ANMELDENMon cœur s'accélère. Cette panique que j'ai appris à reconnaître, cette sensation de vide qui s'ouvre sous mes pieds , l'instinct de la journaliste qui sait qu'un silence est parfois plus éloquent qu'un cri. — Enfonce la porte, dis-je. Marcus me regarde, hésite. Enfoncer la porte de la Maîtresse est un sacrilège. Mais il voit dans mes yeux que je ne plaisante pas. Il prend du recul, donne un coup d'épaule dans le battant. Le bois résiste. Il recommence. Au troisième coup, la serrure cède, et nous entrons. Les appartements sont vides. Pas vides comme on dit d'une pièce inoccupée. Vides comme un coquillage abandonné sur la plage. La présence de Damiana n'y est plus. Il y a des traces de son départ , la penderie ouverte, des cintres qui pendent, une valise qui manque dans l'armoire. Le bureau est en ordre, mais le tiroir personnel est entrouvert, comme si elle y avait pris quelque chose à la hâte. Et sur le lit, sur l'or
Elle vient se blottir contre moi. Je l'enlace. Nous restons ainsi, debout dans la chambre du matin, à nous réchauffer mutuellement. — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? murmure-t-elle. — On attend. On lui donne l'espace qu'elle réclame. Et on espère. — Et si elle ne revient pas ? — Alors nous irons la chercher. Léna La journée s'étire comme un chat paresseux, lente, indolente, suspendue dans une attente qui nous ronge de l'intérieur. Nous avons quitté la chambre de Damiana après son départ, laissant derrière nous les traces de la nuit — les draps froissés, les bougies consumées, l'odeur de nos trois corps mêlée aux huiles parfumées. Marcus a refermé la porte avec la délicatesse d'un prêtre qui quitte un sanctuaire. Nous sommes retournés dans nos cellules respectives. Douche. Vêtements propres. Un semblant de normalité pour
Damiana fixe Léna. Son regard est noir, orageux, mais en dessous, je vois la faille. La fissure dans l'armure. La petite fille terrifiée qui se cache derrière la reine. — Vous ne comprenez pas, murmure-t-elle. — Alors expliquez-nous, dis-je en m'approchant à mon tour. Nous avons toute la matinée. Nous avons toute la vie si vous voulez. Mais ne fuyez pas. — J'ai dormi, dit-elle comme si c'était une confession honteuse. — Oui, vous avez dormi. C'est normal. C'est ce que font les êtres humains après l'amour. — Je n'ai jamais dormi avec quelqu'un. Jamais. Depuis... depuis lui. Depuis mon ex-mari. Sa voix se brise sur le mot mari. Elle ferme les yeux, serre les poings, et je vois qu'elle lutte , qu'elle lutte de toutes ses forces contre une vague qui menace de la submerger. — Chaque fois que je m'endormais à côté de lui, reprend-elle, je me réveillais avec ses mains autour de ma
Je l'embrasse dans le cou. Mes doigts glissent entre son ventre et le ventre de Marcus. Je trouve son clitoris, je le caresse doucement, au même rythme que les mouvements de Marcus en elle. Nous nous coordonnons sans parler, lui et moi, comme si nous avions fait l'amour ensemble depuis toujours , alors que c'est notre première fois à trois, notre première fois en cette configuration sacrée.Damiana se met à gémir. Des petits gémissements d'abord, retenus, presque timides. Puis des plaintes plus longues, plus profondes, qui montent de son ventre et traversent sa gorge comme des vagues. Elle s'agrippe aux draps, à mes cheveux, au dos de Marcus. Elle ne contrôle plus rien. Elle ne contrôle plus son corps, sa voix, ses larmes. Elle s'abandonne.— Lâchez tout, dis-je à son oreille. Nous sommes là. Nous vous tenons.Elle lâche. Elle lâche avec un cri rauque, un sanglot, un spasme qui la secoue tout entière. Je sens son sexe se contracter autour de Marcus. J
Sa voix est ensommeillée, rauque, adorable. — Non, dis-je dans un souffle. Je les regarde. Toi et elle. Je n'arrive pas à croire que c'est réel. — C'est réel. Regarde. Elle soulève légèrement la tête, jette un coup d'œil par-dessus mon torse vers Damiana. — Elle dort, dit Léna. Elle dort vraiment. Elle ne s'est pas enfuie au milieu de la nuit. — Tu avais peur qu'elle le fasse ? — Oui. Et toi ? — Aussi. Nous restons silencieux quelques minutes. Le jour se lève lentement. Les bruits du Cercle commencent à monter , des pas étouffés dans les couloirs, des portes qui s'ouvrent et se ferment, des murmures de servantes qui s'affairent. La vie reprend son cours, mais elle ne sera plus jamais la même. Nous le savons tous les deux. — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demande Léna. — On attend qu'elle se réveille. C'est elle qui d
Elle ferme les yeux. Ses doigts s'écartent, épousent la courbe de mon sein. Ce n'est pas un geste sexuel. C'est un geste d'écoute. Elle écoute mon cœur à travers sa paume, comme on écoute un coquillage.Puis Marcus prend son autre main et la pose sur sa propre poitrine.— Et là, dit-il. Vous l'entendez aussi.Les deux mains de Damiana sont sur nos deux cœurs. Elle ne bouge plus. Elle ne parle plus. Elle est immobile, les paupières closes, les lèvres entrouvertes, et je vois des larmes sourdre à nouveau sous ses cils, mais ce ne sont plus des larmes de peur ou de tristesse. Ce sont des larmes de soulagement. Les larmes de quelqu'un qui a passé sa vie à nager contre le courant et qui, soudain, se laisse porter.— Embrasse-moi, dit-elle à Marcus.Il obéit. Il se penche sur elle, et leurs lèvres se joignent. C'est un baiser que je regarde de tout près , leurs bouches qui s'épousent, leurs souffles qui se mêlent, la main de Marcus qui vie
MayaLe sommeil est un lac noir et profond où je flotte sans penser, sans rêver, sans exister, et puis quelque chose bouge contre mes lèvres, une pression légère d'abord, presque imperceptible, puis plus insistante, et ma conscience remonte des abysses par strates successives, d'abord la sensation
MayaJe ne sais pas quelle heure il est, peut-être trois heures du matin, peut-être quatre, peut-être une heure qui n'existe pas, une heure inventée par l'insomnie pour me torturer.Le parquet a cessé d'être froid, il est juste dur, minéral, implacable, et mes hanches commencent à me faire mal, une
Maya— La première clause, Maya, est la clause de silence, dit Victoria en se levant et en faisant le tour de son bureau, ses talons claquent sur le parquet comme des secondes qui s'égrènent dans un compte à rebours inexorable, et elle s'arrête devant moi, si proche que je peux sentir son parfum, u
MayaJe regarde mes comptes pour la dixième fois aujourd'hui, et le chiffre rouge ne change pas, il tourne dans ma tête comme un couteau qu'on retourne dans une plaie qui ne veut pas cicatriser, et je sais que je suis au bord du gouffre parce que le loyer est impayé depuis deux mois, le prêt étudia







