MasukAlice est une Oméga douce et attentionnée, tandis que James est un Alpha dominateur et séduisant. Liés par le destin, ils sont voués à être âmes sœurs, et elle s'efforce de devenir une Luna à la hauteur de son rang. La veille de leurs fiançailles, elle le surprend serrant son premier amour dans ses bras et l'embrassant. Alice ne comprend pas pourquoi cet homme, qui posait autrefois sur elle un regard si amoureux, change soudainement, la repoussant à chaque tentative de rapprochement. Elle veut croire qu'à force de persévérance, leur lien peut être réparé, mais James reste de glace. Il reproduit avec son ex les gestes tendres et les moments intimes qu'il partageait avec elle, offrant à une autre toute la tendresse qu'il lui refuse. Alice finit par accepter la vérité : il ne l'aime plus, et elle décide de partir. Puis, une nuit, James l'enlace et la supplie de lui pardonner. Lui accordera-t-elle une seconde chance ?
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Je suis née dans le silence des sous-bois, là où la lumière ne tombe qu'en pièces d'or filtrées par les feuillages, et j'ai grandi dans l'idée que ma vie serait douce et sans éclat, une vie de gestes utiles et de paroles retenues. Les Omégas comme moi ne font pas de bruit dans le monde. Nous sommes les coupes que l'on remplit sans demander ce qu'on y verse, les fronts que l'on incline avant même qu'on nous l'ordonne, les souffles que l'on retient pour ne pas déranger le sommeil des puissants. Ma mère était Oméga, et sa mère avant elle, et la mère de sa mère encore, une longue chaîne de femmes aux paumes ouvertes et aux voix feutrées, qui avaient appris à faire de leur petitesse une forme de dignité, de leur effacement une forme de présence. Je n'ai jamais connu mon père , les Omégas ne connaissent pas leurs pères, ou si elles les connaissent, c'est comme on connaît un portrait au-dessus d'une cheminée, une figure lointaine qui vous a donné son nom sans vous donner son regard.
J'ai été élevée au dortoir commun des Omégas, une longue bâtisse de pierre grise adossée au mur d'enceinte du château d'Argentel, où nous dormions à vingt dans des lits de fer alignés comme des cercueils d'enfants. On nous apprenait à lire, à écrire, à compter les mesures de farine et les doses de plantes médicinales. On nous apprenait à sourire quand on avait envie de pleurer, à dire "oui" quand on avait envie de crier, à baisser les yeux devant les Alphas et à ne jamais, jamais, jamais soutenir leur regard plus de trois secondes. Trois secondes, c'était la limite. Au-delà, disait Dame Corveline, c'était de l'insolence. Au-delà, disait-elle, c'était une provocation. Et une Oméga ne provoque pas. Une Oméga apaise, une Oméga sert, une Oméga s'efface.
J'étais bonne élève. J'avais compris très tôt que l'excellence, pour nous, ne se mesurait pas en exploits mais en absence de vagues. Être une bonne Oméga, c'était être un lac sans rides, un miroir sans tain, une pièce vide où les autres pouvaient entrer sans frapper. J'étais devenue experte dans l'art de ne pas exister. Je traversais les couloirs sans faire craquer les lattes du parquet. Je parlais si bas qu'on me faisait répéter, et je rougissais chaque fois, comme si parler plus fort était une faute. Je ne riais jamais aux éclats — les Omégas ne rient pas aux éclats, elles sourient du bout des lèvres, elles courbent la nuque, elles s'excusent d'être joyeuses. J'avais fait de ma petitesse une carapace, et je m'y trouvais bien. Je m'y trouvais en sécurité.
Je n'ai jamais rêvé de trône. Je n'ai jamais rêvé d'âme sœur. Ces songes-là sont pour les Alphas, pour les Bêtas de haute lignée, pour les filles qui naissent avec un destin écrit sur le front et une couronne dans le berceau. Moi, je suis née avec le silence sur les lèvres et l'oubli au fond des yeux, et cela me suffisait. Cela m'avait toujours suffi.
Je me trompais. Je me trompais de toute mon âme, et je ne le savais pas encore.
Ce matin-là, je me suis levée avant l'aube, comme chaque jour depuis que j'ai l'âge de tenir un panier. Le ciel n'était pas encore gris , il était noir, d'un noir profond de fin de nuit, avec quelques étoiles attardées qui s'accrochaient aux bords de l'horizon comme des larmes de verre. La rosée n'était pas encore tombée des fougères ; elle perlait à la pointe de chaque feuille, suspendue, en équilibre, attendant le premier rayon pour glisser. J'aime ces heures d'avant le jour. Elles n'appartiennent qu'aux serviteurs et aux bêtes, à ceux qui marchent sans qu'on les regarde, à ceux qui peuplent les coulisses du monde pendant que les rôles principaux dorment encore dans leurs draps de lin.
Je me suis lavée à l'eau froide, comme toujours, parce que l'eau chaude est pour les Alphas et les invités de marque. J'ai passé ma robe de laine brune, celle qui gratte un peu au col mais qui tient chaud dans les sous-bois. J'ai natté mes cheveux sans me regarder dans le miroir , je ne me regardais jamais dans le miroir, ou si peu, un coup d'œil rapide pour vérifier que je n'avais pas de trace de sommeil au coin des lèvres, et puis je détournais les yeux. Les Omégas ne s'attardent pas devant les miroirs. Les miroirs sont pour les belles, pour les désirées, pour celles dont le reflet compte. Le mien ne comptait pas. Je le savais, et ce n'était pas une tristesse , c'était un fait, un simple fait, aussi neutre que la couleur du ciel ou le poids de la pluie.
Dame Corveline m'avait commandé de la sauge des lisières, celle qui pousse à la frontière de la forêt sacrée, là où les arbres commencent à s'écarter pour laisser passer le regard jusqu'aux montagnes du Nord. Elle me l'avait commandé la veille au soir, de sa voix sèche qui ne demandait jamais mais ordonnait toujours, avec cette politesse glaciale des gens qui n'ont pas besoin d'élever la voix pour être obéis.
"De la sauge fraîche, Alice. Pas celle du potager, non — celle-là sent le terreau et la main humaine. De la sauge sauvage, celle qui a bu le vent des cimes et le froid des étoiles. Il en faut pour la fumigation des trois lunes, et il la faut avant que le soleil ne touche la grande tour. Ne traîne pas. Ne parle à personne. Fais ce qu'on te dit."
J'avais hoché la tête, comme toujours. J'avais dit "oui, Dame Corveline", comme toujours. Et j'étais partie avant que les cuisines ne s'éveillent, avant que les premiers braseros ne s'allument dans la cour, avant que le monde ne commence à tourner pour ceux qui comptent.
Je me souviens du bruit de mes pas. D'abord sur les dalles de pierre de la cour basse, un bruit sec et répercuté que les murs se renvoyaient en écho. Puis sur le gravier du chemin de ronde, un crissement roulé qui s'enfonçait sous mes semelles. Puis sur la terre battue du sentier qui descend vers la forêt, un bruit mat, presque feutré, comme si la terre elle-même me disait de faire silence. Et puis enfin sur la mousse, la grande mousse vert sombre de la forêt sacrée, épaisse de plusieurs siècles, qui absorbe les pas comme un ventre absorbe un choc.
— Alice —Le château est devenu une ruche.Partout où je pose les yeux, partout où je tends l'oreille, je ne vois et n'entends que le bourdonnement des préparatifs. Les servantes courent dans les couloirs avec des brassées de linge blanc, des rubans de soie, des couronnes de fleurs à peine tressées dont les pétales tombent sur les dalles comme des larmes de cire. Les cuisiniers s'affairent jour et nuit dans les sous-sols, et l'odeur de la pâte levée, de la cannelle, du miel chaud monte par les soupiraux jusque dans les étages nobles. Les jardiniers taillent les ifs en forme de loup, plantent des lys, des anémones, des gypsophiles. On polit les chandeliers. On cire les parquets. On descend des greniers les tapisseries de cérémonie, ces immenses tentures de laine et de soie qui racontent l'histoire de la meute , la fondation d'Argentel, la bataille des Trois Lunes, le sacre du premier Alpha et on les suspend aux murs de la grande salle, où elles frémissent doucement dans les courants d'
Je ne réponds pas. Je ne sais pas répondre. Toutes les leçons de Dame Corveline se sont évaporées, toutes les formules d'accueil, toutes les postures, toutes les répliques apprises par cœur. Mon esprit est un désert blanc. Ma langue est de plomb. Le froid qui s'insinue dans mes os n'a rien à voir avec la pluie de novembre , c'est un froid qui commence dans la poitrine, exactement là où la chaleur des paumes de James s'était logée le matin de la reconnaissance, et qui s'étend en lentes ondes vers les extrémités, gelant mes doigts, mes orteils, mes lèvres.Je regarde James. Il n'a pas bougé. Il n'a pas fait un pas vers moi. Il n'a pas pris ma main pour me présenter, il n'a pas posé sa paume au creux de mes reins, il n'a même pas prononcé mon nom. Il reste là, les bras le long du corps, les poings serrés, le visage fermé. Il regarde Isabella. Il ne me regarde pas.Quelque chose se brise, tout au fond de moi. Quelque chose de fin et de fragile, un petit os d'oiseau, un petit espoir de rie
Elle n'a pas attendu qu'on lui tende un dais, qu'on la protège de la pluie. Elle est sortie d'un mouvement fluide, presque liquide, comme un animal qui se déplie. Elle portait un long manteau d'hermine blanche qui traînait sur les pavés mouillés, et ce manteau , ce manteau de reine, ce manteau de sacre , était si blanc qu'il semblait émettre sa propre lumière dans la grisaille du jour. Ses cheveux étaient d'un blond presque blanc eux aussi, un blond de glace et de cendre, relevés en un chignon compliqué traversé d'épingles d'argent. Son visage était un ovale parfait, un camée, un portrait de musée , des pommettes hautes, un nez droit, des lèvres pleines et rouges sans l'aide d'aucun fard. Et ses yeux.Ses yeux étaient verts. Pas d'un vert tendre, pas d'un vert d'herbe ou de feuille ou de mousse. Un vert de prédateur, un vert de félin, un vert de venin et de malachite qui ne cillait pas, qui ne clignait pas, qui prenait toute la lumière et ne rendait rien.Elle a regardé la façade du c
Alors je fais ce que je sais faire.Je redouble d'efforts.Je multiplie les gestes de tendresse, ces petits riens qui sont ma seule langue maternelle. Je glisse des brins de lavande sous son oreiller, pour qu'il dorme mieux. Je copie de ma plus belle écriture les poèmes anciens que la meute chante aux fiançailles , des poèmes d'amour et de fidélité, des serments gravés dans la pierre des siècles et je les dépose sur son bureau, sans signature, comme des offrandes anonymes. Je lui prépare des infusions de tilleul pour ses nuits sans sommeil, moi qui dors si peu mais qui pense à son sommeil avant le mien. Je souris quand je voudrais pleurer. Je hoche la tête quand je voudrais crier.Et la nuit, quand tout le manoir dort, quand les servantes ont fini leurs allées et venues, quand les gardes ont relevé la garde et que les chouettes commencent leur ronde, je m'agenouille sur le prie-dieu de ma chambre , un prie-dieu de bois sombre, usé par les genoux de toutes les Lunas qui m'ont précédée












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