MasukLéna
Après l'épreuve, Damiana m'a laissée me reposer. Une journée entière, seule dans ma cellule dorée, à dormir, à manger, à reprendre des forces. Aucune visite, aucun ordre. Juste le silence, et le souvenir de la soirée qui m'a laissée tremblante et fière. Je repense à chaque main qui m'a frôlée, à chaque regard qui m'a déshabillée, à cet homme qui a essayé de me forcer et que j'ai repoussé sans violence, juste avec des mots. Je repense à la fierté dans les yeux de Damiana, à l'appJe fais une pause. Le paysage défile — des champs, des forêts, des panneaux indicateurs qui annoncent Rennes, Brest, Quimper. — Les coups sont venus plus tard, reprends-je. Le premier, elle me l'a raconté avec une précision clinique, comme si elle décrivait une cérémonie. Il l'a giflée parce qu'elle avait osé le contredire devant des amis. Une seule gifle, mais assez forte pour lui fendre la lèvre. Après, il s'est excusé. Il a pleuré. Il a dit qu'il ne recommencerait jamais, qu'il l'aimait, qu'il ne savait pas ce qui lui avait pris. Elle lui a pardonné. Elle l'aimait encore. Ou plutôt, elle aimait l'homme qu'il avait été, l'homme qu'il redevenait parfois, entre deux crises, l'homme qui lui offrait des fleurs et l'appelait ma muse. — Le cycle de la violence, murmure Léna. — Exactement. Le cycle. Explosion, rémission, lune de miel, tension, explosion. Encore et encore. Chaque fois, les coups étaient plus f
Marcus La route vers la Bretagne est longue, silencieuse, coupée de tronçons d'autoroute monotones et de départementales sinueuses bordées de champs en jachère. Léna a insisté pour conduire. Elle a dit que j'étais trop nerveux, que j'avais les mains qui tremblent, que j'allais nous tuer dans un accident. Elle a raison. Je suis assis sur le siège passager, le front contre la vitre froide, et je regarde défiler le paysage sans le voir. Nous avons quitté Paris à l'aube. La ville était encore endormie sous un ciel de plomb, et le Cercle n'était qu'une coquille vide sans sa Maîtresse. J'ai laissé des consignes aux servantes, aux gardes, aux membres permanents. La Maîtresse s'est absentée pour quelques jours. Continuez votre service comme d'habitude. Si quelqu'un pose des questions, dites que tout va bien. Mais rien ne va bien. La femme que j'aime a fui. Elle a fui parce qu'elle a eu peur, parce que nous l'avons aimée trop fort, parce que quara
Mon cœur s'accélère. Cette panique que j'ai appris à reconnaître, cette sensation de vide qui s'ouvre sous mes pieds , l'instinct de la journaliste qui sait qu'un silence est parfois plus éloquent qu'un cri. — Enfonce la porte, dis-je. Marcus me regarde, hésite. Enfoncer la porte de la Maîtresse est un sacrilège. Mais il voit dans mes yeux que je ne plaisante pas. Il prend du recul, donne un coup d'épaule dans le battant. Le bois résiste. Il recommence. Au troisième coup, la serrure cède, et nous entrons. Les appartements sont vides. Pas vides comme on dit d'une pièce inoccupée. Vides comme un coquillage abandonné sur la plage. La présence de Damiana n'y est plus. Il y a des traces de son départ , la penderie ouverte, des cintres qui pendent, une valise qui manque dans l'armoire. Le bureau est en ordre, mais le tiroir personnel est entrouvert, comme si elle y avait pris quelque chose à la hâte. Et sur le lit, sur l'or
Elle vient se blottir contre moi. Je l'enlace. Nous restons ainsi, debout dans la chambre du matin, à nous réchauffer mutuellement. — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? murmure-t-elle. — On attend. On lui donne l'espace qu'elle réclame. Et on espère. — Et si elle ne revient pas ? — Alors nous irons la chercher. Léna La journée s'étire comme un chat paresseux, lente, indolente, suspendue dans une attente qui nous ronge de l'intérieur. Nous avons quitté la chambre de Damiana après son départ, laissant derrière nous les traces de la nuit — les draps froissés, les bougies consumées, l'odeur de nos trois corps mêlée aux huiles parfumées. Marcus a refermé la porte avec la délicatesse d'un prêtre qui quitte un sanctuaire. Nous sommes retournés dans nos cellules respectives. Douche. Vêtements propres. Un semblant de normalité pour
Damiana fixe Léna. Son regard est noir, orageux, mais en dessous, je vois la faille. La fissure dans l'armure. La petite fille terrifiée qui se cache derrière la reine. — Vous ne comprenez pas, murmure-t-elle. — Alors expliquez-nous, dis-je en m'approchant à mon tour. Nous avons toute la matinée. Nous avons toute la vie si vous voulez. Mais ne fuyez pas. — J'ai dormi, dit-elle comme si c'était une confession honteuse. — Oui, vous avez dormi. C'est normal. C'est ce que font les êtres humains après l'amour. — Je n'ai jamais dormi avec quelqu'un. Jamais. Depuis... depuis lui. Depuis mon ex-mari. Sa voix se brise sur le mot mari. Elle ferme les yeux, serre les poings, et je vois qu'elle lutte , qu'elle lutte de toutes ses forces contre une vague qui menace de la submerger. — Chaque fois que je m'endormais à côté de lui, reprend-elle, je me réveillais avec ses mains autour de ma
Je l'embrasse dans le cou. Mes doigts glissent entre son ventre et le ventre de Marcus. Je trouve son clitoris, je le caresse doucement, au même rythme que les mouvements de Marcus en elle. Nous nous coordonnons sans parler, lui et moi, comme si nous avions fait l'amour ensemble depuis toujours , alors que c'est notre première fois à trois, notre première fois en cette configuration sacrée.Damiana se met à gémir. Des petits gémissements d'abord, retenus, presque timides. Puis des plaintes plus longues, plus profondes, qui montent de son ventre et traversent sa gorge comme des vagues. Elle s'agrippe aux draps, à mes cheveux, au dos de Marcus. Elle ne contrôle plus rien. Elle ne contrôle plus son corps, sa voix, ses larmes. Elle s'abandonne.— Lâchez tout, dis-je à son oreille. Nous sommes là. Nous vous tenons.Elle lâche. Elle lâche avec un cri rauque, un sanglot, un spasme qui la secoue tout entière. Je sens son sexe se contracter autour de Marcus. J
MayaJe ne sais pas quelle heure il est, peut-être trois heures du matin, peut-être quatre, peut-être une heure qui n'existe pas, une heure inventée par l'insomnie pour me torturer.Le parquet a cessé d'être froid, il est juste dur, minéral, implacable, et mes hanches commencent à me faire mal, une
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLe sommeil est un lac noir et profond où je flotte sans penser, sans rêver, sans exister, et puis quelque chose bouge contre mes lèvres, une pression légère d'abord, presque imperceptible, puis plus insistante, et ma conscience remonte des abysses par strates successives, d'abord la sensation
MayaJe regarde mes comptes pour la dixième fois aujourd'hui, et le chiffre rouge ne change pas, il tourne dans ma tête comme un couteau qu'on retourne dans une plaie qui ne veut pas cicatriser, et je sais que je suis au bord du gouffre parce que le loyer est impayé depuis deux mois, le prêt étudia







