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Chapitre 10 : La sortie au parc

Author: Déesse
last update publish date: 2026-07-28 18:24:54

Vincent

Ce samedi, le parc est une cocotte-minute. Des gamins hurlent partout, leurs cris stridents rebondissent sur les structures métalliques, les mères transpirent sur les bancs en s'éventant avec des magazines people, les pigeons obèses se disputent des miettes de pain moisi. L'air sent le gazon coupé, la barbe à papa, la crème solaire et la sueur. Ma fille est sur l'aire de jeux, Manon, trois ans, suspendue au filet comme un petit singe, ses boucles brunes collées à son front par la transpiration, son rire qui fuse à chaque balancement. Je la surveille d'un œil distrait, adossé au banc de bois brûlant. Mon autre œil, toutes mes pensées, toute mon attention sont braqués sur la femme assise à l'autre extrémité du banc.

Camille. Ma belle-sœur. La sœur de ma femme défunte.

Elle porte une robe bleue, légère, qui s'arrête à mi-cuisse. Ses jambes sont nues, bronzées, interminables, lisses comme du satin. Elle a croisé les chevilles, ses sandales balancent doucement au bout de ses orteils aux ongles peints d'un vernis transparent. Elle fait semblant de regarder Manon, mais je sais qu'elle me sent. Je sais qu'elle est aussi consciente de ma présence que je le suis de la sienne. Depuis l'épisode de la serviette dans le jardin, elle évite mon regard, mais elle ne s'éloigne jamais. Elle rôde, elle tourne, elle gravite autour de moi comme un papillon autour d'une flamme. Elle attend que je brûle ses ailes. Mais je ne les brûlerai pas. Je n'en ai pas le droit. C'est la sœur de ma femme. C'est la tante de ma fille. Et pourtant, chaque nuit, je me branle en pensant à elle.

J'imagine son corps nu sous le mien. Ses petits seins fermes que je veux pétrir, mordre, sucer jusqu'à ce qu'elle crie. Sa chatte imberbe que je veux dévorer, sa bouche ouverte sur un cri muet quand je la prendrais par-derrière comme une chienne en chaleur. J'imagine son cul rebondi claquer contre mes hanches, mes mains agrippées à ses cheveux pendant que je la baise à la sauvage en lui murmurant à l'oreille qu'elle est ma chose, ma pute, ma salope. Je jouis dans un grognement étouffé, le visage enfoui dans l'oreiller pour qu'elle ne m'entende pas depuis sa chambre, et le lendemain matin, je la croise dans la cuisine avec son petit sourire timide et ses yeux qui disent tout ce que sa bouche refuse d'avouer. C'est une torture. Mais c'est ma torture. Et je la savoure, sans jamais passer à l'acte.

— Bonjour ! Vous permettez ?

Une voix flûtée, un parfum de supermarché qui agresse mes narines. Une femme se plante devant moi, brune, tailleur-pantalon malgré la chaleur étouffante, un dossier sous le bras. Elle me tend une main aux ongles rouges avec un sourire professionnel qui découvre trop de dents, des dents blanches, parfaites, artificielles.

— Je suis Diane Marchand, agent immobilier. Je vous ai reconnu ! C'est vous qui avez acheté la maison Montclair, non ? Une merveille. J'étais passée la visiter l'an dernier avant qu'elle ne soit retirée du marché. Vous avez fait des travaux ?

Je réponds machinalement, poli, distant. La maison, le quartier, le marché qui repart, les taux d'intérêt qui baissent. Blablabla. Je pourrais réciter ces banalités en dormant. Mais mon attention est restée braquée sur Camille. Je la vois du coin de l'œil, immobile, pétrifiée comme une statue de sel. Son dos s'est raidi, ses mains se sont crispées sur ses cuisses nues, ses jointures blanchies. Elle fixe l'inconnue avec une intensité meurtrière. Et ce que je lis sur son visage, c'est de la jalousie. De la jalousie pure, animale, viscérale. Une jalousie qui lui mange les entrailles et qui, je le sais, se transforme en désir dans sa culotte.

Un ange passe ou un démon. Je laisse traîner la conversation avec Diane plus longtemps que nécessaire. Je lui pose des questions sur le marché, sur ses ventes récentes, sur le prix au mètre carré dans le quartier. Je la fais parler, je hoche la tête, je souris même. Elle est ravie, elle se rapproche, elle pose sa main sur mon avant-bras en riant à une plaisanterie que je n'ai même pas entendue. Son parfum vanillé me donne la nausée, mais je supporte. Je supporte parce que chaque seconde qui passe est une torture pour Camille. Tu veux jouer à l'indifférente ? Très bien. Regarde ce que tu pourrais perdre si tu ne passes pas à l'action. Regarde les femmes qui me tournent autour. Regarde comme je pourrais t'oublier.

— Vous devriez passer à l'agence un de ces jours, roucoule Diane en me tendant sa carte de visite. On pourrait discuter plus tranquillement. Autour d'un verre, peut-être ?

Je prends la carte. Je la glisse dans ma poche sans la regarder. Je souris sans répondre, un sourire qui n'engage à rien. Mais je vois Camille qui se lève brusquement du banc. Elle s'approche de nous, le visage fermé, les poings serrés, la démarche raide.

— Vincent, il faut qu'on rentre. Manon a soif.

Sa voix est glaciale. Un filament de glace tendu à se rompre. Elle ignore complètement Diane, ne lui accorde même pas un regard, comme si elle n'existait pas, comme si elle n'était qu'un insecte négligeable. Elle pose sa main sur mon bras, et c'est un geste de possession, un marquage de territoire. Ses doigts se referment sur mon avant-bras, ses ongles s'enfoncent légèrement dans ma peau. Elle me revendique. Devant tout le monde. Diane la regarde avec surprise, ses yeux qui passent de Camille à moi, de moi à Camille, essayant de comprendre.

— Votre... femme ? demande-t-elle, hésitante.

— Ma belle-sœur, dis-je sans préciser davantage, en détachant chaque syllabe.

Le visage de Camille se décompose. Le mot claque comme une gifle. Belle-sœur. Rien de plus. Rien de moins. Je vois la douleur traverser ses yeux, la colère crisper ses lèvres, et je savoure sa réaction comme un vin rare. Diane, sentant la tension, bredouille une excuse, un au revoir poli, et s'éloigne rapidement, ses talons claquant sur le bitume du parc. Sa carte de visite est dans ma poche. Je ne l'appellerai jamais. Elle n'était qu'un instrument, un pion sur l'échiquier de notre guerre intime.

Je me tourne vers Camille. Elle est livide. Ses lèvres sont pincées, ses narines dilatées, ses yeux lancent des flammes. Sa poitrine se soulève rapidement sous le coton léger de sa robe, et je vois ses tétons pointer, durcir. Colère ou excitation ? Les deux, probablement. Chez elle, les deux sont toujours liés.

— Qu'est-ce que tu as ?

— Rien.

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