LOGIN. Le Chantage du Duc Le Duc Alexander Blackthorn a tout perdu la nuit où la famille Deveraux a incendié son manoir, tuant sa mère et sa sœur cadette. Depuis, il ne vit que pour se venger. Dix ans plus tard, son plan est prêt. Il fait enlever Livia Deveraux, la fille unique de son ennemi, la veille de son mariage avec un riche comte. Mais au lieu de l'exécuter, il lui impose un chantage cruel : l'épouser immédiatement pour humilier publiquement sa famille et ruiner leur alliance. Livia, fière et désespérée, signe le contrat en le maudissant. Prisonnière dans le château glacial de Thornfield, elle se prépare à subir les pires cruautés. Mais Alexander n'est pas la bête sanguinaire qu'elle imaginait. Hanté par ses fantômes, il se révèle incapable de la traiter avec barbarie. Entre les murs de pierre froide, la haine cède lentement la place à une passion interdite. Mais quand le père de Livia lance une armée pour la reprendre, Alexander doit choisir : sacrifier sa vengeance ou protéger la femme qu'il a enlevée et qui a conquis son cœur.
View MoreChapitre 1
Alexander
Thornfield, nuit sans lune.
La pierre est froide sous mes doigts. Je les pose contre le mur du couloir, lentement, comme si je pouvais sentir les battements de ce manoir mort. Rien. Pas de pouls. Pas de chaleur. Juste l’humidité qui imprègne les murs depuis des siècles et cette odeur de cire ancienne et de bois verni qui ne s’en va jamais, qui s’accroche aux rideaux, aux tapisseries, à ma peau.
Je marche sans bruit. Mes bottes effleurent les dalles usées par les générations. Chaque pas est un murmure. Chaque murmure est un souvenir. Le manoir se tait autour de moi, mais ses fantômes parlent. Je les entends. Je les entends toujours.
La galerie des portraits se trouve au fond du couloir nord, là où le vent ne pénètre jamais, là où même la lumière du jour semble avoir peur de s’aventurer. Je pousse la porte. Le bois cède avec un gémissement à peine audible. L’air à l’intérieur est plus lourd, plus ancien, comme si le temps s’était figé un soir d’incendie pour ne plus jamais bouger.
Je m’arrête sur le seuil. Mes yeux s’habituent à la pénombre. Les chandelles ne brûlent plus ici depuis longtemps. Seule la lune pourrait éclairer cette pièce, mais cette nuit, la lune est absente. Thornfield, nuit sans lune. J’ai choisi cette nuit pour une raison. Peut-être parce que l’obscurité me ressemble. Peut-être parce que je ne veux aucune lumière pour voir ce que je m’apprête à faire.
Je traverse la galerie. Mes pas résonnent à peine sur le parquet ciré. Sur les murs, les regards de mes ancêtres me suivent. Je ne les regarde pas. Eux ne m’ont jamais trahi. Eux ne sont pas partis en fumée.
Le portrait est au centre. Le plus grand. Le plus beau. Je m’arrête devant.
Ma mère.
Ma sœur.
Elles me regardent depuis la toile avec ces yeux que je connais par cœur, ces sourires que j’ai vus se consumer dans les flammes il y a dix ans. Dix ans. Une décennie entière passée à attendre, à préparer, à contenir cette rage qui dort en moi comme un loup affamé. Ce soir, le loup se réveille.
J’ai trente-deux ans. Mon visage porte les marques de ces dix années de patience et de haine contenue. Mes cheveux sont noirs, épais, sauvages, tombant parfois sur un front que les soucis ont creusé de fines rides précoces. Mes yeux sont gris acier, froids comme l’hiver, capables de rester fixés sur un ennemi sans jamais cligner. Ma mâchoire est carrée, volontaire, serrée en permanence comme si je retenais un cri que je n’ai jamais poussé. Mes épaules sont larges, mon corps est celui d’un homme qui a passé des années à cheval et à l’épée, durci par la vengeance, sculpté par la rage. Ma bouche est fine, rarement souriante, souvent pincée dans une ligne amère. On dit de moi que je suis beau, d’une beauté froide et dangereuse, celle des loups solitaires et des rois déchus. Je ne m’en soucie guère. La beauté ne m’a jamais sauvé. La beauté n’a pas sauvé ma mère. La beauté n’a pas sauvé ma sœur.
Ma mère porte une robe bleue, celle qu’elle aimait pour les portraits de famille. Ses cheveux châtains tombent en boucles douces sur ses épaules. Sa main repose sur l’épaule de ma sœur, une main fine, élégante, une main qui ne méritait pas de brûler. Ma sœur a douze ans sur la toile. Douze ans. Elle rit. Elle montre ses dents, ses joues rondes, son innocence. Elle ne sait pas qu’elle mourra dans les flammes. Elle ne sait pas que son frère passera dix ans à pleurer en secret, la nuit, quand personne ne regarde.
Je pleure rarement. Ce soir, mes yeux restent secs. La vengeance ne pleure pas. La vengeance regarde, se souvient, et frappe.
— Ce soir, je frappe.
Ma voix est à peine un souffle. Je le dis au portrait. Je le dis à leurs fantômes. Je le dis aux murs qui ont tout vu, tout entendu, tout gardé.
Mes poings se serrent. Mes ongles s’enfoncent dans mes paumes. La douleur est bonne. Elle me rappelle que je suis vivant. Elle me rappelle pourquoi.
La famille Deveraux. Ce sont eux. Dix ans plus tôt, par jalousie, par ambition, par haine ancestrale, ils ont mis le feu à Thornfield. Une nuit sans lune, comme celle-ci. Les flammes ont léché les murs, dévoré les poutres, englouti les étages. Ma mère et ma sœur dormaient à l’étage. On n’a pas entendu leurs cris. On a seulement vu le brasier. Le matin, il ne restait d’elles que des cendres et un portrait miraculeusement épargné, comme par dérision.
Mon père en est mort de chagrin six mois plus tard. Je suis resté seul, duc à dix-huit ans, héritier d’un domaine ruiné et d’une vengeance inassouvie.
J’ai attendu.
J’ai préparé.
J’ai bâti.
Pendant dix ans, j’ai reconstruit Thornfield pierre par pierre, j’ai rassemblé des hommes loyaux, j’ai amassé une fortune dans l’ombre, j’ai étudié mes ennemis. Lord Deveraux. Sa femme. Ses fils. Et sa fille.
Livia Deveraux.
Ce soir, je la prends.
Je recule d’un pas devant le portrait. Puis d’un autre. Je ne quitte pas leurs yeux des miens.
— Pardonnez-moi, murmuré-je. Pardonnez-moi ce que je vais faire.
Ma mère ne répondrait pas. Ma sœur non plus. Elles sont figées dans leur cadre, belles et silencieuses, consumées depuis dix ans et pourtant toujours présentes, toujours là à me rappeler ce que j’ai perdu, ce que je n’ai pas su protéger.
Je me retourne. Je quitte la galerie. Je referme la porte derrière moi. Le couloir est toujours aussi sombre. Le manoir est toujours aussi mort.
Je descends l’escalier principal. Mes bottes frappent les marches en marbre noir. Chaque impact résonne comme un battement de cœur. Le mien s’accélère. La nervosité ? Non. L’excitation. Après dix ans d’attente, l’action commence.
Dans la cour intérieure, mes hommes sont rassemblés. Six. Six ombres sur six chevaux noirs. Pas un mot. Pas un bruit. Seuls les naseaux des chevaux fument dans l’air glacé de la nuit. Ils me regardent. J’approche.
— Vous savez ce que vous avez à faire, dis-je.
Ma voix est calme. Trop calme. Celle d’un homme qui a dompté ses démons et qui les utilise comme des armes.
— Oui, mylord, répond l’un d’eux.
Il s’appelle Gregor. Le plus fidèle. Le plus silencieux. Il a tué pour moi. Il tuera encore. Ce soir, on ne tue pas. On enlève.
— Livia Deveraux, poursuis-je. Pas une égratignure. Pas une marque. Elle doit arriver ici entière et indemne. C’est compris ?
— Compris.
— Les gardes sont neutralisés, pas massacrés. Le carrossier aussi. On ne laisse pas de cadavres sur la route. On laisse juste la peur.
Ils acquiescent en silence. Je fais le tour des visages. Des hommes durs, marqués par la vie, par la guerre, par la pauvreté. Je leur ai donné un toit, un salaire, un but. Ils me doivent tout. Et ce soir, ils me paient.
Je lève la main. Gregor fait tourner son cheval. Les autres suivent. Les sabots martèlent la terre battue, puis le gravier, puis le chemin. Le bruit s’éloigne. S’atténue. Disparaît.
Je reste seul dans la cour.
La nuit est sans lune. Le ciel est une immense étendue noire, vide, cruelle. Le vent se lève. Il soulève mes cheveux, caresse mon visage glacé. Je ferme les yeux. J’écoute. Rien. Juste le silence de Thornfield, juste les fantômes qui murmurent dans les murs.
Je remonte les marches du perron. Je rentre dans le manoir. Je traverse le hall immense, les salons déserts, les couloirs vides.
Je retourne devant le portrait.
Ma mère. Ma sœur. Elles sont toujours là, toujours belles, toujours mortes.
Je m’assois sur le fauteuil placé devant la toile. Celui de mon père. Celui où il venait s’asseoir quand il voulait contempler sa femme et sa fille. Avant que le chagrin ne le tue à son tour.
Je croise les mains sur mes genoux. J’attends.
Quelque part sur la route de Sterling, mes hommes interceptent un carrosse. Quelque part, une jeune fille sur le point de se marier voit sa vie basculer dans la nuit.
Ici, je contemple le portrait. Ici, je patiente. Ici, la vengeance s’installe confortablement dans mon cœur et ne compte pas partir de sitôt.
Un bruit soudain dans le couloir.
Je me retourne d’un bloc. La porte de la galerie est ouverte.
Pourtant, je l’avais fermée.
Personne.
Rien.
Seulement l’ombre qui danse au bout du corridor.
Seulement la certitude glaçante que quelque chose a changé dans ce manoir cette nuit.
Ou peut-être que quelqu’un m’observait depuis le début, caché dans les ténèbres, attendant que je m’éloigne pour entrer.
La porte n’était pas ouverte par hasard.
Quelqu’un sait.
Chapitre 47LiviaDerrière la porte, un escalier en colimaçon, un escalier de pierre étroit et usé par les siècles, dont les marches sont creusées en leur milieu par les pas de tous ceux qui les ont foulées avant moi, et qui s'enfonce dans les entrailles du château comme une spirale sans fin. L'air est froid, humide, chargé d'une odeur de moisissure et de quelque chose d'autre, une odeur que je ne reconnais pas mais qui me hérisse les poils sur la nuque, une odeur de renfermé et de souffrance, une odeur de cachot et d'abandon. Ma bougie vacille dans le courant d'air qui monte des profondeurs, elle menace de s'éteindre à chaque marche, et je la protège de ma main libre en descendant lentement, prudemment, les doigts de mon autre main effleurant le mur de pierre suintant d'humidité qui dégouline sous mes paumes comme de la sueur froid
Chapitre 46AlexanderJe ne dors pas, je ne dors jamais vraiment, le sommeil est un art que j'ai désappris il y a dix ans dans les flammes de mon manoir familial, et cette nuit je suis plus éveillé que jamais, assis dans le fauteuil de cuir usé de ma chambre, les yeux fixés sur le portrait d'Eleanor posé sur le chevet comme un reproche silencieux, comme une accusation muette qui me poursuit depuis la nuit de l'incendie. La bougie sur la table de chevet achève de se consumer dans un dernier crépitement, la flamme vacille, menace de s'éteindre, se ravive une dernière fois avec une intensité presque désespérée avant de rendre l'âme dans un mince filet de fumée blanche qui monte en spirale vers le plafond de pierre, et je ne la remplace pas, je laisse l'obscurité m'envahir, m'engloutir, me digérer comme elle le fait chaque
Chapitre 45LiviaLa nuit est tombée sur Thornfield, une nuit sans lune et sans étoiles, une nuit si noire que les tours du château se fondent dans le ciel comme des doigts de pierre tendus vers un dieu absent, et je suis seule dans ma chambre, allongée sur le lit d'Eleanor, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, le papier froissé caché sous mon oreiller comme un talisman qui me brûle la peau à travers le tissu de la taie de lin blanc. Marta n'a rien dit, elle ne pouvait rien dire, la nature l'a condamnée au silence bien avant que je n'arrive dans ce château maudit, bien avant que le premier Blackthorn ne pose la première pierre de cette forteresse de ténèbres, mais sa réaction a tout confirmé avec une éloquence qui dépasse tous les mots, qui transcende toutes les barrières du langage, qui crie la vérit&
Chapitre 44AlexanderQuelque chose a changé chez Livia, quelque chose que je ne parviens pas à définir mais que je sens avec une acuité qui me surprend, et cette sensation de distance nouvelle, de froideur retrouvée, me ronge de l'intérieur comme un acide qui attaque le métal. Elle vient toujours dans la bibliothèque chaque après-midi, elle s'installe dans le fauteuil près de la cheminée avec le recueil de poésie de ma mère, mais elle ne lit plus vraiment, je le vois à la façon dont ses yeux restent fixés sur la même page pendant des heures, à la façon dont elle ne tourne jamais les pages, à la façon dont elle sursaute quand je lui adresse la parole comme si elle était ailleurs, très loin, dans des pensées qu'elle ne partage pas avec moi.Ell
Chapitre 36LiviaLes jours ont passé depuis que le Duc m'a ouvert les portes de sa bibliothèque, des jours gris et froids qui se succèdent sans que rien ne les distingue les uns des autres, et je suis devenue une habitu
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Chapitre 30LiviaLa voix du Duc résonne encore dans le silence de l'aile ouest, elle vibre contre les murs noircis par les flammes anciennes, elle se répercute dans ma poitrine comme l'écho d'un coup de tonnerre qui ne veut pas s'éteindre, qui continue de gronder longtemps après que la foudre est












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