KAELEN Il y a des sons qui n'appartiennent pas à la nuit. Le craquement d'un parquet, le souffle d'un feu, la pluie contre les vitres, le pas discret d'un domestique trop bien dressé pour faire du bruit — tout cela fait partie de l'ordre normal des grandes maisons. On les entend sans y penser vraiment. Ils participent à cette respiration sourde du domaine, à cette manière qu'ont les murs de rappeler qu'ils restent vivants même lorsque les êtres qu'ils contiennent tentent de se taire. Le piano de l'aile est, en revanche, n'avait rien de normal. Je l'entendis à la troisième mesure. J'étais encore éveillé, assis dans mon bureau, penché sur deux dossiers que je lisais sans les lire. Depuis l'arrivée de Vilanova, le sommeil venait par blocs trop courts, interrompus par des réveils nets, sans rêve, comme si mon esprit avait renoncé à l'illusion du repos pour se contenter d'attendre ce
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