LOGINLEILA
Une robe. Pas n'importe quelle robe. Pas une de ces robes sages que je portais dans la villa, ces robes de prisonnière dorée qui disaient "je suis invisible, je suis docile, je ne fais pas de vagues". Une robe qui fera trembler les murs du yacht Konchalovsky. Une robe qui criera, avant même que j'aie prononcé un mot : "Je suis l'épouse du Serpent, et je n'ai peur de rien ni de personne."
La peur, je la ressens pourtant. Elle
Il s'effondre sur moi, haletant, tremblant, ruisselant de sueur. Son poids m'écrase, mais c'est un poids rassurant, une ancre qui me retient à la réalité, une preuve qu'il est là, qu'il est à moi, qu'il est vivant.— Je t'aime, murmure-t-il contre ma peau.— Je t'aime, réponds-je.Mais la nuit ne fait que commencer.Nous reprenons notre souffle, nos corps encore enlacés, nos peaux collées par la transpiration. La lune éclaire la chambre de sa lumière argentée, les étoiles scintillent au-delà de la fenêtre, la mer chante sa berceuse infinie.— Tu n'as pas fini, dit-il soudain, une lueur malicieuse dans les yeux.— Quoi ?— Tu n'as pas fini avec moi. Je te veux encore. Et encore. Et encore.Il roule sur le côté, me tirant avec lui, me faisant basculer sur lui. Me voil&agr
LEILALa villa est silencieuse.Les derniers invités sont partis il y a quelques heures, emportant avec eux les rires, les chansons, les éclats de joie du premier anniversaire de Stella. Les ballons flottent encore au plafond, les guirlandes lumineuses dansent doucement dans la brise nocturne, les restes du gâteau attendent sur la table de la cuisine.Matteo a emmené Stella pour la nuit. Il a insisté, avec un sourire discret et une lueur malicieuse dans les yeux.— Vous avez besoin de repos, Signora. Laissez-moi m'occuper d'elle. Je la ramènerai demain matin.J'ai voulu protester, mais Yanis m'a prise par la taille, ses lèvres contre mon oreille, sa voix un murmure chaud et prometteur.— Laisse-le faire, Leila. On a toute la nuit. Rien que nous.Maintenant, je suis dans notre chambre, debout devant la fenêtre, les yeux fixés sur la Méditerran
À l'hôpital, tout s'accélère. Les infirmières, les médecins, les moniteurs, les perfusions. Yanis est partout, aux côtés des médecins, à poser des questions, à exiger des réponses, à s'assurer que tout est parfait pour moi et pour notre bébé.— Vous pouvez rester avec elle, dit une infirmière. Dans la salle d'accouchement.— Je reste, dit Yanis. Je ne la quitte pas.L'accouchement est long et douloureux.Les contractions se rapprochent, s'intensifient, me déchirent de l'intérieur. Je crie, je transpire, je serre la main de Yanis si fort que je sens ses os craquer.— Je suis là, Leila. Je suis là. Ne me lâche pas.— Je te lâche pas, dis-je, ma voix brisée par la douleur.— Pousse, dit le médecin. Pousse, Leila. Le bébé
Les semaines suivantes, Yanis devient un papa poule angoissé et protecteur.Il m'interdit tout effort, toute fatigue, tout danger. Il me porte dans ses bras, me prépare des repas équilibrés, me masse les pieds quand ils gonflent. Il me couvre de coussins, de couvertures, de soins attentifs.— Tu es enceinte, Leila. Il faut que tu te reposes, que tu manges bien, que tu prennes soin de toi.— Je sais, Yanis. Mais je ne suis pas malade, je suis enceinte. C'est normal, ce n'est pas une maladie.— Pour moi, c'est un miracle. Et je veux que tout soit parfait pour toi et pour notre bébé.La chambre du bébé devient son obsession.Il a choisi lui-même le mobilier, les couleurs, les accessoires. Le bleu, comme la Méditerranée qu'il aime. Des nuances douces, apaisantes, sereines.Mais le montage des meubles est un combat épique.
Je prends son visage entre mes mains, mes pouces caressant ses joues, mes yeux plongés dans les siens. Je veux qu'il voie la vérité dans mon regard, la certitude, la confiance, l'amour.— Tu n'es pas ton père. Tu es un homme bon. Un homme aimant. Un homme qui a appris à surmonter ses démons, à guérir ses blessures, à devenir meilleur. Tu es l'homme que j'aime, Yanis. L'homme qui me protège, qui me respecte, qui me chérit. Et tu seras un père merveilleux. Je le sais. Je le sens. Je le crois de tout mon cœur.— Mais si je le frappe ? Si je lui fais du mal ? Si je le détruis ?— Tu ne le feras pas. Parce que tu es conscient de tes peurs, de tes faiblesses, de tes limites. Parce que tu as appris à les maîtriser. Parce que tu es plus fort que ton passé, plus fort que tes démons, plus fort que tes peurs. Et parce q
Il choisit une chanson, une vieille chanson d'amour, un classique que nous connaissons tous les deux. Il se met à chanter, sa voix rauque et fausse, déchirant les notes avec un enthousiasme désarmant.— La vie en rose, ouais ! chantonne-t-il.— Tu chantes horriblement, dis-je, hilare.— Je sais. C'est pour ça que je te demande de m'accompagner.Je me lance, ma voix hésitante, fausse, ridicule. Et pourtant, c'est magique. Nos voix se mêlent, se heurtent, se soutiennent, dans un chaos musical qui nous fait rire aux larmes.— On est les pires chanteurs du monde, dit-il.— Les pires, confirmé-je.— Mais les plus heureux.— Les plus heureux.Le barman nous offre une tournée en nous félicitant pour notre "performance". On se regarde, émerveillés par ce moment de pureté, de légè
Mon futur mari.L'acidité monte dans ma gorge. Une brûlure acide qui me pique les yeux, qui me serre la poitrine, qui me donne envie de vomir. Je sens les larmes au bord de mes cils, mais je ne pleure pas. Je ne pleurerai pas. Je ne pleurerai pas devant Karim. Je ne pleurerai jamais devant Karim.La
Les odeurs. Le café. Le parfum bon marché des boutiques duty-free. L'essence des voitures de service. Et surtout, cette odeur spécifique, indéfinissable, unique , celle de Marseille. Un mélange de sel, de pastis, de bitume chaud, de poisson grillé, d'histoire. L'accent marseillais qui résonne autour
Comme si j'étais une marchandise. Un contrat. Un territoire à céder en échange de la paix. Comme si je n'avais ni voix, ni cœur, ni volonté. Comme si les deux ans passés à New York n'étaient qu'une parenthèse, un rêve éveillé, une illusion de liberté.L'avion descend encore. Les immeubles défilent p
LEILAL'avion amorce sa descente vers Marseille et mon estomac se noue comme un poing.Par le hublot, je vois la Méditerranée s'étendre en dessous de moi, bleue, éternelle, indifférente. Les vagues crèvent contre les rochers blancs des calanques, jettent leur écume dans l'air salé. La côte défile l







