LOGINLe Réveil de Camille
Yamal se tenait immobile devant la porte de la chambre d'hôpital, son cœur battant d'une manière qu'il n'avait jamais expérimentée auparavant.
« Tu es prêt ? » demanda Gabriel à ses côtés.
« Je ne sais pas, » admit Yamal, une honnêteté rare dans sa voix. « Trois ans que j'attends ce moment, et maintenant que je suis là, je ne sais pas ce que je ressens. »
« Ton loup semble savoir, lui, » observa Gabriel.
Yamal poussa finalement la porte, entrant dans la chambre faiblement éclairée où Camille reposait, ses yeux à peine ouverts, encore désorientée par son long sommeil.
« Camille, » dit Yamal doucement, s'approchant du lit.
Elle tourna la tête vers lui, et immédiatement, Yamal sentit son loup se précipiter vers la surface avec une intensité qui le fit presque chanceler.
« Qui... » commença Camille faiblement, sa voix rauque après des années de silence.
« Je suis Yamal, » dit-il. « L'Alpha de la meute du Nord. »
Une lueur de reconnaissance traversa le regard de Camille. « Yamal, » répéta-t-elle doucement, comme si le nom lui-même réveillait quelque chose de profondément enfoui en elle. « Je me souviens de toi. »
« Tu te souviens ? » demanda Yamal, surpris.
« Le rituel, » dit Camille. « Juste avant l'accident. Je me souviens de tes yeux. »
Yamal sentit son loup rugir intérieurement d'une reconnaissance si puissante qu'il dut serrer les poings pour se contrôler. « C'est exactement ce que je ressens en ce moment, » dit-il, sa propre voix trahissant un trouble profond.
« Où suis-je ? » demanda Camille, ses yeux parcourant la pièce avec confusion. « Combien de temps... »
« Trois ans, » dit Yamal doucement. « Tu as été dans le coma pendant trois ans, Camille. »
Le choc traversa son visage. « Trois ans, » répéta-t-elle, incrédule. « Mais alors... le mariage. Le rituel n'a jamais pu être complété. »
Yamal hésita, ne sachant pas comment aborder ce sujet délicat. « Non, » admit-il finalement. « Il n'a jamais pu être complété avec toi. »
« Avec moi, » répéta Camille, remarquant immédiatement la formulation particulière. « Qu'est-ce que cela signifie ? »
« Ta sœur, » dit Yamal lentement. « Marie a pris ta place pour préserver l'alliance entre nos clans. Nous sommes mariés depuis trois ans. »
Camille resta silencieuse un long moment, digérant cette information. « Marie, » dit-elle finalement, une émotion complexe traversant son visage. « Elle a toujours été la plus courageuse d'entre nous. »
« Elle a fait un sacrifice immense, » dit Yamal, sentant une pointe de culpabilité inattendue face à ces mots.
« Et toi ? » demanda Camille directement. « Que ressens-tu pour elle, après trois ans de mariage ? »
La question resta suspendue dans l'air, Yamal luttant visiblement pour trouver une réponse honnête. « Je... je ne sais pas comment répondre à cela, » admit-il finalement.
« Mais tu sais ce que tu ressens en ce moment, avec moi, » dit Camille doucement, une compréhension particulière dans sa voix. « N'est-ce pas ? »
Yamal ne répondit pas immédiatement, mais son silence lui-même était une réponse suffisante.
À ce moment précis, la porte s'ouvrit, et Marie entra dans la chambre, ayant finalement rassemblé le courage nécessaire pour affronter cette confrontation qu'elle redoutait tant.
« Marie, » dit Camille, ses yeux s'illuminant immédiatement à la vue de sa sœur. « Tu es venue. »
« Bien sûr que je suis venue, » dit Marie, s'approchant du lit, essayant désespérément de masquer le tumulte intérieur qui la consumait. « Comment te sens-tu ? »
« Confuse, » admit Camille. « Et j'apprends beaucoup de choses en très peu de temps. »
Marie échangea un regard rapide avec Yamal, cherchant à évaluer ce qui s'était dit avant son arrivée. « Quel genre de choses ? »
« Que tu as pris ma place, » dit Camille doucement. « Que tu es mariée à Yamal depuis trois ans. Marie, pourquoi ne m'as-tu jamais... »
« Tu étais dans le coma, » interrompit Marie. « Il n'y avait personne à qui expliquer quoi que ce soit. »
« Mais maintenant je suis réveillée, » dit Camille, « et je sens quelque chose d'étrange entre Yamal et moi. Quelque chose que je ne peux pas expliquer. »
Marie sentit son cœur se briser un peu plus à chaque mot. « La reconnaissance du lien, » dit-elle d'une voix tendue. « Ton loup... enfin, celui de Yamal, te reconnaît comme sa véritable compagne destinée. »
« Comment le sais-tu ? » demanda Camille.
« Parce que Gabriel me l'a dit, » dit Marie. « Et parce que je peux le voir sur son visage, en ce moment même. »
Yamal détourna le regard, incapable de soutenir les yeux accusateurs de Marie. « Marie, je... »
« Ne dis rien, » coupa-t-elle de nouveau, la même phrase qu'elle avait prononcée quelques heures plus tôt dans le salon du manoir. « S'il te plaît. »
Un silence tendu s'installa dans la chambre, chacun des trois personnes présentes luttant avec des émotions contradictoires.
« Je devrais peut-être vous laisser seuls, » dit finalement Marie, sa voix se brisant légèrement. « Pour que vous puissiez... vous retrouver. »
« Marie, attends, » dit Camille, une inquiétude sincère dans la voix. « Ce n'est pas ce que je veux. »
« Ce que tu veux n'a pas vraiment d'importance ici, » dit Marie avec une amertume qu'elle ne put dissimuler. « C'est ce que le destin a décidé qui compte, apparemment. »
Elle se dirigea vers la porte, mais avant de sortir, elle se retourna une dernière fois vers Yamal. « J'ai besoin de temps pour réfléchir, » dit-elle. « Ne me cherche pas ce soir. »
Sans attendre de réponse, elle quitta la chambre, laissant derrière elle un silence pesant que ni Yamal ni Camille ne semblaient capables de rompre.
Camille regarda la porte se refermer, puis se tourna vers Yamal avec une expression sérieuse malgré sa faiblesse persistante. « Tu dois aller la voir, » dit-elle.
« Quoi ? » demanda Yamal, surpris par cette réaction inattendue.
« Marie, » dit Camille. « Tu dois aller la voir, t'assurer qu'elle va bien. »
« Mais toi... » commença Yamal.
« Je viens à peine de me réveiller d'un coma de trois ans, » dit Camille avec un faible sourire. « Je ne vais nulle part. Mais ma sœur vient peut-être de voir sa vie entière s'effondrer en l'espace d'une heure. Elle a besoin de toi bien plus que moi en ce moment. »
Yamal la regarda avec surprise. « Tu es étonnamment généreuse, pour quelqu'un qui vient d'apprendre que son propre destin lui a été... substitué. »
« Je ne connais pas encore les détails de ce qui s'est passé pendant ces trois années, » dit Camille. « Mais je connais ma sœur. Si elle a accepté de prendre ma place, ce n'était certainement pas par intérêt personnel. Elle l'a fait par amour pour moi, pour notre famille, pour cette alliance. Elle mérite au moins d'être traitée avec considération, maintenant que je suis de retour. »
« Tu sembles très sage, pour quelqu'un qui était inconsciente il y a encore quelques heures, » dit Yamal, un début de sourire apparaissant malgré la gravité de la situation.
« J'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, apparemment, » dit Camille avec un humour fragile. « Même si je ne me souviens de rien pendant ces trois années. »
Gabriel, qui était resté silencieux dans un coin de la chambre, s'avança finalement. « Je vais rester avec Camille, » dit-il à Yamal. « Va voir Marie. »
Yamal hésita encore un moment, tiraillé entre l'attraction indéniable qu'il ressentait envers Camille et l'inquiétude sincère qu'il commençait à ressentir pour Marie. « Merci, » dit-il finalement à Gabriel, avant de se tourner vers Camille. « Je reviendrai demain. »
« Prends soin d'elle, » dit Camille doucement. « Peu importe ce que ton loup ressent envers moi, Marie mérite ta considération après tout ce qu'elle a probablement enduré. »
Yamal quitta la chambre, son esprit tourbillonnant d'émotions contradictoires. Dans le couloir, il chercha immédiatement Marie du regard, s'attendant à la trouver quelque part près de la sortie, mais elle avait déjà disparu.
« Gabriel, » appela-t-il, se retournant vers la chambre. « As-tu vu où Marie... »
Il s'arrêta net en apercevant la scène devant lui : Gabriel agenouillé dans le couloir, tenant Marie inconsciente contre lui, son visage marqué par une panique grandissante.
« Marie ! » Yamal se précipita vers eux, son cœur s'arrêtant presque à la vue de son épouse sans connaissance.
« Elle s'est effondrée, » dit Gabriel rapidement. « Juste après être sortie de la chambre. Elle parlait de quelque chose... un pendentif qui devenait lourd. »
« Un pendentif ? » répéta Yamal, confus, avant de remarquer effectivement le bijou de lune scintillant faiblement contre la peau pâle de Marie.
« Il faut l'emmener voir Aurélie, immédiatement, » dit Yamal, soulevant Marie dans ses bras avec une urgence qui surprit même Gabriel.
« Je vais chercher de l'aide, » dit Gabriel, se précipitant déjà dans le couloir.
Yamal resta un moment seul avec Marie inconsciente dans ses bras, son cœur battant d'une manière qu'il ne comprenait pas entièrement. Il observa son visage pâle, ses traits tirés par une fatigue qu'il n'avait jamais vraiment remarquée auparavant, trop absorbé par ses propres préoccupations pendant ces trois dernières années.
« Marie, » murmura-t-il doucement, sa voix trahissant une inquiétude qu'il n'aurait jamais imaginé ressentir avec une telle intensité. « Reste avec moi. »
Aurélie arriva rapidement, accompagnée de Gabriel, et prit immédiatement en charge la situation avec l'efficacité calme de quelqu'un habitué aux urgences. « Amenez-la dans la salle d'examen, » ordonna-t-elle. « Rapidement. »
Yamal suivit sans un mot, portant toujours Marie contre lui, refusant de la laisser aux m
ains de quiconque d'autre malgré l'urgence évidente de la situation.
Le Secret de Selene« Mère ? » Yamal se figea en apercevant Selene dans l'embrasure de la porte, son visage inhabituellement pâle. « Depuis combien de temps es-tu là ? »« Assez longtemps, » dit Selene, entrant dans le bureau, sa démarche trahissant une agitation qu'elle ne montrait presque jamais.« Tu as entendu, alors, » dit Yamal. « À propos du pendentif. »« J'ai entendu, » confirma Selene, ses mains se tordant nerveusement devant elle.« Pourquoi as-tu fait cela, mère ? » demanda Yamal, une colère contenue perçant dans sa voix. « Pourquoi lui as-tu donné un objet qui la faisait souffrir, sans jamais lui dire la vérité sur ce qu'il représentait vraiment ? »Selene s'assit lourdement, son visage marqué par un poids qui semblait avoir été porté pendant bien trop longtemps. « J'avais mes raisons, Yamal. »« Quelles raisons pourraient justifier de faire souffrir Marie pendant trois années entières ? » insista Yamal.« Parce que je savais que Camille se réveillerait un jour, » dit Sel
L'UltimatumTrois jours après sa sortie de l'hôpital, Marie demanda à Gabriel d'organiser une rencontre formelle avec Yamal dans le bureau du manoir, refusant catégoriquement de laisser cette conversation se dérouler de manière informelle comme tant d'autres avant elle.« Tu voulais me parler, » dit Yamal en entrant, refermant la porte derrière lui.« Assieds-toi, » dit Marie, sa voix calme malgré le tumulte intérieur qu'elle ressentait.Yamal s'exécuta, observant attentivement son visage. « Tu sembles différente, » dit-il. « Plus déterminée que d'habitude. »« J'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, » dit Marie. « Depuis l'hôpital. Depuis le réveil de Camille. »« Marie, à propos de cela, » commença Yamal, « je sais que la situation est compliquée... »« Laisse-moi parler, » coupa-t-elle fermement. « S'il te plaît. »Il hocha la tête, se taisant pour lui laisser l'espace nécessaire.« Cela fait trois ans que je vis dans cette maison, » dit Marie. « Trois ans que j'apprends chacune
Le Secret du PendentifMarie ouvrit les yeux lentement, la lumière blanche du plafond l'aveuglant momentanément avant que sa vision ne s'ajuste.« Elle se réveille, » dit une voix qu'elle reconnut comme celle de la guérisseuse de la meute, Aurélie.« Marie ? » La voix de Gabriel résonna près d'elle, empreinte d'une inquiétude sincère. « Tu m'entends ? »« Que s'est-il passé ? » demanda Marie faiblement, essayant de se redresser.« Tu t'es effondrée dans le couloir de l'hôpital, » dit Aurélie. « Nous avons dû t'examiner en urgence. »Marie sentit sa main se porter instinctivement vers son cou, cherchant le pendentif familier. Il n'était plus là.« Où est-il ? » demanda-t-elle, une panique soudaine dans la voix. « Le pendentif. »« Je l'ai retiré pendant l'examen, » dit Aurélie prudemment. « Marie, il faut que nous parlions de cet objet. »« Que voulez-vous dire ? » demanda Marie, bien qu'elle connaisse déjà, au fond d'elle-même, la teneur de cette conversation à venir.Aurélie s'appro
Le Réveil de CamilleYamal se tenait immobile devant la porte de la chambre d'hôpital, son cœur battant d'une manière qu'il n'avait jamais expérimentée auparavant.« Tu es prêt ? » demanda Gabriel à ses côtés.« Je ne sais pas, » admit Yamal, une honnêteté rare dans sa voix. « Trois ans que j'attends ce moment, et maintenant que je suis là, je ne sais pas ce que je ressens. »« Ton loup semble savoir, lui, » observa Gabriel.Yamal poussa finalement la porte, entrant dans la chambre faiblement éclairée où Camille reposait, ses yeux à peine ouverts, encore désorientée par son long sommeil.« Camille, » dit Yamal doucement, s'approchant du lit.Elle tourna la tête vers lui, et immédiatement, Yamal sentit son loup se précipiter vers la surface avec une intensité qui le fit presque chanceler.« Qui... » commença Camille faiblement, sa voix rauque après des années de silence.« Je suis Yamal, » dit-il. « L'Alpha de la meute du Nord. »Une lueur de reconnaissance traversa le regard de Camill
Trois Ans de Silence« Tu comptes rester debout toute la nuit ? » demanda Marie, sa voix résonnant dans le salon vide du manoir.Yamal ne leva pas les yeux des documents étalés devant lui. « J'ai du travail. »« C'est notre anniversaire de mariage, » dit-elle doucement. « Trois ans, aujourd'hui. »« Je sais quel jour nous sommes, Marie. »« Alors tu sais aussi que tu ne m'as pas adressé plus de dix phrases depuis ce matin. »Il posa enfin son stylo, la regardant avec cette froideur polie qu'elle connaissait si bien. « Que veux-tu que je te dise ? »« Je ne sais pas, » dit Marie, sentant sa gorge se serrer. « Peut-être quelque chose qui ressemble à de l'affection. Juste une fois. »« Nous avons un accord, » dit Yamal. « Je ne t'ai jamais promis autre chose. »« Un accord, » répéta-t-elle amèrement. « C'est tout ce que je suis pour toi. Une clause dans un contrat entre deux clans. »« Tu savais dans quoi tu t'engageais. »« J'avais dix-neuf ans, Yamal. Ma sœur était dans le coma, et ta







