapitre 11AlexanderLes mots de Livia flottent encore dans l'air glacé de la chambre, son défi vibre entre les murs de pierre comme le dernier écho d'une bataille déjà perdue, et je la regarde, cette femme qui se tient devant moi dans sa robe de deuil, les yeux brûlants de larmes contenues, les p







