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Chapter 4

Author: S.j maria
last update publish date: 2026-07-28 16:28:49

L'Ultimatum

Trois jours après sa sortie de l'hôpital, Marie demanda à Gabriel d'organiser une rencontre formelle avec Yamal dans le bureau du manoir, refusant catégoriquement de laisser cette conversation se dérouler de manière informelle comme tant d'autres avant elle.

« Tu voulais me parler, » dit Yamal en entrant, refermant la porte derrière lui.

« Assieds-toi, » dit Marie, sa voix calme malgré le tumulte intérieur qu'elle ressentait.

Yamal s'exécuta, observant attentivement son visage. « Tu sembles différente, » dit-il. « Plus déterminée que d'habitude. »

« J'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, » dit Marie. « Depuis l'hôpital. Depuis le réveil de Camille. »

« Marie, à propos de cela, » commença Yamal, « je sais que la situation est compliquée... »

« Laisse-moi parler, » coupa-t-elle fermement. « S'il te plaît. »

Il hocha la tête, se taisant pour lui laisser l'espace nécessaire.

« Cela fait trois ans que je vis dans cette maison, » dit Marie. « Trois ans que j'apprends chacune de tes habitudes, chacune de tes préférences. Je sais exactement comment tu aimes ton café le matin. Je sais que tu ne peux pas dormir sans que la fenêtre soit légèrement entrouverte. Je connais chaque détail de ta vie, Yamal, parce que j'ai passé trois années à t'aimer en silence, sans jamais recevoir la moindre reconnaissance en retour. »

« Marie... »

« Je n'ai pas terminé, » dit-elle. « Le jour où Camille s'est réveillée, j'ai vu quelque chose sur ton visage que je n'avais jamais vu en trois ans de mariage. De la reconnaissance véritable. De la connexion instantanée. Et j'ai compris, à ce moment précis, que tout ce que j'avais construit pendant ces trois années n'était peut-être qu'une illusion que je m'étais moi-même imposée. »

« Ce n'est pas une illusion, » dit Yamal doucement. « Tu as vraiment été là pour moi, Marie. D'une manière que je n'ai probablement jamais suffisamment reconnue. »

« Reconnue mais pas aimée, » dit Marie. « Il y a une différence, Yamal. Une différence énorme. »

Il resta silencieux, incapable de nier cette vérité douloureuse.

« Alors voici ce que je te propose, » dit Marie, rassemblant tout son courage pour prononcer les mots qu'elle avait répétés dans sa tête pendant des jours. « Je te donne trente jours. »

« Trente jours pour quoi ? » demanda Yamal, une confusion sincère sur le visage.

« Pour choisir, » dit Marie. « Vraiment choisir. Pas selon ce que ton loup te dicte instinctivement, pas selon ce que le destin ou la tradition exige, mais selon ce que ton cœur ressent réellement, une fois que tu auras pris le temps d'examiner honnêtement tes sentiments pour moi et pour Camille. »

« Et si je ne peux pas faire un tel choix en seulement trente jours ? » demanda Yamal.

« Alors ta réponse sera déjà claire, » dit Marie avec une tristesse résignée. « Parce que si après trente jours tu ne sais toujours pas ce que tu ressens vraiment pour moi, cela signifiera probablement que la réponse est non. »

« Et qu'arrivera-t-il, au terme de ces trente jours ? » demanda Yamal, sa voix trahissant une inquiétude grandissante.

« Si tu choisis Camille, » dit Marie, « ou si tu ne choisis simplement personne, je partirai. Définitivement. Je romprai le lien de notre mariage selon les traditions de la meute, et je ne reviendrai jamais. »

« Marie, tu ne peux pas... »

« Je le peux, » dit-elle fermement, « et je le ferai. Parce que je mérite quelqu'un qui m'aime pour qui je suis, pas quelqu'un qui reste avec moi par obligation ou par culpabilité. »

Yamal se leva, faisant les cent pas dans le bureau, visiblement submergé par l'ampleur de cet ultimatum. « Et pendant ces trente jours ? » demanda-t-il. « Comment sommes-nous censés procéder ? »

« Tu passeras du temps avec Camille, » dit Marie, chaque mot lui coûtant un effort immense. « Pour comprendre ce lien que ton loup ressent envers elle. Et tu passeras du temps avec moi également, mais différemment. Pas comme un mari accomplissant son devoir, mais comme un homme essayant réellement de découvrir s'il pourrait m'aimer. »

« C'est une demande extrêmement difficile, » dit Yamal.

« La vie est difficile, Yamal, » répondit Marie. « J'ai vécu trois années extrêmement difficiles, en silence, sans jamais me plaindre. Je pense que je mérite au moins trente jours de véritable considération. »

Il s'arrêta, se tournant complètement vers elle, quelque chose changeant dans son expression. « Tu as raison, » dit-il finalement. « Tu mérites bien plus que cela. »

« Alors tu acceptes ? » demanda Marie, sentant son cœur battre à toute allure malgré son apparence extérieure calme.

« J'accepte, » confirma Yamal. « Trente jours. »

Un silence s'installa entre eux, chargé de toute l'incertitude de ce qui allait suivre. « Il y a une dernière chose que tu dois savoir, » dit Marie finalement, décidant de partager au moins une partie de la vérité qu'elle avait cachée depuis sa sortie de l'hôpital.

« Quoi donc ? » demanda Yamal.

« Le pendentif que je portais depuis notre mariage, » dit Marie. « Celui offert par ta mère. Il contenait une magie de dissimulation. C'est pour cela que ton loup n'a jamais pu me reconnaître complètement. »

Le visage de Yamal se figea, une multitude d'émotions traversant rapidement son expression. « Une magie de dissimulation, » répéta-t-il lentement. « Ma mère savait cela ? »

« C'est elle qui me l'a donné, » confirma Marie. « Je ne savais pas moi-même ce qu'il contenait vraiment, jusqu'à ce qu'Aurélie l'examine après mon effondrement. »

« C'est pour cela que tu t'es effondrée, » comprit Yamal, une colère froide commençant à monter dans sa voix. « Ce pendentif te faisait du mal. »

« Il draine la force vitale de celle qui le porte, » dit Marie doucement. « Trois ans, c'était... beaucoup trop long, apparemment. »

Yamal s'approcha d'elle rapidement, une intensité nouvelle dans son regard. « Pourquoi ne me l'as-tu pas dit immédiatement ? »

« Parce que je ne voulais pas que tu restes avec moi par culpabilité, » dit Marie. « Je voulais... je veux toujours... que si tu choisis de rester, ce soit parce que tu m'aimes vraiment. Pas parce que tu te sens coupable de ce que j'ai enduré. »

Yamal resta silencieux un long moment, sa main se levant lentement comme s'il voulait la toucher, avant de se raviser à la dernière seconde. « Je ne savais pas, » dit-il finalement, sa voix rauque d'émotion contenue. « Je ne savais pas que tu avais souffert autant, pendant si longtemps, en silence. »

« Maintenant tu le sais, » dit Marie. « Fais-en ce que tu veux pendant ces trente jours. »

« Marie, » dit Yamal, sa voix soudainement plus douce qu'elle ne l'avait jamais entendue, « pendant ces trois années, y a-t-il eu des moments où tu as pensé que peut-être, malgré tout, je ressentais quelque chose pour toi ? »

La question la prit au dépourvu. « Parfois, » admit-elle après un long silence. « De petits moments. La façon dont tu me regardais parfois, quand tu pensais que je ne remarquais pas. La fois où tu as annulé un voyage important parce que j'étais malade. »

« Je me souviens de cette fois, » dit Yamal doucement. « J'étais terrifié à l'idée que ce soit grave. »

« Je pensais que c'était simplement ton sens du devoir, » dit Marie. « Pas de l'affection véritable. »

« Peut-être que c'était les deux, » dit Yamal, une honnêteté nouvelle dans sa voix. « Peut-être que je n'ai jamais su moi-même faire la distinction. »

« C'est exactement pour cela que ces trente jours sont nécessaires, » dit Marie. « Pour que nous puissions tous les deux, enfin, comprendre la vérité. »

« Et si la vérité, » dit Yamal lentement, « c'est que je t'aime déjà, mais que je n'ai jamais su comment te le montrer correctement ? »

Le cœur de Marie s'arrêta presque à ces mots. « Ne dis pas cela si tu n'en es pas certain, » dit-elle, sa voix tremblante. « Je ne survivrai pas à un autre faux espoir, Yamal. »

« Je ne suis certain de rien en ce moment, » admit-il honnêtement. « C'est exactement pour cela que j'ai besoin de ces trente jours, autant que toi. »

Elle se dirigea vers la porte, mais avant de sortir, elle se retourna une dernière fois. « Yamal, » dit-elle. « Je veux que tu comprennes une chose. Je ne te dis pas cela pour influencer ta décision. Je te le dis parce que tu mérites de connaître la vérité, quelle qu'elle soit, avant de choisir. »

Elle quitta la pièce, laissant Yamal seul avec ses pensées tumultueuses. Ce qu'elle ne vit pas, c'est l'expression sur son visage alors qu'il se laissait tomber lourdement dans son fauteuil, une main se portant à son visage tandis qu'un mélange complexe de culpabilité, de confusion et de quelque chose qui ressemblait dangereusement à de la peur de la perdre commençait à s'installer profondément en lui.

Ce que ni l'un ni l'autre ne savait, c'est que Selene, la mère de Yamal, se tenait juste derrière la porte entrouverte du bureau, ayant entendu chaque mot de cette conversation, son visage pâle trahissant une terreur silencieuse face à un secret bien plus grand encore que celui du pendentif, un secret qui menaçait de tout détruire si jamais il venait à êtr

e révélé avant la fin de ces trente jours fatidiques.

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