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Rejetée : elle devient L'Alpha Suprême
Rejetée : elle devient L'Alpha Suprême
Autor: Dledition

PROLOGUE : Le Rejet

Autor: Dledition
last update Data de publicação: 2026-07-19 20:26:58

Arya

Je ne voulais pas venir.

Je le savais. Je le sentais, là, au creux du ventre, ce poids glacé qui ne me quitte jamais, cette certitude que rien de bon ne peut m'arriver. Pas à moi. Pas à l'Omega.

Mais ils ne m'ont pas laissé le choix.

La place de la Meute du Nord est noire de monde. Toute la meute est rassemblée pour la cérémonie de la Lune, le jour le plus sacré de l'année. Les jeunes loups de dix-huit ans, ceux qui viennent d'atteindre leur majorité, se tiennent devant l'estrade, le visage levé vers le ciel qui s'assombrit. Ils sont beaux. Ils sont pleins d'espoir. Leurs yeux brillent de cette lumière que je n'ai jamais eue, cette confiance que la Déesse va leur offrir un bonheur qu'ils méritent.

Moi, je suis cachée derrière les baraquements, dans l'ombre, là où personne ne me regarde. Enfin, presque personne.

Une main brutale agrippe mon coude, des doigts durs comme de l'acier qui s'enfoncent dans ma chair amaigrie. Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir qui c'est. L'odeur de cuir, de sueur et de haine. Kira.

— Où tu crois aller, Omega ?

Sa voix est un couteau. Je ne réponds pas. Je sais que ça ne sert à rien. Elle me traîne hors de ma cachette, me pousse devant elle à travers la foule. Les corps s'écartent sur mon passage, comme si j'étais contagieuse. Les murmures commencent, ce bourdonnement de mépris que je connais par cœur.

— Qu'est-ce qu'elle fait là ?

— L'Omega ? Pourquoi elle est devant ?

— Elle n'a rien à faire ici...

Je trébuche sur une racine, mais Kira me rattrape par les cheveux et me force à avancer. La douleur irradie mon crâne. Je ne pleure pas. J'ai appris. Pleurer ne sert à rien. Pleurer les fait rire.

Elle me jette sur les marches de l'estrade, au vu de tous. Mes genoux heurtent le bois rugueux, mes mains s'écorchent, et je reste là, à genoux, exposée comme une bête avant l'abattage. La foule est un océan de visages hostiles ou indifférents. Je ne cherche même pas un regard compatissant. Il n'y en a pas. Il n'y en a jamais eu.

Je relève la tête, lentement, et mon regard croise celui de Dorian Vale.

L'Alpha.

Il se tient à l'autre bout de l'estrade, une statue de glace et de puissance. Vingt-deux ans, un corps de guerrier taillé par des années d'entraînement, des yeux bleu acier qui transpercent tout ce qu'ils regardent. Il ne m'a jamais vue. Pas vraiment. Pour lui, je suis une ombre, une tâche dans le paysage, une chose qui nettoie ses tables et mange ses restes. Mais aujourd'hui, quelque chose est différent. Il évite mon regard. Ses mâchoires sont serrées, une veine bat sur sa tempe. Je ne comprends pas pourquoi, mais il semble... mal à l'aise.

La grande prêtresse, une femme âgée aux cheveux blancs comme la Lune, lève les bras vers le ciel. Elle commence les incantations. Les mots anciens roulent sur la place, et un à un, les jeunes loups sont appelés.

Je les regarde, le cœur serré. La lumière de la Lune descend, un fil d'argent pur qui enveloppe chaque prétendant et l'unit à son âme sœur. Parfois, le fil relie deux loups présents, et des cris de joie éclatent. Parfois, il s'élance vers l'horizon, et le jeune loup reste là, les yeux pleins d'espoir, sachant que son destin l'attend quelque part, au-delà des montagnes. Ils sont heureux. Ils sont complets. Ils sont aimés.

Et puis, Kira pousse un cri.

— La Déesse n'oublie personne, n'est-ce pas, prêtresse ?

Sa voix est un venin sucré. La foule retient son souffle. La prêtresse hésite, me regarde, puis regarde Kira. Elle sait ce qui va se passer. Tout le monde le sait.

— Allez-y, insiste Kira, un sourire cruel aux lèvres. Appelez l'Omega. Voyons ce que la Lune réserve à la fille des traîtres.

Un murmure parcourt l'assemblée. Certains rient. D'autres hochent la tête avec approbation. La prêtresse soupire, et je vois dans ses yeux fatigués une lueur de pitié qui me fait plus mal que tous les coups. Elle lève les mains vers moi.

La lumière descend.

C'est différent des autres. Ce n'est pas un mince filet. C'est une cascade, une colonne d'argent liquide qui m'engloutit tout entière. La chaleur est immense, une vague qui part de ma poitrine et irradie dans tout mon corps. Je ne peux pas bouger. Je ne peux pas respirer. Mon loup intérieur, cette présence faible et silencieuse que j'ai toujours sentie sans jamais l'entendre, se met à hurler. Un cri de joie, de reconnaissance, de délivrance.

Et puis, le lien se forme.

Je le vois. Un câble de lumière pure qui jaillit de ma poitrine et se tend à travers l'air. Il ne flotte pas. Il ne cherche pas. Il se dirige droit devant lui, vers l'autre bout de l'estrade, vers l'Alpha.

Le lien heurte la poitrine de Dorian avec une violence silencieuse. La lumière nous enveloppe tous les deux, nous isolant du monde. Je vois son visage se figer. Ses yeux s'écarquillent. Son corps se tend comme un arc.

Et puis, le silence.

Un silence de mort, comme si la terre entière retenait son souffle. La foule est pétrifiée. Les regards vont de moi à lui, de lui à moi, incrédules, horrifiés. Un murmure brise le silence, un mot qui se répand comme une traînée de poudre :

— L'Omega... Impossible... C'est l'Omega...

Le visage de Kira est un masque de rage pure. Ses yeux verts lancent des éclairs. Ses poings sont serrés si fort que ses jointures blanchissent. Elle tremble de tout son corps, et je sais, je sais qu'elle veut me tuer, là, tout de suite, devant tout le monde.

Mais ce n'est pas elle qui me fait peur.

C'est Dorian.

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