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CHAPITRE 9 – L’hôpital

Author: L'encre
last update publish date: 2026-06-02 19:42:48

Le blanc.

C’est la première chose qu’elle vit. Un blanc immense, aveuglant, qui lui brûlait les yeux comme si elle ne s’en était jamais servie. Elle cligna plusieurs fois, lentement, péniblement. Le blanc resta. Il était partout. Le plafond, les murs, les draps qui recouvraient son corps. Même la lumière qui entrait par la fenêtre était blanche, froide, stérile, une lumière qui ne réchauffait rien.

L’odeur. C’est la deuxième chose qu’elle identifia. Cette odeur âcre, piquante, désagréable, qui prenait à la gorge et refusait de s’en aller. Un mélange d’alcool, de javel, de médicaments amers et de quelque chose d’autre, de plus sournois, qu’on ne nommait pas. L’odeur des hôpitaux, des maladies, des fins qui traînent en longueur.

Lyra était allongée sur un lit trop dur, trop étroit, les bras posés le long du corps. Elle essaya de bouger la main gauche. Ses doigts remuèrent faiblement. Elle essaya la droite. Une douleur fulgurante lui traversa l’avant-bras jusqu’à l’épaule, lui arrachant un hoquet. Elle baissa les yeux. Son bras était prisonnier d’une gangue de plâtre blanc qui montait du poignet jusqu’au coude, lisse, impersonnel. Dessus, quelqu’un avait déjà écrit quelque chose au marqueur noir, une écriture qu’elle ne reconnut pas, des mots qui n’avaient aucun sens.

Elle tourna la tête. Le mouvement était difficile, raide, comme si les muscles de son cou étaient rouillés. Une fenêtre, un store à moitié baissé, un arbre dehors dont les branches griffaient la vitre. Une chaise vide contre le mur. Une perfusion plantée dans le dos de sa main, reliée à une poche de liquide transparent qui pendait d’un crochet métallique. Des fils, des tubes, des machines qui émettaient de petits bips réguliers, monotones, agaçants. Un écran avec des courbes vertes qui dansaient, des chiffres qui clignotaient.

Un hôpital. Elle était dans un hôpital.

Elle referma les yeux. Les rouvrit. L’hôpital était toujours là. Ce n’était pas un rêve. Les rêves ne sentaient pas la javel, les rêves ne faisaient pas mal, les rêves n’avaient pas cette texture de réel qui vous prenait à la gorge et refusait de lâcher.

Elle essaya de se souvenir.

La voiture. La pluie. Le phare aveuglant. Le bruit. Le verre. Le sang. Son père, immobile, le visage détruit, les yeux ouverts qui ne la voyaient pas. Sa mère, disparue, envolée, volatilisée dans la nuit et l’orage. Et cette voix, cette voix inconnue de femme, pressante, qui criait quelque chose qu’elle ne comprenait pas.

— Mademoiselle Vance ?

Lyra sursauta. La voix venait de la porte, une voix d’homme, calme, professionnelle, avec ce timbre un peu nasillard qu’ont les gens qui répètent les mêmes phrases toute la journée. Elle tourna la tête – le cou protesta, mais céda – et vit un homme en blouse blanche qui se tenait sur le seuil de la chambre.

Il était grand, mince, les cheveux gris et rares, des lunettes cerclées de métal qui glissaient sur un nez étroit. Une barbe de trois jours, grise elle aussi, qui lui donnait l'air fatigué. Il tenait une tablette à la main, une de ces tablettes tactiles qui remplaçaient les vieux dossiers en carton, et il la regardait par-dessus ses lunettes avec une expression étrange.

Pas de la compassion. Pas de l'inquiétude. Un autre a choisi. Quelqu'un a choisi qu'elle n'arrivait pas à nommer, mais qui la mit mal à l'aise immédiatement.

— Je suis le docteur Harlan, dit-il en entrant dans la chambre sans y être invité. Comment vous sentez-vous ?

Lyra ouvre la bouche pour répondre. Aucun son ne sort. Sa gorge était sèche, râpeuse, comme si elle avait avalé du sable. Elle déglutit péniblement, essai de nouveau.

— Soif.

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