Le soleil se leva sur Bonapriso comme il l’avait toujours fait : sans pitié, sans compromis, inondant de lumière crue une cour qui n’était plus qu’un champ de ruines et de souvenirs. La boue rouge, gorgée de sang, avait pris une teinte presque noire sous les premiers rayons. Des corps gisaient encore çà et là, certains recouverts de pagnes par les survivants. L’air était lourd, chargé d’une odeur métallique, de chair brûlée, de bois calciné et de cette terre mouillée qui avait tout vu, tout bu, tout gardé.Oxane était assise dans la boue, le corps de Ngaba serré contre elle. Ses bras tremblaient autour de lui, comme si elle pouvait encore le retenir, comme si sa chaleur pouvait le ramener. Kofi était blotti entre eux, le visage enfoui dans la poitrine immobile de son père, ses petites épaules secouées de sanglots silencieux.Le temps semblait s’être arrêté.Shana, adossée au manguier, une main pressée sur son ventre bandé à la hâte, pleurait sans bruit. Se
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