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Chapitre 11 — Le coma

Author: Déesse
last update publish date: 2026-07-22 19:52:47

Quand le supplice s'arrête, quand le bourdonnement électrique cesse et que mon corps retombe sur le lit, l'océan noir a changé. La flamme minuscule qui palpitait en son centre, cette luciole qui portait son nom, vacille dangereusement. Elle n'est plus qu'une braise, faible, presque éteinte, noyée dans une fumée toxique. Ils ont tout pris. Ou presque. Quelque chose résiste. Une sensation. L'odeur de la pluie sur les feuilles de la serre. Le goût du sel et du sang mêlés. Une vibration au fond de
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    Quand le supplice s'arrête, quand le bourdonnement électrique cesse et que mon corps retombe sur le lit, l'océan noir a changé. La flamme minuscule qui palpitait en son centre, cette luciole qui portait son nom, vacille dangereusement. Elle n'est plus qu'une braise, faible, presque éteinte, noyée dans une fumée toxique. Ils ont tout pris. Ou presque. Quelque chose résiste. Une sensation. L'odeur de la pluie sur les feuilles de la serre. Le goût du sel et du sang mêlés. Une vibration au fond de ma poitrine, contre mon sternum, là où reposait le médaillon. Son visage est flou, son nom est un écho, mais son absence est une blessure béante, un trou noir dans ma mémoire que rien ne peut combler. Ils n'ont pas tout effacé. Ils ne peuvent pas effacer l'amour. Ils ne peuvent pas effacer la douleur de l'avoir perdue. Une autre présence. Plus douce. Une main chaude sur mon front. Des doigts fins qui repoussent mes cheveux. L'odeur d'un parfum floral, délicat, que je reconnais sans pouvoir le

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    Elle ne me laisse pas le temps de répondre. Elle tourne les talons, son manteau beige volant derrière elle comme une aile brisée, et elle court presque jusqu'à sa berline. La portière claque. Le moteur ronfle. Les pneus crissent sur le bitume mouillé. Et elle disparaît, me laissant seule sur le parking désert, l'enveloppe du chantage serrée contre ma poitrine bandée. Je ne la regarde pas partir. Je regarde la lettre, la fausse lettre de William, et en dessous, le message de sa sœur. « Il ne t'aimait pas. » Un mensonge si énorme, si pathétique, qu'il en est presque insultant. Mais dans ce mensonge, un aveu terrible. Il n'est pas mort. S'il était vraiment mort, nul besoin de cette mise en scène, nul besoin de cette sœur brisée qui vient sangloter un faux adieu. On n'achète pas le silence d'une veuve pour un fantôme. On l'achète pour un prisonnier. Je plie la lettre avec soin, je la replace dans l'enveloppe. Je range le tout contre moi. La bruine commence à tomber, fine et glaciale. Je

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    Clara Vane Deux jours. Deux jours de sommeil artificiel, de rêves sans images, de réveils vaseux où la réalité met une seconde de trop à me poignarder. Deux jours à fixer le plafond de la chambre 407, à écouter le bip du moniteur cardiaque comme on écouterait le tic-tac d'une bombe. Deux jours à jouer la morte. Parce que c'est ce que je dois faire maintenant. Jouer la fille brisée. La veuve éplorée. L'orpheline qui a tout perdu. Si mes geôliers se doutent une seconde que j'ai vu clair dans leur mascarade, William mourra pour de bon. Alors je pleure quand il faut pleurer. Je regarde dans le vide. Je ne mange pas. Je laisse la comédie du deuil consumer chaque once de mon énergie. Aujourd'hui, on me libère. Côtes fêlées, bandages serrés, antidouleurs dans un sachet en plastique, décharge à signer. Je traverse le hall de l'hôpital St Thomas comme un fantôme, les yeux rivés au sol. Mes pas sont lents, mécaniques. Chaque mouvement réveille la douleur dans mon flanc, une douleur bienvenue

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    Il continue de parler, ses lèvres bougent, des mots sortent. « Brûlures étendues », « quatrième degré », « identification difficile », « corps calciné », « je suis désolé ». Mais je n'entends plus. Un bourdonnement sourd a envahi mes oreilles. Le monde se décolore, se déforme, se réduit à un tunnel étroit et noir au fond duquel son visage s'éloigne. William. Mort. Carbonisé. Ces deux mots n'ont pas le droit de coexister. C'est une erreur cosmique, une faute de frappe dans l'univers. Pas lui. Pas mon William. Pas le garçon aux mains si douces, au rire si pur, au cœur si grand. Pas le garçon qui portait mon visage contre sa poitrine, dans un médaillon d'argent, à l'endroit même où les flammes ont dévoré sa chair.— Vous mentez ! Le hurlement jaillit de mes entrailles, un cri de bête blessée. Vous mentez ! Je veux le voir ! Laissez-moi le voir !Je m'arrache à mon lit. La perfusion se tend, l'aiguille déchire ma peau, un filet de sang coule sur ma main. La douleur de mes côtes est un inc

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    Clara VaneLa douleur arrive avant la conscience. Une douleur sourde, écrasante, qui comprime ma poitrine comme un étau invisible. Chaque inspiration est une lame qu'on enfonce entre mes côtes. Je suis morte, c'est certain. L'enfer existe et c'est un matelas trop dur dans un silence blanc. Puis, le bip. Un son régulier, obstiné, qui perce le brouillard. Bip. Bip. Bip. Un son de machine. Un son de vie.Mes paupières sont deux pierres. Je les force à s'ouvrir, millimètre par millimètre. La lumière est une agression, blanche, crue, stérile. Des tubes fluorescents au plafond. Un plafond inconnu. L'odeur, c'est celle qui frappe ensuite. Un mélange écœurant de désinfectant, de médicaments et de fleurs fanées. Hôpital. Le mot explose dans mon crâne embrumé, ramenant avec lui une vague de terreur pure. La route. Les phares. Le cri de William. Le choc. Le vide.Mon corps se réveille dans un sursaut de panique animale. Je tente de me redresser mais un poing de feu s'enfonce dans mon flanc droit

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    WilliamLa route est mouillée.C'est la première chose que je remarque quand je prends le volant. Une pluie fine est tombée toute la nuit, laissant le bitume luisant et traître. Les arbres du Surrey défilent derrière la vitre, silhouettes sombres sous le ciel gris de novembre.Clara est assise à ma gauche. Côté passager. Elle regarde par la fenêtre, le visage calme, presque serein. Elle porte une robe bleue — celle qu'elle aime, celle avec des petites fleurs brodées sur les manches. Elle a mis le pendentif que je lui ai offert hier. Je le vois briller contre sa peau, juste au-dessus de son cœur.— Tu es sûr qu'on fait le bon choix ? demande-t-elle.— On n'a pas le choix.— Ce n'est pas ce que je demande.Je tourne la tête vers elle. Ses yeux sont clairs, ce matin. D'un bleu presque transparent, comme de l'eau. Ils me fixent avec cette intensité qui me fait fondre depuis la première fois que je l'ai vue, il y a trois ans, dans la cour du lycée.— Oui, je suis sûr.— Même si ça veut di

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