Se connecterLe monstre que la mafia protégeait Résumé : Le nom de Kyrel Draxen est synonyme de terreur. Aucun chef mafieux n'ose le défier. Pourtant, il cache un secret : il ne dirige pas la mafia. C'est la mafia qui le protège. Lorsque Naelys Voren,une brillante avocate, accepte de défendre un homme accusé d'avoir tenté d'assassiner Kyrel, elle découvre que tous les témoins disparaissent mystérieusement. En cherchant la vérité, elle apprend que Kyrel est recherché depuis vingt-cinq ans pour un crime qu'il n'a jamais commis. Quelqu'un a construit sa légende de monstre pour masquer l'identité du véritable démon. Naelys devra choisir entre la justice qu'elle a juré de défendre... et l'homme dont elle est tombée amoureuse.
Voir plusChapitre 1
Naelys
La lumière du tribunal traverse les hautes fenêtres en lames dorées. Elle caresse mes épaules, souligne le tombé précis de ma veste bleu nuit. Aujourd'hui, cette lumière m'appartient.
Le silence qui suit le verdict est plus éloquent qu'une ovation. Les douze jurés viennent d'acquitter mon client, un homme que les journaux avaient pendu avant même l'ouverture du procès. Je ferme mon dossier d'un geste lent. Mes doigts ne tremblent pas. Pourtant, sous ma cage thoracique, mon cœur martèle un rythme primitif, cette adrénaline pure qui me fait sentir vivante.
— Maître Voren, souffle mon client, comment pourrais-je vous remercier ?
Je tourne vers lui un visage que je sais maîtriser comme une toile. Un demi-sourire, à peine assez pour rassurer.
— En vivant votre liberté, Monsieur Harlan. C'est le seul paiement que j'accepte.
Le couloir du palais est une jungle. Les journalistes se jettent sur moi, micros tendus comme des poignards. Mes talons claquent sur le marbre froid, une ponctuation militaire qui leur ordonne de dégager la voie. Je ne réponds pas. Chaque mot est une monnaie, et je ne dilapide pas ma fortune.
Au moment de franchir la grande porte de bronze, une ombre massive se décale du mur. L'homme est un bloc de granit. Son costume anthracite peine à contenir ses épaules. Une cicatrice ancienne traverse sa pommette gauche. Ses yeux, d'un brun presque noir, m'évaluent avec l'émotion d'un scanner de sécurité.
— Maître Voren. Ce n'est pas une question. C'est un constat.
Mes assistants se tendent. Je pose une main apaisante sur le bras du plus proche.
— Je n'accorde pas d'interview impromptue. Prenez rendez-vous avec mon cabinet.
Je tente de le contourner. Il ne bouge pas. Sa carrure bloque la moitié du couloir.
— Don Galvano souhaite vous parler. Maintenant.
Le nom claque dans l'air climatisé. Don Galvano. Le souverain fantôme de cette ville. Celui que mes confrères redoutent comme la peste. Mon estomac se serre, mais mon menton se relève. Je ne suis pas une proie.
— Je n'ai rien à dire à cet homme. Écartez-vous.
Le géant tourne les talons et marche vers une berline noire garée en double file devant les marches du tribunal. Les journalistes se sont tus. Ils observent, téléphones brandis, filmant ce moment où l'incorruptible Naelys Voren se fait apprivoiser. La chaleur me monte aux joues. Pas de honte. De la rage pure. Je ne peux pas fuir. Si je fuis, je leur donne raison. Alors je marche. Chaque pas est une déclaration de guerre silencieuse.
La berline est un cercueil capitonné de cuir noir. L'odeur du tabac froid imprègne les sièges. Assis en face de moi, Don Galvano est différent de l'image que je m'en faisais. Vieux, mais sa vieillesse est un affût. Cheveux poivre et sel coiffés en arrière, costume de lin crème. Ses yeux sont des hameçons. Sa présence me répugne.
— Maître Voren. L'ange de la défense. Votre réputation vous précède.
Sa voix est une soie déchirée. Il me détaille comme un amateur d'art examine une sculpture. Mes cheveux blonds relevés en chignon strict. Mon tailleur cintré. Mes doigts nus de toute alliance. Il enregistre tout.
— Les surnoms sont la vanité des journalistes. Que me voulez-vous ?
Il sourit, plus terrifiant qu'une grimace. Il sort un dossier en cuir qu'il pose entre nous sans l'ouvrir.
— J'ai une proposition. Un homme que la ville entière croit coupable. Un homme que vous allez défendre.
Je plante mes yeux dans les siens.
— Je ne travaille pas pour le crime organisé. Mon éthique me l'interdit.
Un rire éclate à l'avant. Les deux gardes du corps se moquent. L'humiliation change de nature. Ils ne me voient pas comme une menace. Juste un petit animal buté qui couine des principes dans une cage dorée.
— Votre éthique, répète Galvano en savourant le mot. Elle vous honore. C'est pour cela que je vous veux. Cet homme est le seul contre lequel ma puissance ne peut rien. Le seul pour lequel la justice doit être pure. Intouchable. Comme vous.
Il glisse le dossier vers moi. Mes doigts ne le touchent pas.
— Votre cabinet a accepté l'acompte. Vos associés, moins idéalistes que vous, ont trouvé la somme raisonnable.
Le coup porte en plein sternum. Mes associés. Ces chiens avides. Ils m'ont vendue. L'air se raréfie. Le parfum de lavande devient écœurant.
— Le client s'appelle Kyrel Draxen.
Ma nuque se glace. Le Monstre. La créature des bas-fonds qu'on dit insensible aux balles. Une légende urbaine faite chair. Pourtant, dans les yeux de Galvano, aucune terreur. Une lueur étrange. Du respect superstitieux.
— Il est accusé d'avoir massacré trois hommes au port. Les preuves sont accablantes. Les témoins unanimes. Mais vous, vous ne croirez pas ce que l'on vous dit. Vous croirez ce que vous découvrirez.
— Je ne suis pas un jouet. Je refuse votre argent, votre protégé, et votre monde de ténèbres. Je défends des innocents. Pas des monstres.
Je pose la main sur la poignée. Verrouillée. La panique est un cheval emballé dans ma poitrine. Je me force à inspirer.
— Il n'a pas besoin de vous pour gagner, murmure Galvano. Il pourrait faire tomber toutes les charges en un claquement de doigts. Je ne vous demande pas de le sauver de la prison. La prison ne peut pas le retenir. Je vous demande de le sauver de lui-même.
La portière se déverrouille avec un bruit mat.
— Sortez. Réfléchissez. Mais si vous refusez, vous resterez une idéaliste naïve, charmante, mais impuissante. Et quand le véritable mal frappera à votre porte, vous n'aurez plus d'armure. Juste votre éthique pour vous protéger.
Je sors. Mes jambes ne me portent plus. Je traverse la haie de journalistes comme une somnambule. Les flashes crépitent, me brûlent la rétine.
Au pied des marches, trois confrères m'attendent comme un jury d'exécution. Bouvier, le vieux renard. Sélène, la brune venimeuse. Et Malcom Firth, l'avocat vedette qui blanchit l'argent sale.
— Alors, Voren, lance Malcom assez fort pour être entendu de tous, on fraye avec la mafia maintenant ? Votre idéalisme tiendrait-il moins bien que votre robe ?
Le sourire de Sélène est un scalpel.
— Elle a compris que la pureté ne paie pas les factures. Dommage. Elle était si jolie dans son rôle de Jeanne d'Arc.
Mon visage s'enflamme. Mes poings se serrent. Les mots se bousculent dans ma gorge, des réparties cinglantes. Aucun ne sort. Je relève la tête. Je les regarde, un par un. Je grave leurs visages satisfaits dans ma mémoire. Puis je tourne les talons. Je ne pleurerai pas. Pas devant eux.
Ce n'est que dans ma voiture, les mains crispées sur le volant, que je laisse une larme unique, brûlante de rage, tracer un sillon sur ma joue. Le dossier de cuir noir, posé sur le siège passager, me fixe comme un œil ouvert sur les abysses.
Je ne sais pas encore que Kyrel Draxen m'a déjà vue. Que ma photo est entre ses mains. Et que mon refus vient d'allumer en lui une étincelle qu'aucune menace, aucun corps offert n'avaient su provoquer depuis vingt-cinq ans.
Chapitre 6KyrelLe rapport de Silas est posé sur mon bureau depuis ce matin. Je ne l'ai pas ouvert tout de suite. J'attendais d'être seul, la nuit tombée, les ombres revenues à leur place.Je le lis enfin. Trois noms. Trois hommes à qui on a donné l'ordre d'éliminer Naelys Voren avant qu'elle ne trouve certaines preuves. Des exécutants de bas étage, recrutés à la hâte, payés en liquide. Le commanditaire reste inconnu, mais le message est clair. Quelqu'un veut l'arrêter avant qu'elle n'approche de la vérité.La vérité. Celle qui dort depuis vingt-cinq ans sous des couches de sang et de silence.Je froisse le rapport dans mon poing. La colère est une bête qui se réveille dans ma poitrine, une bête que je croyais domptée. Elle ne l'est pas. Elle attendait juste une raison de rugir.— Silas.Il émerge de l'ombre de la bibliothèque où il se tenait, silencieux comme toujours.— Les trois hommes ?— Localisés. Deux ont déjà quitté la ville après avoir appris qu'on s'intéressait à eux. Le tr
Chapitre 5NaelysLa prison sent la sueur, l'eau de Javel et le désespoir. Les néons blafards projettent une lumière d'hôpital sur les murs gris. Le gardien qui m'escorte m'observe du coin de l'œil, curieux, méfiant.— C'est la première fois qu'on lui envoie quelqu'un, grogne-t-il. Le gars, il est fini.Je ne réponds pas. Il m'ouvre la porte du parloir et s'efface.Mon client s'appelle Marcus Rell. Trente-deux ans, ouvrier portuaire, casier vierge jusqu'à la semaine dernière. Jusqu'à ce qu'il soit arrêté avec un fusil à lunette pointé vers la voiture de Kyrel Draxen. Jusqu'à ce qu'il avoue sans résistance.Il est assis derrière la vitre blindée, menottes aux poignets. Un visage maigre, des cernes violets, des doigts qui tremblent. Il ne ressemble pas à un tueur. Il ressemble à un homme qui n'a pas dormi depuis des années.— Monsieur Rell, je suis Maître Voren, votre avocate.Il relève la tête. Ses yeux s'accrochent aux miens. Ce ne sont pas les yeux d'un fanatique. Ce sont les yeux d'
Chapitre 4KyrelElle ne tremble pas.C'est la première chose que je remarque. La seule qui compte.Elle traverse l'entrepôt vers moi, et chacun de ses pas est une déclaration de guerre silencieuse. Ses talons frappent le béton comme les secondes d'un compte à rebours. Son dos est droit, son menton relevé, ses épaules ouvertes. Elle n'a pas peur. Ou plutôt, elle a peur, je le devine à la tension de sa nuque, à la pulsation rapide qui bat sous sa peau fine, mais elle transforme cette peur en défi. Elle la brûle comme un carburant.Aucune femme n'est entrée ici de cette façon. Aucun homme non plus. Mes visiteurs courbent l'échine, négocient leur terreur, supplient des yeux. Elle, non. Elle s'arrête devant la table, pose son dossier, et me fixe. Droit dans les yeux. Sans ciller.La lumière de la lampe éclaire enfin son visage. Des pommettes hautes, une bouche ferme, des yeux d'un bleu acier qui ne se détournent pas. Ses cheveux blonds sont relevés en un chignon strict qui tente de brider
Chapitre 3NaelysTrois jours que je n'ai pas dormi sans voir son nom. Kyrel Draxen. Il s'insinue dans mes nuits comme un poison, contamine l'air que je respire.Ce matin, mes associés m'ont convoquée dans la salle de réunion vitrée, ce bocal où les requins nagent en costume trois pièces. Lefèvre, l'associé principal, n'a pas pris de gants.— Tu prends le dossier Draxen, Naelys. Ou tu rends ta plaque.Pas de négociation. Mon éthique contre ma carrière. J'ai signé.Maintenant, je suis ici. Dans le quartier contrôlé par la mafia. Un territoire où les rues portent des noms de familles plus anciennes que la police, où les regards pèsent plus lourd que les armes. Le crépuscule saigne sur les façades de briques noircies. L'air sent l'essence, la rouille, et quelque chose de plus âcre que je préfère ne pas identifier.Ma berline allemande, trop propre pour ce décor, attire les regards comme un diamant dans une poubelle. Je me gare devant l'entrepôt indiqué dans le dossier, une cathédrale ind
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