MasukCamille
Je n'attends pas de réponse. Je monte l'escalier, trouve la chambre d'amis au bout du couloir, et je referme la porte derrière moi. Je m'assois sur le lit. Mes mains tremblent. Pourquoi est-ce que mes mains tremblent ? Je me lève, je me déshabille, j'enfile un pyjama, je me glisse sous les draps. Mais le sommeil ne vient pas. Alors je fais ce que je n'aurais pas dû faire. Je glisse ma main entre mes cuisses, je ferme les yeux, et je pense à lui. À ses yeux noirs. À ses épaules. À ses mains puissantes que j'imagine sur mes hanches. À cette façon qu'il a eue de me regarder comme s'il pouvait voir à travers mes vêtements, à travers ma peau, jusqu'à ma chatte qui pulse de désir. Je me caresse lentement, puis plus vite, le souffle court, en imaginant qu'il est là, dans ma chambre, qu'il écarte mes cuisses, qu'il se penche sur moi, que je sens son souffle chaud sur mon sexe avant qu'il ne plonge sa langue dans ma fente trempée. Et je jouis en silence, le visage enfoui dans l'oreiller, le corps secoué de spasmes. Et après, je pleure. Je pleure sans savoir pourquoi. Parce que je le désire. Parce que c'est mal. Parce que ma sœur est morte et que je mouille pour son mari. Les jours qui suivent sont une succession de matins gris et de soirées silencieuses. Je prends mes marques, doucement, comme on s'habitue à une maison étrangère. Je m'occupe de Manon le matin, pendant que Ludivine fait les courses ou range les chambres. Vincent travaille. Il est charpentier. Il part tôt, rentre tard, les mains couvertes de sciure, le visage fermé. Nous nous croisons sans nous parler. Nous nous évitons. Ou plutôt, nous faisons semblant. Mais il y a ces regards. Toujours ces regards. Quand je lui tends son café le matin, nos doigts se frôlent et il s'attarde une seconde de trop, et je sens la chaleur de sa peau qui se propage dans tout mon bras, jusqu'à mon ventre, jusqu'à ma chatte qui se contracte. Quand il passe derrière moi dans le couloir, je sens son souffle sur ma nuque, et mes tétons se durcissent sous mon chemisier, et je sais qu'il le voit, je sais qu'il le sent. Nous jouons à un jeu dont je ne connais pas les règles. Un jeu dangereux. Un jeu interdit. Ce soir, je devais sortir. Un ancien collègue fête son anniversaire dans un bar du centre-ville. J'ai enfilé une robe noire, moulante, qui s'arrête à mi-cuisse et qui dévoile la naissance de mes seins. J'avais besoin de me sentir femme, de me rappeler que j'existe en dehors de cette maison endeuillée. J'ai passé la soirée à boire des verres tièdes en écoutant des conversations qui ne m'intéressaient pas. À vingt-deux heures, je n'en pouvais plus. J'ai prétexté une migraine, j'ai hélé un taxi. La maison est silencieuse quand je tourne la clé dans la serrure. Aucune lumière à l'étage. Manon doit dormir depuis longtemps. Je retire mes chaussures dans l'entrée, les pose contre le mur, près du portemanteau où pend encore le manteau rouge de ma sœur. Personne n'a osé le ranger. Je frissonne. C'est alors que j'entends. Un bruit sourd, étouffé, qui vient du salon. Un meuble qui cogne contre un mur, ou autre chose. Je m'approche à pas de loup, le cœur battant. La porte du salon est entrouverte. Une lumière tamisée filtre à travers l'interstice, des bougies peut-être, ou une lampe à intensité réduite. Et puis j'entends un gémissement. Un gémissement de femme. Mon sang se glace. Je pourrais monter. Je devrais monter. Faire semblant de n'avoir rien entendu, m'enfermer dans ma chambre, mettre mes écouteurs. Mais mes pieds refusent d'obéir. Je m'approche encore, retenant mon souffle, et je regarde par l'interstice. Je ne suis pas prête. Je ne serai jamais prête. Le salon est baigné d'une lumière orangée, chaude, qui danse sur les murs. Une lampe à poser est allumée sur la table basse, mais ce sont les bougies disposées sur le manteau de la cheminée qui donnent cette ambiance. Vincent est là, torse nu, le dos luisant de sueur. Chaque muscle de son dos est dessiné par la lumière vacillante, ses omoplates saillantes, sa colonne vertébrale creusée d'un sillon où la sueur s'accumule. Son jean est descendu sur ses cuisses épaisses, dévoilant ses fesses musclées qui se contractent à chaque mouvement. Il se tient debout derrière le canapé, les mains agrippées aux hanches de Ludivine. Elle est courbée sur l'accoudoir en cuir, le dos creusé, la jupe relevée sur les reins, les fesses nues et offertes. Je vois son string en dentelle blanche qui pend encore autour d'une cheville. Ses doigts sont crispés sur le cuir de l'accoudoir, ses jointures blanches. Il la prend par-derrière avec une sauvagerie qui me coupe le souffle. Sa queue est énorme, longue et épaisse, veinée, et je la vois disparaître entièrement dans la chatte de Ludivine avant de ressortir, luisante de mouille, pour s'enfoncer à nouveau. Le va-et-vient est hypnotique. Les coups de reins sont profonds, brutaux, presque rageurs. Chaque poussée arrache un gémissement à Ludivine. Le bruit de leurs chairs qui s'entrechoquent emplit le salon, un claquement humide et obscène qui résonne dans le silence de la maison. — Tais-toi, grogne-t-il. Ne fais pas de bruit. Tu vas réveiller Manon.Vincent Ce samedi, le parc est une cocotte-minute. Des gamins hurlent partout, leurs cris stridents rebondissent sur les structures métalliques, les mères transpirent sur les bancs en s'éventant avec des magazines people, les pigeons obèses se disputent des miettes de pain moisi. L'air sent le gazon coupé, la barbe à papa, la crème solaire et la sueur. Ma fille est sur l'aire de jeux, Manon, trois ans, suspendue au filet comme un petit singe, ses boucles brunes collées à son front par la transpiration, son rire qui fuse à chaque balancement. Je la surveille d'un œil distrait, adossé au banc de bois brûlant. Mon autre œil, toutes mes pensées, toute mon attention sont braqués sur la femme assise à l'autre extrémité du banc. Camille. Ma belle-sœur. La sœur de ma femme défunte. Elle porte une robe bleue, légère, qui s'arrête à mi-cuisse. Ses jambes sont nues, bronzées, interminables, lisses comme du satin. Elle a croisé les chevilles, ses sandales balancent doucement au bout de ses or
Sa voix me fait sursauter. Je ravale ma salive et j'obéis. Je passe la serviette sur son torse, plus lentement, plus appuyé. Le tissu râpe les poils sombres qui parsèment sa poitrine, dessinant des sillons dans la sueur. Ses pectoraux se contractent à mon contact, ses abdominaux se durcissent sous mes doigts tremblants. Je descends, je suis la ligne médiane de son ventre, cette route de chair et de muscles qui mène à l'interdit. Je sens chaque bosse, chaque creux, chaque relief de ce corps d'homme dans la force de l'âge. Il ne dit rien. Il me regarde. Il me laisse faire. Mais son silence est plus éloquent qu'un discours. Il me laisse le toucher. Il me donne la permission d'explorer, de caresser, de m'approcher au plus près de l'interdit. C'est un jeu. Un jeu cruel dont il fixe les règles. — Encore plus bas. Ma main tremble. La serviette arrive à la ceinture du jean. Mes doigts effleurent la peau nue juste au-dessus du denim. C'est là que l'odeur est la plus forte, musquée, animale,
Camille L'air est immobile. Pas un souffle, pas un frémissement. Les feuilles du grand tilleul pendent, molles, écrasées par un soleil de plomb qui transforme le jardin en fournaise. L'ombre elle-même est chaude, épaisse, moite. Ma robe en coton léger me colle à la peau, l'ourlet remonte sur mes cuisses nues, et le livre que j'ai emporté repose ouvert sur mes genoux sans que j'en aie lu une seule ligne. Je ne peux pas. Mes yeux refusent d'obéir. Ils glissent, ils dévient, ils retournent toujours vers lui. Vincent est torse nu au fond du jardin, près de la terrasse fracassée par l'orage du mois dernier. Il reconstruit la pergola, pièce par pièce, avec cette patience méthodique qui caractérise chacun de ses gestes. Le bois crisse sous la scie, des échardes volent dans la lumière éclatante, et la sueur ruisselle sur sa peau comme de l'huile sur du bronze. Ses épaules sont larges, épaisses, striées de muscles qui se déploient et se contractent au rythme du travail. Je vois chaque détai
Camille J'aurais dû me taire. J'aurais dû baisser la tête, m'excuser, fuir. Mais il y a quelque chose en moi qui refuse de plier. Quelque chose qui s'est réveillé la nuit où je l'ai vu avec Ludivine, et qui depuis ne demande qu'à le défier. Peut-être que je voulais le punir. Peut-être que je voulais qu'il me punisse. Je ne sais plus. Tout se mélange dans ma tête, le désir, la culpabilité, le deuil, la jalousie. — Sinon quoi ? Les mots sont sortis avant que je puisse les retenir. Un défi. Une provocation. Il a plissé les yeux, et j'ai vu passer dans son regard une flamme sombre, brûlante, qui m'a transpercée de part en part. Il a approché son visage du mien. Ses lèvres étaient si proches que je pouvais sentir leur chaleur, presque leur goût. Je n'avais qu'à avancer d'un centimètre pour les toucher. Ma bouche s'est entrouverte, ma langue est passée sur ma lèvre inférieure. Il a suivi ce mouvement des yeux, et j'ai vu sa mâchoire se crisper. — Sinon je te punis. Sa voix étai
VincentElle ouvre la bouche pour protester, mais aucun son ne sort. Ses joues s'empourprent, sa respiration s'accélère. Je vois sa poitrine se soulever sous son pull, ses tétons pointer. Elle reste là, à genoux, les mains sur les cuisses, les yeux fixés sur la photo de sa sœur. Sa respiration est courte, saccadée. Moi, je reste debout derrière elle. Je la domine. Je vois sa nuque, ses cheveux qui bouclent sur sa peau, ses épaules qui tremblent légèrement. Je vois la courbe de son dos, la naissance de ses fesses sous sa robe. Je bande comme jamais. C'est monstrueux, je sais, mais je bande en regardant ma belle-sœur agenouillée devant la photo de ma femme morte. J'imagine que je me penche, que je retrousse sa robe sur ses reins, que je baisse mon jean, que je la prends là, sur le tapis du salon, devant la photo de ma femme.— Tu l'as fait, n'est-ce pas ? je murmure derrière elle. Tu as joui en me regardant ?Un long silence. Puis, d'une voix à peine audible :— Oui.Le mot tombe entre
Camille Un seul mot. Lourd de sous-entendus. Il sourit. Un sourire lent, à peine esquissé, qui n'atteint pas ses yeux. Un sourire de prédateur. Je le connais depuis dix ans, ce sourire. Je l'ai vu sur le visage de ma sœur quand elle me racontait comment ils s'étaient rencontrés. Il a un sourire dangereux, disait-elle. Quand il te sourit comme ça, t'as envie de fuir et de t'agenouiller en même temps.C'est exactement ce que je ressens. L'envie de fuir et de m'agenouiller. L'envie de ramper sous la table, d'écarter les cuisses, de le supplier de me prendre comme il a pris Ludivine. L'envie de sentir sa queue énorme s'enfoncer dans ma chatte, ses mains dans mes cheveux, sa voix rauque qui me traite de salope. Mais je reste figée, le cul sur ma chaise, les cuisses serrées, ma chatte qui pulse et qui mouille.Ludivine, inconsciente du brasier qui couve sous la table, se met à raconter une anecdote sur Manon, quelque chose à propos d'un dessin et d'un oiseau. Je fais semblant d'écouter. Vi







