VILANOVANous entrâmes dans le grand salon.La musique nous frappa la première. Un quatuor installé près des fenêtres jouait une pièce lente, raffinée, admirablement vide de tout ce qui aurait pu aider à respirer. Les lustres répandaient une lumière dorée sur les épaules, les bijoux, le cristal. L'élite de la ville était là. Pas seulement des noms riches. Des noms armés. Ceux qui font et défont les alliances, couvrent les scandales, enterrent les dettes, épousent les bonnes personnes et oublient les autres avec une grâce irréprochable.Tous se tournèrent vers nous.Je sentis aussitôt la morsure du regard collectif.Le luxe a ceci de particulier qu'il peut devenir plus oppressant que la pauvreté lorsqu'il sert à cacher la nature véritable de ceux qui l'habitent. Dans la pauvreté, les violences sont souvent visibles, brutales, immédiates. Ici, elles portaient des gants, des robes longues, des sourires polis. Elles savaient attendre leur heu
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