LOGIN“Liam”Assis dans la voiture, je vois Edward se rapprocher de la maison qui nous a été indiqué. Il sonne une fois et c’est une femme qui ne ressemble pas du tout à Ava qui ouvre la porte. Surpris et voyant que la dame n’était pas accueillante, je décide de sortir de la voiture et de les rejoindre. — Elle n’est pas là dit-elle sur un ton méfiant. — Je ne lui veux aucun mal. Liam la cherche depuis des mois. Il a juste besoin de savoir qu’elle va bien dit-il sur un ton rassurant et en me pointant du doigt.La femme m’observe un long moment, visiblement partagée entre la loyauté envers son amie et quelque chose dans mon regard qui semble, peut-être, la convaincre.— Elle travaille dans un café, finit-elle par lâcher, à contrecœur. Rue Whitfield. Mais si vous lui faites du mal, je jure que…— Je comprends, dis-je, sincèrement. Merci.Le trajet jusqu’à la rue Whitfield se fait dans un silence pesant. Je ne dis rien, j’ai les mains crispées sur mes genoux, avec le regard perdu dans le vide
“Ava”Les jours suivants, je me force à ralentir mon rythme, à dormir davantage, à manger plus régulièrement. Je me sens même légèrement mieux, mon corps se remet doucement. Je continue ma routine tranquillement. Travail-maison-dodo.Je viens de terminer ma journée et m’apprête à me coucher quand soudain une douleur sourde commence à poindre dans le bas de mon ventre. Je me dis d’abord que j’ai mal digéré les pattes que j’ai pris. Mais la douleur s’intensifie rapidement, par vagues de plus en plus rapprochées, jusqu’à me couper le souffle complètement.Une gastro, je me dis, pliée en deux sur le canapé, une main crispée contre mon ventre. Ce doit être une gastro, rien de plus. Mais la douleur devient de plus en plus intense. Je me traîne jusqu’à la salle de bain, m’accroche au lavabo, le front couvert de sueur froide. Dans le miroir, mon reflet est méconnaissable — les traits creusés, les lèvres presque blanches. La douleur revient, encore, plus forte.Je frappe à la porte de ma coloc
“Liam”Ça fait trois jours qu’Ava ne répond à aucun de mes appels. Trois jours que je fixe cet écran, espérant les trois petits points qui ne viennent jamais.Je ne supporte pas cette situation et ce n’est que maintenant que je me rend compte que je ne connais véritablement rien d’elle à part sa mère dont elle me parle rarement et qui vit dans une autre ville. Je lui envoie un dernier message, plus désespéré que les précédents : Ava, je t’en supplie. Peu importe ce qui s’est passé, j’ai juste besoin de comprendre. Réponds-moi.Le message reste marqué comme envoyé. Jamais lu.Mon téléphone vibre. Pas Ava. Edward.« On doit se reparler. J’ai un mauvais pressentiment sur ces vidéos. »“Liam”Ça fait trois jours qu’Ava ne répond à aucun de mes appels. Trois jours que je fixe cet écran, espérant les trois petits points qui ne viennent jamais.Je ne supporte pas cette situation et ce n’est que maintenant que je me rend compte que je ne connais véritablement rien d’elle à part sa mère dont
“Edward”Liam m’ouvre la porte avant même que j’aie fini de sonner. C'est comme s’il guettait ma voiture depuis la fenêtre depuis des heures. Son visage me dit tout ce que je dois savoir sur ses trois derniers jours : les cernes creusés, la barbe naissante qu’il ne prend visiblement plus la peine de raser, ce regard vide de quelqu’un qui n’a pas dormi correctement depuis le gala.— Alors ? demande-t-il, sans même me laisser entrer complètement.— Laisse-moi au moins passer la porte, Liam.Il s’écarte, referme derrière moi avec une brusquerie qui trahit sa nervosité. Le salon est dans un désordre inhabituel pour lui — verres vides, dossiers étalés, on sent directement quelqu'un qui a passé ses journées à tourner en rond plutôt qu’à vivre normalement.Je sors la clé USB de ma poche, la pose sur la table basse entre nous. Elle paraît presque dérisoire, ce petit objet, pour tout le poids qu’elle transporte.— J’ai obtenu les images de sécurité de l’hôtel. La nuit du gala.Liam se fige, le
“Edward Whitman”L’hôtel Méridien n’est pas du genre à livrer facilement ses secrets. Il m’aura fallu deux jours, trois appels bien placés et une carte de visite qui ouvre encore quelques portes dans ce milieu pour obtenir un rendez-vous avec le responsable de la sécurité.Ma première demande, je la fais dans les règles.Un appel officiel à la direction de l’hôtel Meridian, carte professionnelle à l’appui, motif détaillé : vérification dans le cadre d’une enquête privée mandatée par un client. Rien d’illégal, rien de menaçant. Juste une demande simple, presque banale dans mon métier.La réponse tombe deux heures plus tard, sèche et sans appel :— Je suis désolée, monsieur Whitman, mais nous ne communiquons aucune vidéo de vidéosurveillance sans réquisition judiciaire, m’informe une voix polie mais inflexible au téléphone. C’est notre politique de confidentialité, pour la protection de nos clients.Je m’y attendais, sans vraiment m’y attendre. Les grands hôtels comme le Meridian protèg
“Edward”Le coup de feu claque, sec, et je ne bouge pas d’un cil.— Trop lente, dit Sarah en abaissant son arme d’entraînement, un sourire satisfait aux lèvres. Tu réagis à peine plus vite qu’un de tes clients en fuite.— Je t’observais surtout te tromper de posture, dis-je en désignant ses pieds trop rapprochés. Tu perds ton équilibre sur un deuxième tir.Elle lève les yeux au ciel, mais corrige sa position sans discuter car elle sait que j’ai raison, même si elle ne l’admettra jamais à voix haute.Ce genre de dimanche matin résume assez bien ma vie, ces dernières années. Réveil tôt, sans réveil — mon corps ne sait plus faire la grasse matinée, même quand rien ne l’exige. Une heure au sous-sol, entre les cibles et les dossiers que je ne devrais pas ramener à la maison mais que je ramène quand même. Puis le travail, encore, jusqu’à ce que Sarah m’arrache littéralement de mon bureau pour qu’on dîne ensemble, à une heure décente, comme des gens normaux.Mes amis d’université me charrien







