LOGINDamiana fixe Léna. Son regard est noir, orageux, mais en dessous, je vois la faille. La fissure dans l'armure. La petite fille terrifiée qui se cache derrière la reine. — Vous ne comprenez pas, murmure-t-elle. — Alors expliquez-nous, dis-je en m'approchant à mon tour. Nous avons toute la matinée. Nous avons toute la vie si vous voulez. Mais ne fuyez pas. — J'ai dormi, dit-elle comme si c'était une confession honteuse. — Oui, vous avez dormi. C'est normal. C'est ce que font les êtres humains après l'amour. — Je n'ai jamais dormi avec quelqu'un. Jamais. Depuis... depuis lui. Depuis mon ex-mari. Sa voix se brise sur le mot mari. Elle ferme les yeux, serre les poings, et je vois qu'elle lutte , qu'elle lutte de toutes ses forces contre une vague qui menace de la submerger. — Chaque fois que je m'endormais à côté de lui, reprend-elle, je me réveillais avec ses mains autour de ma
Je l'embrasse dans le cou. Mes doigts glissent entre son ventre et le ventre de Marcus. Je trouve son clitoris, je le caresse doucement, au même rythme que les mouvements de Marcus en elle. Nous nous coordonnons sans parler, lui et moi, comme si nous avions fait l'amour ensemble depuis toujours , alors que c'est notre première fois à trois, notre première fois en cette configuration sacrée.Damiana se met à gémir. Des petits gémissements d'abord, retenus, presque timides. Puis des plaintes plus longues, plus profondes, qui montent de son ventre et traversent sa gorge comme des vagues. Elle s'agrippe aux draps, à mes cheveux, au dos de Marcus. Elle ne contrôle plus rien. Elle ne contrôle plus son corps, sa voix, ses larmes. Elle s'abandonne.— Lâchez tout, dis-je à son oreille. Nous sommes là. Nous vous tenons.Elle lâche. Elle lâche avec un cri rauque, un sanglot, un spasme qui la secoue tout entière. Je sens son sexe se contracter autour de Marcus. J
Sa voix est ensommeillée, rauque, adorable. — Non, dis-je dans un souffle. Je les regarde. Toi et elle. Je n'arrive pas à croire que c'est réel. — C'est réel. Regarde. Elle soulève légèrement la tête, jette un coup d'œil par-dessus mon torse vers Damiana. — Elle dort, dit Léna. Elle dort vraiment. Elle ne s'est pas enfuie au milieu de la nuit. — Tu avais peur qu'elle le fasse ? — Oui. Et toi ? — Aussi. Nous restons silencieux quelques minutes. Le jour se lève lentement. Les bruits du Cercle commencent à monter , des pas étouffés dans les couloirs, des portes qui s'ouvrent et se ferment, des murmures de servantes qui s'affairent. La vie reprend son cours, mais elle ne sera plus jamais la même. Nous le savons tous les deux. — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demande Léna. — On attend qu'elle se réveille. C'est elle qui d
Elle ferme les yeux. Ses doigts s'écartent, épousent la courbe de mon sein. Ce n'est pas un geste sexuel. C'est un geste d'écoute. Elle écoute mon cœur à travers sa paume, comme on écoute un coquillage.Puis Marcus prend son autre main et la pose sur sa propre poitrine.— Et là, dit-il. Vous l'entendez aussi.Les deux mains de Damiana sont sur nos deux cœurs. Elle ne bouge plus. Elle ne parle plus. Elle est immobile, les paupières closes, les lèvres entrouvertes, et je vois des larmes sourdre à nouveau sous ses cils, mais ce ne sont plus des larmes de peur ou de tristesse. Ce sont des larmes de soulagement. Les larmes de quelqu'un qui a passé sa vie à nager contre le courant et qui, soudain, se laisse porter.— Embrasse-moi, dit-elle à Marcus.Il obéit. Il se penche sur elle, et leurs lèvres se joignent. C'est un baiser que je regarde de tout près , leurs bouches qui s'épousent, leurs souffles qui se mêlent, la main de Marcus qui vie
LénaLa soie est devenue notre élément. Elle glisse sous nos corps, se froisse, se réchauffe, épouse la carte de nos peaux mêlées. Le lit à baldaquin est un royaume, un continent suspendu dans la pénombre, éclairé par la tremblante lueur des bougies qui achèvent de se consumer. Le temps s'est arrêté quelque part entre le premier baiser à trois et cet instant où je sens, sous mes doigts, le ventre de Damiana se soulever au rythme d'une respiration qui s'approfondit enfin. Ce n'est plus la respiration courte, hachée, de la peur ou du contrôle. C'est le souffle de l'abandon. La mer qui se retire après la tempête, laissant sur le sable des trésors inattendus.Marcus s'est redressé sur un coude. La lueur des bougies caresse son torse, ses épaules, sculpte les muscles de ses bras. Il regarde Damiana avec une intensité qui me serre le cœur , non pas une intensité de désir, mais une intensité de dévotion. Il la contemple comme on contemple un miracle qui a mis tr
Elle sourit, et ce sourire est comme une éclaircie après la pluie , soudain, lumineux, éblouissant. Puis elle fait un geste qui nous surprend , elle lève les mains, les tend vers nos visages, nous attire vers elle. Nous nous laissons faire, et nos trois fronts se touchent, nos trois souffles se mêlent, nos trois cœurs battent à l'unisson.— Embrassez-moi, murmure-t-elle. Tous les deux. En même temps.Nous obéissons. Mes lèvres trouvent sa joue gauche, celles de Marcus trouvent sa joue droite. Puis nos bouches glissent, se rejoignent sur les siennes, et nous l'embrassons , un baiser à trois, maladroit et magnifique, où nos lèvres se confondent, où nos langues se cherchent, où nos souffles se partagent.C'est le baiser le plus étrange que j'aie jamais donné. Et aussi le plus beau.Quand nous nous écartons, Damiana rit , un vrai rire, cristallin, joyeux, qui résonne dans la chambre comme une libération. Elle rit, et nous rions avec elle, et
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLa signature a lieu dans son bureau, et Victoria a sorti une plume, une vraie plume, pas un stylo banal, avec une plume d'oie blanche comme neige et de l'encre noire dans un petit encrier de cristal taillé qui doit valoir plus que tout ce que j'ai possédé dans ma vie.— Parce que c'est plus sy
Maya— La première clause, Maya, est la clause de silence, dit Victoria en se levant et en faisant le tour de son bureau, ses talons claquent sur le parquet comme des secondes qui s'égrènent dans un compte à rebours inexorable, et elle s'arrête devant moi, si proche que je peux sentir son parfum, u
MayaJe regarde mes comptes pour la dixième fois aujourd'hui, et le chiffre rouge ne change pas, il tourne dans ma tête comme un couteau qu'on retourne dans une plaie qui ne veut pas cicatriser, et je sais que je suis au bord du gouffre parce que le loyer est impayé depuis deux mois, le prêt étudia







