로그인Elle ne le savait pas. Et c’était peut-être cela, le plus effrayant.Ils appelèrent la police, qui vint constater l’intrusion, prit des photos de la rose, releva les éventuelles empreintes – il n’y en avait aucune, Lémek était trop prudent pour ça. Les agents étaient polis, professionnels, mais Rebecca voyait bien dans leurs regards qu’ils ne prenaient pas l’affaire au sérieux. Une rose sur un oreiller, ce n’était pas un crime. Ce n’était même pas une menace explicite. C’était juste une rose. Une rose qui ne prouvait rien, qui ne permettait rien, qui ne justifiait rien.Quand ils furent partis, Rebecca et Julien restèrent seuls dans l’appartement silencieux. La rose était toujours sur l’oreiller, et Rebecca ne pouvait pas détacher son regard de cette tache blanche sur le drap.— Je vais la jeter, dit Julien.— Non. Laisse-la. Ou plutôt, garde-la. On va la mettre dans un sachet en plastique. Avec la date. Comme une preuve. Une preuve de plus.— Tu veux garder cette rose ?— Je veux gar
Elle s’arrêta sur le seuil du salon, le cœur battant, la main agrippée au bras de Julien.— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il.— Tu ne sens pas ?— Quoi ?— Cette odeur. C’est lui. Il est venu ici.Julien la dépassa, alluma les lumières, inspecta le salon du regard. Tout semblait normal. Les livres sur les étagères, les coussins sur le canapé, les photos sur le buffet. Rien n’avait été dérangé. Mais Rebecca savait. Elle sentait. Chaque fibre de son corps hurlait que Lémek était passé par là, qu’il avait touché ses affaires, qu’il avait respiré son air.Elle traversa le salon, le couloir, et s’arrêta devant la porte de la chambre. Elle hésita une fraction de seconde, puis elle poussa le battant et alluma la lumière.Sur l’oreiller, il y avait une rose.Une rose blanche, fraîchement coupée, posée bien au centre de l’oreiller, comme une offrande. Comme une signature. Comme un message.Rebecca porta la main à sa bouche, étouffa un cri. Julien, derrière elle, jura entre ses dents.— Comme
Elle appela Julien en pleurs. Il arriva en moins d’une demi-heure, essoufflé, le visage défait par l’inquiétude. Il inspecta l’appartement de fond en comble, vérifia chaque fenêtre, chaque serrure, chaque recoin. Rien n’avait été forcé. Aucune trace d’effraction.— Comment il est entré ? demanda Rebecca, tremblante. Comment il a fait pour déposer ce foulard sans que personne ne le voie ?— Je ne sais pas. Mais on va le découvrir. Et on va l’arrêter.— On ne peut pas l’arrêter. Il est comme un fantôme. Il apparaît, il disparaît. Il me suit, il m’observe, il me harcèle. Et la police ne fera rien. Pas sans preuves.— Alors on va trouver des preuves. On va installer des caméras. On va engager un détective. On va faire tout ce qu’il faut.— Et en attendant ? En attendant, il est là, dehors, en train de nous épier. Et je ne peux rien faire. Rien.Julien la prit dans ses bras, la serra de toutes ses forces, et elle sentit son cœur battre contre sa poitrine, rapide, puissant, vivant. Il avait
Les premiers signes furent presque imperceptibles. Une rose blanche déposée devant la porte de l’appartement, un matin que Rebecca sortait pour aller à la boulangerie. Elle crut d’abord à une attention de Julien – il lui en offrait souvent, des roses blanches, depuis ce premier matin où il avait préparé le café. Mais quand elle lui en parla, il secoua la tête, le visage soudain grave.— Ce n’est pas moi. Je ne t’ai rien laissé ce matin.— Alors c’est Chloé. Ou Solange. Elles savent que j’aime les roses blanches.— Peut-être. Mais vérifie quand même.Elle vérifia. Ni Chloé ni Solange n’étaient passées ce matin-là. La rose blanche resta sur la table du salon, dans un vase, et chaque fois que Rebecca passait devant, elle sentait un frisson lui parcourir l’échine. Une rose blanche, comme celles que Lémek lui offrait au début de leur histoire. Une rose blanche, comme celle qu’il avait déposée sur l’oreiller le jour de leur nuit de noces. Une rose blanche, muette et menaçante.Le deuxième s
— Bonne conduite. Assigné à résidence chez son frère. Interdiction de nous contacter. Bracelet électronique. Tout le tralala.— Mais c’est une bonne nouvelle, non ? Il est loin, il est surveillé, il ne peut rien faire.— Il m’a écrit depuis la prison, Julien. Une lettre. Malgré les interdictions. Malgré la surveillance. Tu crois vraiment qu’un bracelet électronique va l’empêcher de me retrouver ?Julien s’approcha d’elle, posa ses mains sur ses épaules, la regarda droit dans les yeux.— Écoute-moi. Peut-être qu’il essaiera. Peut-être qu’il trouvera un moyen de te contacter, de nous contacter. Mais on est préparés. On a les preuves, on a les avocats, on a la police. Et surtout, on est ensemble. Toi, moi, Chloé, Solange, Élodie. Il ne pourra rien contre nous. Rien.— J’ai peur, Julien. Pas pour moi. Pour toi. Pour Solange. Pour les enfants. Pour Chloé. Il est capable de tout. Tu ne le connais pas. Moi, je le connais. Je sais ce qu’il peut faire quand il se sent acculé.— Alors on va se
La nouvelle tomba un jeudi matin, par un appel de Maître Morel. Rebecca était dans la cuisine de Julien, en train de préparer le café – elle avait appris à le faire aussi fort que lui, avec cette dose de café moulu qui faisait frémir Chloé quand elle venait leur rendre visite. Julien était encore dans la chambre, en train de s’habiller, et elle entendait le bruit de ses pas sur le parquet, le froissement de sa chemise qu’il enfilait, le tintement de sa ceinture qu’il bouclait. Des bruits du matin. Des bruits de bonheur simple.Son téléphone vibra sur la table. Elle décrocha sans regarder le numéro, le cœur léger.— Madame Moreau ? C’est Maître Morel.Le cœur de Rebecca cessa d’être léger. Il devint lourd, très lourd, comme une pierre au fond de sa poitrine. Maître Morel ne l’appelait jamais pour de bonnes nouvelles. Les bonnes nouvelles, on les donnait par email, par courrier, par un mot rapide. Les appels, c’était pour le reste.— Oui, Maître. Qu’est-ce qui se passe ?— Marc Lémery a







