Le lundi matin arriva avec la brutalité sourde des jours de semaine, ceux où le monde extérieur exige que l’on reprenne sa place coûte que coûte, peu importe les ruines de la veille. Le réveil sonna à six heures précises, une sonnerie stridente, mécanique, qui arracha Alice à un demi-sommeil sans repos, peuplé de silhouettes fuyantes et de téléphones muets. Avant même d’ouvrir les yeux, avant même de bouger un cil, la réalité la rattrapa comme une chape de plomb : la place à côté d’elle dans le grand lit conjugal était désespérément froide, lisse, intacte. Bruno n’était pas rentré de la nuit. Son téléphone ne passait toujours pas, renvoyant inlassablement la même rengaine robotique dans le vide.Se lever fut une épreuve purement physique, une lutte contre la gravité. Chaque geste de sa routine matinale — faire couler le café noir, repasser sa blouse de travail, préparer les affaires de Tristan — lui demandait un effort surhumain, comme si elle marchait les jambes prises dans une boue
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