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CHAPITRE 56 – L’étreinte

Author: L'encre
last update publish date: 2026-06-04 05:28:43

Il ne lui laissa pas le temps de protester.

À peine avaient-ils franchi le seuil du manoir que Kael lui attrapa le bras – son bras valide, celui qui n’était pas prisonnier du plâtre – et l’entraîna à travers le hall sans un mot, sans un regard, sans lui laisser la possibilité de résister. Sa poigne était ferme, presque dure, et ses doigts s’enfonçaient dans la chair tendre de son avant-bras avec une force qui n’était pas tout à fait humaine. Lyra trébucha sur les dalles de pierre, tenta de se d
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    Lyra but longuement, laissa l’eau fraîche couler dans sa gorge sèche, puis elle reposa la gourde et le regarda droit dans les yeux.— J’ai compris la leçon. Maintenant, on continue.— Tu es sûre ? Ta jambe te fait souffrir. Je le vois.— Ma jambe me fera toujours souffrir. Autant apprendre à vivre avec.Kael la regarda un instant, et quelque chose dans son visage s’adoucit. Ce n’était pas de la pitié – il n’aurait jamais osé. C’était autre chose. Du respect. De l’admiration. Une forme de tendresse qu’il n’exprimait jamais avec des mots, mais qui affleurait dans ses yeux comme une nappe d’eau souterraine.— Très bien, dit-il. On reprend. Mais cette fois, je ne retiendrai pas mes coups.— Je ne te demande pas de les retenir.Ils reprirent position au centre de la cour. La pluie commençait à tomber, fine et glacée, piquant la peau comme des aiguilles. Les dalles devenaient glissantes, traîtresses, et Lyra sentait le froid s’infiltrer sous ses vêtements, engourdir ses doigts, ralentir ses

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    Elle portait des vêtements simples – un vieux pantalon de toile que Serena lui avait prêté, un débardeur sombre, ses baskets usées aux lacets effilochés. Ses cheveux étaient attachés en une queue-de-cheval serrée qui tirait sur son cuir chevelu, et elle avait glissé Croc de Lune dans sa ceinture, la lame froide contre sa hanche. Sa jambe blessée la faisait encore souffrir – une douleur sourde, lancinante, qui irradiait du mollet jusqu’à la cheville à chaque pas. Mais elle ne boitait presque plus. Ou du moins, elle avait appris à le cacher.Kael l’attendait au centre de la cour, les bras croisés, le visage impassible. Il portait une tenue d’entraînement similaire à la sienne – un pantalon ample, un tee-shirt noir qui moulait ses épaules et ses bras, des pieds nus sur la pierre froide. Il avait retiré ses bottes, remarqua Lyra, et elle comprit pourquoi : il voulait sentir le sol sous ses plantes, chaque vibration, chaque mouvement, comme un loup sent les feuilles mortes sous ses pattes.

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    Kael ne répondit pas tout de suite. Il la regardait, immobile, les yeux brillants d’une lueur qu’elle n’y avait jamais vue. Quelque chose passait entre eux, quelque chose d’indicible, de puissant, de profond. Un lien qui ne devait rien aux mots, rien aux gestes, rien aux serments. Un lien qui existait depuis le début, depuis le parking de l’hôpital, depuis le premier regard échangé à travers le rétroviseur de la voiture.— Très bien, dit-il enfin. Je t’apprendrai.Il se leva, se dirigea vers la porte, puis s’arrêta sur le seuil.— Mais ne t’imagine pas que ce sera facile. Ne t’imagine pas que je serai doux. À partir de demain, tu ne seras plus une humaine protégée. Tu seras une recrue. Une guerrière en devenir. Et je te traiterai comme telle. Sans privilège. Sans égard. Sans pitié.— C’est exactement ce que je veux.Il hocha la tête, le visage toujours grave, mais au coin de ses lèvres, un sourire imperceptible se dessina – ce sourire qu’elle connaissait bien maintenant, ce sourire qu

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    — Ne me dis pas non. Ne me dis pas que c’est dangereux, que je ne suis pas prête, que je dois me reposer. J’en ai assez de me reposer. J’en ai assez d’être faible, vulnérable, dépendante. J’en ai assez d’être sauvée par toi à chaque fois que je tombe. Je veux pouvoir me sauver moi-même. Je veux pouvoir me battre. Je veux pouvoir regarder Astrid, ou les Crocs de Sang, ou mon père, droit dans les yeux, et savoir que je ne suis pas une proie. Que je suis une menace.Sa voix tremblait, mais ce n’était pas de la peur. C’était de la colère. Une colère froide, ancienne, qui couvait en elle depuis l’accident, depuis la mort de ses parents, depuis les révélations sur son père biologique. Une colère qui ne demandait qu’à sortir, à s’exprimer, à se transformer en force.Kael la regarda longuement. Son visage était grave, ses yeux dorés plus sombres qu’à l’ordinaire. Il semblait peser chaque mot, chaque argument, chaque conséquence. Puis il se leva, s’approcha du lit, et s’assit sur le bord du ma

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