LéandreL'atelier sent la térébenthine, la cire d'abeille et la poussière. La grande baie vitrée est ouverte sur la nuit, laissant entrer l'air froid et le bruit lointain de la ville. Je suis au milieu de la pièce, cerné par mes toiles, mes fantômes. L'Homme de Marbre a été décroché du hall ce matin, renvoyé chez moi comme un colis encombrant. Il est là, posé contre le mur du fond, recouvert d'un drap blanc. Mais je ne le regarde pas. Je tiens dans mes mains un objet infiniment plus précieux.Un pinceau.Un pinceau ancien, hérité de mon grand-père maternel, le seul peintre de la famille avant moi. Un pinceau en martre Kolinsky, à la hampe en bois d'ébène poli par des décennies d'usage, à la virole en argent ciselé. La pointe est encore parfaite, fine comme une aiguille, capable de tracer le trait le plus délicat, le détail le plus infime. Mon grand-père l'appelait « l'Âme du Geste ». Il disait que ce pinceau ne peignait pas la surface, mais la vé
Last Updated : 2026-06-28 Read more