LOGINChapitre 41MatteoLe village voisin s'appelle San Rocco, un amas de toits d'ardoise et de murs de pierre accroché au flanc de la montagne comme une mousse sur un rocher, et je l'atteins après trois heures de marche dans la neige profonde, les jambes lourdes, la cuisse douloureuse, mais le cœur plus léger qu'il ne l'a été depuis des jours. La tempête est passée, le ciel est dégagé, et le soleil fait scintiller la poudreuse comme si le monde venait d'être créé à l'instant, vierge et pur et innocent.La taverne « Il Cane Nero » est toujours là, tassée à l'entrée du village comme un vieux chien endormi, ses murs de pierre noircis par la fumée et son enseigne qui grince au vent. C'est là que j'ai retrouvé Bruno il y a une semaine, c'est là que je l'ai vu pour la première fois depuis mon exécution, et c'est là que je le retrouve aujourd'hui, assis à la même table du fond, le dos au mur, un verre de vin rouge devant lui et une cigarette qui se consume entre ses doigts mutilés.Il lève les y
Chapitre 40AlessiaLa porte s'est refermée sur lui, et le bruit de ses pas dans la neige a décru lentement, comme un battement de cœur qui s'éloigne, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien, plus rien que le silence de la cabane et le crépitement du feu et cette certitude nouvelle qui pulse dans ma poitrine comme un second cœur.Il me croit. Il l'a dit, il l'a répété, il l'a prouvé en défaisant mes liens, en me confiant ses armes, en me laissant seule dans cette cabane sans autre entrave que ma cheville blessée et sa promesse de revenir. Matteo Castellano, l'assassin le plus redouté de la famille Greco, le loup solitaire qui n'a jamais fait confiance à personne, a décidé de me croire, de s'allier à moi, de me considérer comme son égale dans cette guerre que nous allons mener
Chapitre 39MatteoLe feu a baissé, réduit à un lit de braises rougeoyantes qui projettent sur les murs de rondins des ombres mouvantes, et je me tiens debout devant la porte, la main posée sur la poignée, le dos tourné à cette femme qui est devenue en quelques heures mon alliée, ma confidente, peut-être plus encore si j'osais nommer ce qui est en train de naître entre nous dans le silence de cette cabane.Je la crois. Je l'ai crue dès l'instant où elle a relevé ses manches et m'a montré les cicatrices sur ses poignets, ces lignes fines et blanches qui racontent une histoire que personne ne peut inventer, une histoire que seuls les survivants connaissent et que seuls les survivants reconnaissent. Je l'ai crue quand elle m'a parlé du trafic d'armes et du meurtre du juge Falcone et du bouc émissaire q
Chapitre 38AlessiaIl a dit oui. Il a défait mes liens, il m'a regardée dans les yeux, et il a dit oui, il a dit qu'il me croyait, et ce mot unique, ce mot simple, ce mot que personne ne m'avait jamais dit, que personne n'avait jamais prononcé à mon sujet, ce mot est en train de faire fondre la glace qui emprisonnait mon cœur depuis vingt-trois ans.— Tu me crois ? je répète, et ma voix est un murmure, un souffle, une prière.— Oui, je te crois, répète-t-il, et il s'agenouille à nouveau devant moi, il prend mes mains dans les siennes, et ses mains sont chaudes, rugueuses, calleuses, mais elles sont douces, étonnamment douces pour un assassin. Je crois tout ce que tu m'as dit. Je crois que tu n'es pas la princesse que j'imaginais, je crois que tu es une survivante comme moi, je crois que tu veux vraiment m'
Chapitre 37MatteoSes mots résonnent encore dans ma tête, et je les entends, je les entends vraiment, pour la première fois depuis que je l'ai enlevée, je l'écoute sans chercher à la contredire, sans chercher à la réduire au rôle que je lui avais assigné, sans chercher à voir en elle autre chose que ce qu'elle est vraiment. Une femme brisée par le même homme que moi. Une survivante qui porte sur ses poignets les cicatrices de son désespoir. Une alliée qui m'offre son aide sans rien demander en retour, sinon le droit de se battre à mes côtés.— Tu dis que tu ne vaux rien pour lui.Ma voix est rauque, mais elle n'est plus dure, elle n'est plus méfiante, elle n'est plus glaciale. Elle est presque douce, presque compatissante, et je m'agenouille devant le m
Chapitre 36AlessiaLe silence s'est installé entre nous comme un troisième personnage, témoin muet de tout ce que nous venons de nous révéler, de toutes ces cicatrices que nous avons montrées, de toutes ces vérités que nous avons arrachées à nos poitrines pour les offrir à l'autre. Et dans ce silence, une question flotte encore, une question que je n'ai pas posée mais que je devine dans les yeux de Matteo, dans la façon dont il me regarde, dans cette attention presque douloureuse qu'il porte à chacun de mes gestes, à chacune de mes paroles.Il se demande pourquoi. Il se demande comment une fille peut haïr son père au point de vouloir le détruire, au point de s'allier avec l'ennemi, au point de trahir tout ce qu'on lui a appris à vénérer depuis qu'elle est né
Chapitre 6AlessiaL’air de la nuit est une lame froide contre mes joues brûlantes.J’ai fui la salle de réception sous prétexte d’un malaise, un mouchoir pressé sur mes lèvres, un sourire d’excuse balbutié à l’oreille de Rosa qui s’est aussitôt inquiétée de la pâleur de mon teint. Je lui ai menti a
Chapitre 5MatteoLa taverne s’appelle « Il Cane Nero ». Le Chien Noir.C’est un bouge enfumé au cœur du quartier portuaire, là où les marins échoués viennent noyer leur solde dans du vin coupé à l’alcool de pomme, là où les informateurs vendent leurs secrets pour une assiette de pâtes et une prome
Chapitre 4AlessiaMa chambre sent la cire chaude et les fleurs coupées.Je suis assise devant la coiffeuse, mes cheveux déjà coiffés en un chignon si serré qu’il me tire les tempes. Rosa a fini il y a une heure, elle est partie chercher les derniers accessoires. La robe de mariée est suspendue au
Chapitre 3Quand je me réveille, la lumière grise de l'aube filtre par les planches disjointes. Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi. Assez pour que la fièvre ait baissé, pas assez pour que la douleur se soit calmée. Mes bandages sont imbibés de sang séché, mais les saignements ont cessé. Je







