MasukChapitre 3 , Le Voisin Silencieux
Les premiers jours passèrent plus vite qu’Annabelle ne l’avait imaginé.Entre les cours, les révisions et le temps nécessaire pour s’habituer à son nouvel appartement, elle n’avait presque pas eu une minute à elle.La résidence Beaumont était aussi calme qu’élégante.Les résidents se croisaient dans les couloirs avec politesse, mais les conversations ne duraient jamais très longtemps.Chacun semblait vivre dans son propre monde.Annabelle appréciait cette tranquillité.Pour la première fois depuis longtemps, elle pouvait étudier sans entendre les voisins se disputer ou la circulation sous ses fenêtres.Un soir, après avoir passé plusieurs heures plongée dans un manuel de droit pénal, elle réalisa qu’elle n’avait plus rien à manger.
Elle enfila une veste et descendit jusqu’à la supérette située au rez-de-chaussée de la résidence.En revenant quelques minutes plus tard, les bras chargés de quelques sacs, elle appuya sur le bouton de l’ascenseur.Les portes s’ouvrirent presque aussitôt.Au moment où elle allait entrer, une main retint discrètement la porte.Elle leva les yeux.C’était lui.Le voisin de l’appartement 805.Il portait un pantalon noir, une chemise bleu foncé parfaitement repassée et une montre dont la sobriété trahissait sans doute un prix exorbitant.
Son visage était encore plus impressionnant que lors de leur brève rencontre dans le couloir.
Des traits parfaitement dessinés.
Des yeux sombres qui semblaient observer le moindre détail.
Une expression calme, presque impénétrable.
Il fit un léger signe de tête.
– Après vous.
– Merci.
Annabelle entra dans l’ascenseur.
Quelques secondes plus tard, les portes se refermèrent.
Le silence s’installa immédiatement.
Elle sentit malgré elle une légère gêne.
L’homme semblait parfaitement à l’aise, les mains dans les poches de son manteau.
Lorsque l’ascenseur s’arrêta au huitième étage, ils sortirent en même temps.
Ils avancèrent côte à côte dans le couloir.
Finalement, Annabelle décida de rompre le silence.
– Nous sommes voisins, je crois.
Il tourna légèrement la tête vers elle.
– En effet.
Sa voix était grave et étonnamment posée.
– Je m’appelle Annabelle.
Pendant une fraction de seconde, elle eut l’impression qu’une lueur traversait son regard.
Très vite, son visage retrouva son calme habituel.
Il tendit la main.
– Olivier Beaumont.
Annabelle la serra.
Sa poignée de main était ferme, mais brève.
– Enchantée.
– Moi de même.
Ils continuèrent à marcher.
Une fois devant leurs appartements respectifs, Annabelle sortit sa carte magnétique.
– Vous habitez ici depuis longtemps ?
– Quelques années.
– J’imagine que vous devez connaître tous les habitants.
– Pas vraiment.
Sa réponse était courte.
Sans froideur.
Simplement… distante.
Annabelle sourit légèrement.
– Vous n’êtes pas très bavard.
À sa grande surprise, un très léger sourire apparut au coin des lèvres d’Olivier.
– C’est ce qu’on me reproche souvent.
Cette réponse arracha un petit rire à Annabelle.
L’atmosphère sembla aussitôt moins pesante.
– Je suppose que je finirai par m’y habituer.
– Peut-être.
Elle ouvrit la porte de son appartement.
Avant d’entrer, elle se retourna.
– Bonne soirée, monsieur Beaumont.
– Olivier suffira.
– Dans ce cas… bonne soirée, Olivier.
– Bonne soirée, Annabelle.
Elle resta figée une seconde.
Elle ne lui avait jamais dit son prénom.
Elle était pourtant certaine de s’être présentée quelques instants plus tôt.
Elle fronça les sourcils.
Non…
Elle avait seulement dit qu’elle s’appelait Annabelle.
Peut-être l’avait-il simplement retenu.
Elle referma la porte sans y penser davantage.
Le lendemain, après les cours, elle retrouva Clara dans un café près de l’université.
À peine assise, son amie lui lança un regard malicieux.
– Alors ?
– Alors quoi ?
– Le voisin mystérieux.
Annabelle leva les yeux au ciel.
– Tu n’abandonneras jamais cette histoire ?
– Certainement pas.
Annabelle finit par sourire.
– Je lui ai parlé.
Clara se pencha aussitôt au-dessus de la table.
– Et ?
– Il s’appelle Olivier Beaumont.
– Il est gentil ?
– Je crois.
– Tu crois ou tu sais ?
– Disons qu’il est très… réservé.
Clara éclata de rire.
– Donc il est beau.
– Je n’ai jamais dit ça.
– Tu n’avais pas besoin de le dire.
Annabelle secoua la tête en riant.
– Tu imagines toujours le pire.
– Ou le meilleur.
En fin d’après-midi, Annabelle rentra à la résidence.
En passant devant le bureau du concierge, celui-ci l’interpella.
– Mademoiselle Delcourt.
Elle s’approcha.
– Oui ?
– Un colis est arrivé pour vous.
Annabelle regarda le petit paquet posé sur le comptoir.
– Je n’ai pourtant rien commandé.
– C’est bien à votre nom.
Elle signa le registre avant de remonter chez elle.Une fois dans son appartement, elle ouvrit soigneusement le paquet.À l’intérieur se trouvait un livre relié de cuir.Le même ouvrage qu’elle avait cherché pendant plusieurs semaines à la bibliothèque sans jamais réussir à le trouver.Les Grands Principes du Droit Civil Comparé.Son souffle se coupa.Comment était-ce possible ?Aucun mot.Aucune carte.Aucun nom d’expéditeur.Seulement ce livre.Elle le feuilleta lentement.Une feuille pliée glissa entre les pages.Annabelle la ramassa.Une seule phrase y était écrite.
Tu en auras besoin très bientôt.Son cœur accéléra.Qui pouvait lui envoyer un livre aussi précis ?Et surtout…Comment cette personne savait-elle exactement celui qu’elle recherchait depuis des semaines ?Instinctivement, Annabelle leva les yeux vers le mur séparant son appartement de celui d’Olivier Beaumont.Pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, elle ne pouvait s’empêcher de penser à son mystérieux voisin.
A SUIVRE
Chapitre 6 ,Les QuestionsLa petite clé argentée resta plusieurs minutes dans la paume d’Annabelle. Elle l’observait sous tous les angles. Aucun numéro. Aucune inscription. Aucun indice sur ce qu’elle pouvait ouvrir.Elle la posa sur la table du salon avant de reprendre le morceau de papier.– Tu en auras bientôt besoin.Toujours cette même façon de lui parler. Comme si quelqu’un connaissait déjà son avenir. Comme si chaque événement était prévu à l’avance.Elle sentit un frisson lui parcourir le dos.Depuis son arrivée à la résidence, tout semblait parfaitement orchestré. Le message anonyme. Le livre. Les lettres. L’accident. Et maintenant cette clé. Elle attrapa son téléphone.Son premier réflexe fut d’appeler Clara.– Allô ?– Tu es rentrée ?– Oui.Clara sembla immédiatement remarquer que quelque chose n’allait pas.– Qu’est-ce qui s’est passé ?Annabelle lui raconta tout. La voiture. Olivier. La clé.Le silence s’installa quelques secondes.– Tu crois que quelqu’un te fait une mauva
Chapitre 5 – L’AccidentAnnabelle dormit mal.L’enveloppe anonyme était restée posée sur sa table de chevet toute la nuit. Elle l’avait relue des dizaines de fois.Fermez toujours vos rideaux après la tombée de la nuit. Ce n’était pas une menace. Ce n’était pas non plus un conseil ordinaire. Quelqu’un avait vu que ses rideaux étaient restés ouverts. Quelqu’un observait son appartement. Au petit matin, elle glissa la lettre dans un tiroir. Elle refusait de laisser la peur prendre le dessus. Après tout, rien de réellement grave ne s’était produit. Elle attrapa son sac et quitta la résidence. Comme chaque jour, le concierge lui adressa un sourire.— Bonjour, mademoiselle Delcourt.— Bonjour, monsieur Laurent.— Passez une excellente journée.— Merci, vous aussi.En sortant, Annabelle prit la direction de l’arrêt de bus.Les rues étaient déjà très animées. Des voitures défilaient sans interruption. Des étudiants marchaient par petits groupes en riant. L’atmosphère lui parut suffisamment nor
Chapitre 4 – Les Premières ÉtrangetésAnnabelle passa une grande partie de la nuit à réfléchir au mystérieux colis. Le livre était exactement celui qu’elle cherchait depuis plusieurs semaines. Il était pratiquement introuvable à la bibliothèque de l’université et les rares exemplaires vendus sur Internet coûtaient une petite fortune.Elle le reprit entre ses mains. Aucune dédicace. Aucun nom. Aucune facture. Rien ne permettait d’identifier l’expéditeur.Elle finit par poser l’ouvrage sur son bureau. Une explication logique existait forcément.Peut-être que la fondation qui finançait ses études avait voulu lui faire un cadeau de bienvenue. Même si cette attention lui semblait particulièrement… ciblée.Le lendemain matin, avant de partir en cours, elle glissa le livre dans son sac. En passant devant le bureau du concierge, elle s’arrêta quelques instants.— Bonjour, monsieur Laurent.Le vieil homme leva la tête de son ordinateur.— Bonjour, mademoiselle Delcourt.Annabelle posa le livre su
Chapitre 3 , Le Voisin SilencieuxLes premiers jours passèrent plus vite qu’Annabelle ne l’avait imaginé.Entre les cours, les révisions et le temps nécessaire pour s’habituer à son nouvel appartement, elle n’avait presque pas eu une minute à elle.La résidence Beaumont était aussi calme qu’élégante.Les résidents se croisaient dans les couloirs avec politesse, mais les conversations ne duraient jamais très longtemps.Chacun semblait vivre dans son propre monde.Annabelle appréciait cette tranquillité.Pour la première fois depuis longtemps, elle pouvait étudier sans entendre les voisins se disputer ou la circulation sous ses fenêtres.Un soir, après avoir passé plusieurs heures plongée dans un manuel de droit pénal, elle réalisa qu’elle n’avait plus rien à manger.Elle enfila une veste et descendit jusqu’à la supérette située au rez-de-chaussée de la résidence.En revenant quelques minutes plus tard, les bras chargés de quelques sacs, elle appuya sur le bouton de l’ascenseur.Les portes s’ouv
Chapitre 2 , La Résidence BeaumontLe lendemain matin, Annabelle Delcourt remit sa réponse à l’administration de l’université.Elle avait passé une bonne partie de la nuit à peser le pour et le contre. Cette proposition lui semblait toujours aussi étrange, mais une occasion pareille ne se représenterait probablement jamais.Elle avait finalement signé les documents. En sortant du bâtiment administratif, une employée la rattrapa dans le couloir.– Mademoiselle Delcourt.Annabelle se retourna.– Oui ?La jeune femme lui tendit une enveloppe épaisse.– Voici les derniers documents concernant votre installation. Tout est déjà organisé. Vous n’aurez qu’à vous présenter à l’adresse indiquée demain matin. Le concierge vous remettra les clés.– C’est aussi rapide ?– La résidence est prête à vous accueillir.Annabelle prit l’enveloppe.– Merci.Elle continua son chemin, de plus en plus intriguée.Tout semblait avoir été préparé bien avant qu’elle accepte la proposition.Comme si personne n’avai
Chapitre 1 –, Une Opportunité InespéréeLa pluie s’abattait sur le campus depuis le début de l’après-midi. Les étudiants traversaient la cour en courant, cherchant à s’abriter sous les auvents des bâtiments. Au milieu de cette agitation, Annabelle Delcourt avançait d’un pas rapide, un épais manuel de droit serré contre sa poitrine.Elle venait de passer près de cinq heures à la bibliothèque. Les examens approchaient à grands pas et elle ne pouvait pas se permettre de perdre du temps. Chaque bonne note la rapprochait un peu plus de son objectif.Depuis son entrée à l’université, elle s’était promis une chose : réussir par ses propres moyens.Sa mère faisait déjà assez de sacrifices pour elle. Il était hors de question qu’elle lui demande davantage.Alors qu’elle descendait les marches du bâtiment principal, son téléphone vibra dans la poche de son manteau.Elle s’arrêta sous un porche pour consulter la notification.Un courriel de l’administration.Elle ouvrit aussitôt le message.Made







